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Sur la route de la Vie, j’ai trébuché.
A perte de vue, s’étend mon bûcher.

Je cohabitais avec elle. Elle me possédait bien que j’en sois le créateur. Or la bête a fini par triompher de ma volonté propre. Dans les méandres de l'insanité, elle me servit de guide mais désormais abandonné, je me retrouve à errer seul dans le labyrinthe sans fin de l’introspection. Sidération mortifère. Oui, je suis descendu dans les enfers de la folie avant de remonter en direction d’une lumière... céleste ! Mais cette ascension ne me fut permise que par l’intervention du Grand Responsable. Aujourd’hui, je suis déchu. Les portes se referment les unes derrière les autres ne me laissant comme autre choix que d’inventer une réalité alternative. Ne sommes-nous pas tous les auteurs de nos paradigmes ?

Mais c’était sans compter sur l’instinct de survie niché au sein de chaque individu. Car juger un homme sur ses erreurs passées n’est pas l’appréhender dans ce qui le motive au plus profond de lui-même. Il est plus complexe que cela. Infiniment plus complexe. Un moyen d’en saisir la Nature est de s’intéresser à ce qui le fait rêver.
Un papillon vient se poser sur ma main alors que je marche lentement dans ce champ de blé doré par un soleil qui n’a pas failli à sa mission de tout l’été. Le lépidoptère semble être à sa place, en ornement.

Ma demeure se profile à l’horizon. Je suis un bâtisseur. Je l’ai toujours su mais n’avait jamais réussi à le matérialiser. C’est dans ma retraite, au caractère monastique, que mes semblables l’ont découvert. Le bruit assourdissant de l’absence. Le caractère infini du zéro. Quelle différence y a-t-il entre un zéro et cet infini si ce n’est une rotation en sens inverse de ses parties supérieures et inférieures ? Transmutation des formes.

Ma famille m’attend pour dîner. Oui, je suis devenu responsable de la vie d’autres. Moi qui ne me voyait, il y a encore quelques années, que comme un puits asséché à la profondeur insondable, la Vie a fini par en jaillir dans un bouquet aux milliers de senteurs.

Quand je repense aux prémices, au moment initiateur, j’en chancèle toujours intérieurement. Il s’agissait de ma rencontre avec cette femme, excentrique, dans cette rame de métro d’une ville tentaculaire, impersonnelle et froide. Elle tenait une poignée de porte chromée entre ses mains. Situation surréaliste. Alors les questions... Je compris tardivement que cet outil lui avait servi à ouvrir celle de mon coeur.

Mais les ombres rôdent toujours autour du foyer la nuit venue. Elles surgissent du néant et tentent d’étreindre quiconque les approche de trop près. Voilà pourquoi il est crucial de se fixer des règles et de ne pas les enfreindre. La première d’entre elles, la plus importante, est de ne jamais se couper de la chaleur lumineuse dont les Autres sont porteurs. Question d’auto-conservation, car les blessures de l’âme ont besoin de soins particuliers que peu de personnes parviennent à embrasser.

Sur la route de la Vie, j’ai trébuché.
A perte de vue, s’étend mon duché.

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Ernest Messner · il y a
Heureux de retrouver le verbe de Symphoenix après quelques mois de trou noir......il renait vraiment à la lumière ! Merci pour ces mots.
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