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"Qui commande ici ?" ou " voici que s'avance la Proctocratie"

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Luc Moyères

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Gitant fort loin de mon job, lequel est de plus multi-sites, je suis sur rails quasi au quotidien.... Et je puis donc jouir pleinement ces jours-ci de mon statut privilégié de monnaie d’échange. Moi, pauvre ilote de mon patron, révocable moyennant pourboire, me voici donc promu à mon corps défendant gladiateur d’obligation par deux partis antagonistes désireux d’employer à leur profit ma force d’opinion.
Et ça m’interpelle. Et rester à poireauter sur un quai, ou à méditer dans les bouchons routiers, ça donne de plus du temps pour réfléchir. Donc, en plus de râler, je pense... à tel point que le contenu des textes en débat me semble au final accessoire, tout bien pesé, dans la génération du bazar qui complique ma vie quotidienne, outre que bloquer plus ou moins le pays.
Le vrai enjeu de cette joute qui me réifie me paraît finalement être, en quelques mots : « Qui commande, enfin, dans cette turne ? ». En effet, le pouvoir donne par nature à ses détenteurs des droits que n’ont pas les autres bipèdes de l’espèce, et leur octroie de surcroît les moyens d’en prolonger la jouissance. La question de débattre du bien-fondé, ou non, de ces fameux droits n’existe ainsi carrément plus.
Alors, m’est revenue en mémoire une vieille fable d’atelier, que l’on trouvait jadis affichée sur des vitres douteuses de vestiaires ou sur des bâtis vert sapin de machines luisantes de gras de coupe, à côté du Règlement du Chef et de citations du genre : « quand le seigneur a vu notre ouvrage, il a souri, quand il a vu nos salaires, il s’est mis à pleurer ». Elle remonte à l’origine du monde, cette historiette ouvrière, et prétend que tous les organes, du cerveau à l’orteil, en passant par les viscères, se disputaient alors la place de « chef » de l’homme nouveau-créé. Le débat montait en intensité et s’annonçait sans fin, nul ne voulant céder, quand un gagnant improbable le trancha sans ambages : l’extrémité du côlon déclara cesser de faire son office, sauf à obtenir satisfaction. Quelques jours à mariner, jusqu’à rendre la situation intenable à tous, et le trou du cul (citation du texte original) emporta le morceau. Depuis, prétend le conte, la pratique s’est pérennisée et les chefs actuels descendent souvent en droite ligne de cet ancêtre méconnu.
Revenant à la situation actuelle, elle me rappelle cette vieille antienne, à fronts inversés il est vrai. Si je sors de notre petit périmètre social actuel, si je regarde à droite et à gauche, dans les mois passés, si je regarde ailleurs, que vois-je ? Les exemples de ce mode d’arbitrage un peu particulier me semblent finalement légion, où celui qui peut bloquer un essentiel quelconque, en pénalisant le plus gravement possible maximum d’étrangers à l’affaire, sans en pâtir lui-même, sait qu’il a presqu’en main les lauriers du vainqueur.
Finalement, nous ne sommes pas vraiment en démocratie, et le savons. Quoi que nous disions, nous ne vivons pas non plus sous oligarchie, aristocratie, autocratie ou ploutocratie.
Je suis sans doute excessif, moi qui rêve d’une société où le souci de l’équité guiderait les initiatives et les actions correctives, mais ce monde-là, où nous devons vivre, m’inspire, avec le concours de cette historiette, un néologisme incongru.
Quand le pouvoir de bloquer octroie de fait tous les atouts pour espérer empocher la mise, plutôt que de penser à une « culture de la prise d’otage », je pense finalement vivre en « Proctocratie ».
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Blanc76blond · il y a
La réponse est l'emmerdeur
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Atoutva · il y a
Une belle page d'écriture pour raconter l'actualité.
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