Raoul

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Une pensée à la fois, mais tout au long de la journée, le reste des mots revient au silence à dire ou écrire. Sorte de moteur de vie pour exister autrement  [+]

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Ce n’est pas une vie d’être enfermé.

Je n’ai rien fait de mal, enfin, je crois, parce que j’ai aucun souvenir d’avant.

Bon, au début, c’était pas très grave, y’a de la place, puis, il fait chaud.

Je n’ai pas faim du tout, ni soif, il y a une espèce de lueur orange parfois, à d’autres moments, il fait tout noir.

Je commence à entendre des bruits bizarres, des pulsations régulières qui viennent de l’intérieur, puis depuis peu, de l’extérieur, mais, elles sont comme étouffées.

J’ai fait le tour de la prison, c’est tout mou et humide.

Je ne sais pas où je suis, c’est dramatique.

Il y a des choses qui bougent, dehors, j’en suis sûr.

Je suis attaché à une espèce de corde qui palpite et coincé à l’intérieur d’une bulle.

Parfois, je suis secoué et cela est très énervant lors de la sieste.

Je ne peux pas émettre le moindre son pour me faire entendre, c’est très frustrant, parce que, j’ai des trucs à raconter, des choses qui ne vont pas comme l’autre jour, cette sensation de vertige et d’être tout retourné.

J’ai découvert des choses qui poussent de mon corps, je ne sais pas à quoi elles servent, mais, je peux vous dire que c’est pas terrible, à première vue.

Le plus difficile est de gérer ce confinement, cela devient limite, oppressant, intolérable.

Je n’ai rien à faire que ne rien faire, observer sans comprendre où je me trouve, avec ces machins en plus qui réduisent mon espace vital un peu plus chaque jour.

Je ne sais plus depuis combien de temps je suis dans cette geôle, cela devient accablant, des mois, sans doute.

Je dors souvent pour oublier le temps qui passe.

Je suis dans un vaisseau spatial en hibernation.

Lorsque je me réveille, sans savoir l’heure, je médite sur la vacuité de mon sort et encore une fois sur le fait de ne pas savoir pourquoi je suis emmuré dans ce lieu qui reste tout le temps à la même température.

Ici, il n’y a pas de jour, ni de nuit.

J’attends.

Beaucoup plus tard.

Il y a de grands cris, j’ai mal partout.

Peur panique.

Je découvre un long tunnel, au bout, une lueur aveuglante, je me débats, j’ai la sensation d’être étranglé, je n’arrive plus à respirer.

Enfin, je sors de ma cage, j’ai la tête à l’envers et je sens enfin des valves qui se mettent en marche dans moi.

Je peux enfin crier ma joie d’avoir un peu d’air.

Epilogue : Raoul est né le 26 mars 2020, poids : 3,2 kilos, taille : 51 centimètres.
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