Renoncement

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J'écris pour m'amuser, flâner, rêver, voyager. Merci à Toutes et à Tous de votre visite  [+]

Le hangar à bateau était vide et calme, il pouvait là, poser l'agitation qui depuis une heure l'animait. Il n'était pas un homme de grande envergure certes, mais il avait sa fierté, et il lui était par conséquent impossible d'exposer son mal au regard des autres.
Henriette avait compris, il l'avait lu dans ses yeux de femme rompue aux choses de la vie. Elle avait compris que jamais ils ne seraient unis devant Dieu et les hommes. Il revoit son visage doux empreint de mélancolie et de résignation. Cette image le jeta soudainement dans de nouveaux tourments. Elle lui avait offert tout d'abord son amitié, puis sa tendresse et enfin son amour. Un amour réfléchi, désiré, et pleinement assumé. L'amour d'une femme qui, pendant des années n'a connu que la solitude du cœur, des aventures sans lendemain, celles qui laissent l'âme défigurée et qui font promettre que plus jamais on nous y reprendra.
Il se regarda dans un morceau de miroir clouté à une des lattes en bois qui servaient de cloison, et il ne vit qu'un goujat, un pleutre. Ses mains se mirent à trembler déraisonnablement, les convulsions revinrent en force, il se maudit avec rage. Henriette apparut à nouveau, plus belle encore de sacrifices et d'injures.
Il l'avait abandonnée au milieu des autres, de leurs amis, au milieu de ces gens qui n'avaient de cesse de plaisanter sur leur complicité, et qui la faisaient outrageusement rougir de gêne. Il se rappelle encore leurs boutades et leurs rires offensants. Elle était la seule qui considéra l'importance de ce qui se jouait quand prestement, il sortit, et peut-être était-ce mieux pour elle se disait-il pour trouver une quelconque excuse à ses funestes agissements.
A présent, il lui fallait regagner le salon, affronter les plaisanteries de mauvais goût sur le mariage que leurs amis ne manqueraient pas de faire, l'affronter elle et la laisser le juger. Car voilà bien ce qu'il méritait, le jugement et peut-être même, le mépris. Il ne voulait pas de pardon, juste le blâme, pour donner à cette femme le courage de continuer sans lui.
Il contempla les bateaux qu'une brise légère faisait doucement tanguer, se souvint des promenades qu'ensemble ils faisaient tandis que l'été s'annonçait.
Les eaux du lac s'endormaient sous un ciel crépusculaire et il se résolut à rallier Fonfreyde. Il s'engagea sur le sentier des saules, et aperçut au un peu plus loin, à l'endroit ou le sentier se rétrécissait, une silhouette qui semblait admirer l'onde silencieuse. Malgré la pénombre, il reconnut immédiatement Henriette et reprit alors sa marche.
Elle était toute entière à ses songes quand il arriva à sa hauteur. Pétri de peur, de honte, il n'osa l'aborder mais, avant même qu'il trouva ses mots, elle se tourna vers lui et lui avoua qu'elle l'attendait.
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