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Rencontre avec ma première

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GregoryBryon

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Wow, attends ! Il se passe quoi là ?
Mes sens s'affolent. Je n'arrive pas à comprendre ce qui m'arrive.
Il y a une seconde, tout allait très bien. J'avais le contrôle de tout ; de mon corps, de mes pensées, de mon attention. Et là, je sens mes jambes trembler et mon cœur battre avec force dans ma poitrine, au point de résonner dans mes oreilles. Je ne le vois pas mais je sais que mon visage est blanc, livide. J'ai l'impression de ne plus être capable de respirer.

Mes mains tremblent, elles aussi. Je me sers de la droite comme appui, tentant vainement de demeurer debout. Je m'aide de ma cuisse droite également, en l'appuyant sur - comment on appelle ça, au fait ? - la table d'évacuation ? Le jargon médical et moi...
Je tente de reprendre le contrôle. Je relève la tête et jette un coup d’œil autour de moi. Les personnes qui m'entourent ont visiblement perçu mon malaise, et me fixent d'un air inquiet. J'ai droit à un premier : « Tout va bien, monsieur ? ». Je ne réponds pas. En fait, j'ai parfaitement compris la question, même si les mots semblent avoir été filtrés, comme passés à travers une porte, mais mon cerveau n'imprime pas. Le son est entré dans ma tête et en est immédiatement ressorti.
Deuxième « Vous allez bien ? ». Sans même que je le décide, ma bouche s'ouvre et articule : « Oui, ça va », comme pour exprimer la frustration d'être obligée de parler dans un moment pareil. « Vous êtes sûr ? » me demande-t-on. Cette fois-ci, c'est avec le plein contrôle de mes muscles labiaux que je réponds : « Oui, c'est bon. Laissez-moi savourer l'instant ».
Savourer l'instant ? Je viens réellement de dire ça ? J'ai plus la sensation que mon corps et mon esprit sont en panique totale devant ce qui vient de se passer. Et voilà maintenant qu'on me tend une paire de ciseaux. Euh non, désolé, là je ne peux pas. J'agite comme je peux ma tête de gauche à droite, et porte mon attention sur le spectacle qui se tient sur ma droite.


C'est incroyable. Au sens strict du terme. Je n'arrive pas à y croire !
Ma femme est là, allongée, presque nue, les jambes écartées. Et entre ses deux seins est posée notre fille, présentement à l'état de machin visqueux un peu dégueulasse mais pourtant si magnifique.
Alors c'est ça, devenir papa ?!
J'ordonne à certains muscles de bouger et arrive à poser la main gauche sur cette minuscule tête, légèrement velue. Je sens que je vacille. Je lutte. En fait, c'est vrai. Je veux savourer l'instant. Jusqu'au bout.
Après quelques instants, qui m'ont pourtant parus être des heures, une sage-femme se saisit du petit corps fébrile et m'invite à la suivre, pour procéder au "lavement".
Mes jambes s'articulent péniblement, l'une après l'autre, utilisant toutes leurs ressources pour supporter le reste du corps. Une fois arrivé dans une petite pièce, on me tend une lingette. Je m'applique. Puis on enroule ma fille dans une serviette et on me la tend.
Vraiment ? Vous me demandez de la tenir ? Là ? Maintenant ? Putain faut pas que je déconne ! Je place mes bras dans la position qui me parait la plus appropriée pour accueillir le colis. On l'y dépose. Des mains se posent sur mes épaules, me forcent à tourner et me poussent jusque dans le couloir.
Je n'arrive pas à détourner le regard de ce minuscule visage. Bordel, c'est ma fille que je regarde ! C'est dingue !
Alors qu'elle gigote, elle arrive à sortir un bras. Je tente de le remettre à l'abri, au chaud. Mais là, surprise. Elle m'attrape le doigt, arrête de bouger et sourit.


Mes jambes lâchent.
Durant ce bref instant, toutes mes pensées sont tournées vers la protection de ce petit être. Mais ma chute est plus courte que prévue, la sage-femme ayant eu la bonne intelligence de me placer dos à une chaise.

Je termine assis, littéralement atterré par tout ce qui vient de se passer.
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