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Que serais-je sans moi ?

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Prijgany

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Terrible absence ; sept jours déjà ; comme je me languis de vous.
Avant-hier, hier, je vous ai encore cherchée, souhaitant retrouver au plus vite cette complicité qui nous unissait.
Avant, oui, avant l'incident, je pouvais me dire être, vraiment, mais aujourd'hui... Ah, comme cet abandon me peine.
Ainsi, hier en fin de journée, j'ai retrouvé cette place Alexandre III où vous prîtes la poudre d'escampette. Il faisait très beau, chaud même. On avait dressé des gradins pour y jouer la pièce de Shakespeare "la comédie des erreurs". Je n'ai pas assisté à la représentation, pourtant gratuite, n'ayant point aperçu sur l'affiche le nom de la grande comédienne Ulge Puhkeala, qui interprète à merveille le rôle d’Émilie, l’abbesse de la communauté d'Éphèse. Alors j'ai déambulé rue du Mozambique, puis rue des sourciers, souhaitant vivre cet instant où vous jugeriez bon retrouver ce corps qui à n'en pas douter, doit aussi vous manquer.
Quel nom porte donc cet inconnu ayant exercé sur vous un tel attrait, une si grande fascination ? Je le sais, vous vous êtes laissé enjôler par un autre visage, une démarche, un détail, peut-être simplement vestimentaire. Sachez que je vis cet abandon comme si je venais d'apprendre à chaque instant qu'une automobile venait de faucher mon ami le plus cher.
Dépité, catastrophé, je suis entré dans une galerie d'art, interloqué par les œuvres curieuses mises en vitrine. Là j'ai reconnu du fauvisme, mais aussi des estampes en provenance des musées royaux des beaux-arts de Belgique - des lithographies et des eaux-fortes principalement - ; assis sur un socle de pierre, un lutin à tête d'oiseau levait le bec vers le ciel dans un mouvement de désespoir ; plus loin, sur une plage que bordait l'écume des vagues, à coté d'une épave, surgissait une tête de mort dont l'orbite s'ornait d'un énorme bloc oculaire. Là, le long d'une route qui traversait un village, des silhouettes caparaçonnées de tissus affriolants se figeaient des deux côtés, alors qu'un homme en camisole de force blanche, pris d'on ne savait quelle terreur, fuyait, ignoré de tous. Au centre de l'image, s’inscrivait l'espace d'un grand vide. Tout à la fois bouffonnes et macabres, ces visions mettaient en scène d'insolubles mystères, me portant à penser qu'il manquait à ces peintres comme à moi-même, leur équilibre originel.
Comme eux, j'étais ce navire détaché de sa bitte d’arrimage, voguant au gré des courants sur un océan dépourvu du moindre liquide. Ce devait être cet amour évaporé de mon for intérieur qui posait problème. Au lieu de m'épouser tendrement, il devait tournoyer au dessus de ma représentation, observant mes errements, mes interrogations, mon anxiété, sans mot dire. Au fond de la galerie, il y avait d'autres œuvres stupéfiantes ; d'une fosse murée dont le sommet inscrivait une toison végétale, sortait une paume ouverte qui recevait d'une autre main les racines d'une plante qui m'était inconnue ; fuyant cette curiosité, j'en vis une autre : une femme nue s'enlisait dans une mare, tandis qu'au-dessus d'elle trois faces de poissons l'observaient.
Ces œuvres sans titre, également privées de commentaires, finirent par porter ma détresse à son paroxysme, n'étant pas en mesure de répondre aux questions qu'elles suscitaient. Ah ! pauvre de moi en ce jour où comme une ivresse particulière semblait avoir raison de toutes mes velléités.
Saisi par la chaleur en sortant de la galerie, je vis des véhicules rouler sur le toit de mes errances.
Combien je réalisais à présent qu'il m'était impossible de quêter un havre de paix sans l'aide de votre présence. Forcément je n'étais pas vous et vous n'étiez pas moi. Nous errions, chacun de notre côté, séparés par une malfaçon qui déconstruisait cette carapace qui jadis se fondait dans un seul corps.
Au cours d'une longue séance de méditation, j'avais cru comprendre que l'âme n'avait pas de représentation matérielle, qu'elle s'exprimait différemment ; comme je me rends compte à présent que l'âme sans le corps, et vice versa, n'est rien, l'un n'allant pas sans l'autre. Ces tableaux venaient-il pas m'apporter la preuve indéniable que ces artistes dont les peintures étaient exposées relataient les formes d'une dysharmonie ? Dépourvu de cet équilibre nécessaire, ce manque ne m'offrait plus à présent que des représentations insipides d'une société souffreteuse d'un mal que je comprenais bien maintenant.
J'avais encore à l'image ce tapis rouge imaginaire que nous déroulâmes ensemble, dans ce salon où vous rapprochant de ma présence, bientôt vous me fîtes un tendre baiser qui me ravit à ce point de toucher une part de moi même qui n'était autre que la sensibilité diablement aiguë que j'avais pour vous. Mais je veux en ce jour reprendre espoir ; vous recevoir dans mes bras serait le plus beau cadeau que vous pourriez me faire, à moi, rien qu'à moi puisque je fais partie de vous, comme vous même faites partie de moi, à jamais, tout le temps, indéfiniment. Même la mort ne pourrait nous séparer.
Ce soir je vous promets de dormir serein, mais jurez-moi que dès l'aube naissante nous serons ensemble comme par le passé ; ne me contraignez pas à vivre pareille expérience les jours prochains, car pour tout vous dire j'ai passé la journée au lit, ruminant cette séparation et surtout ces images affreusement peinturlurées. Je me dirais alors que c'était une simple expérience de nos vies, car la vie, la nôtre, ne peut se permettre pareille divagation, aussi je vous en conjure, quittez ce manant dont vous avez chassé l'âme pour prendre une place qui n'est pas vôtre, car je pressens qu'on vous a aguiché sous le coup d'un futile intérêt ; retrouvez cette âme désemparée par votre incursion, afin qu'elle aussi reprenne la fonction qui lui est due, et reprenez la vôtre, ce nid si douillet qui vous convient ; mes yeux, ma bouche, mon regard vous attendent, car vous m'êtes et je suis vous. Délivrez-vous de cette emprise et nous reprendrons nos activités comme nous le faisions jadis. Présentement, ce jeu n'a aucune valeur. Si je vous regrette, je sais pertinemment que vous me regrettez aussi ; on ne peut effacer toute une vie ainsi ; revenez ! Glissez vous cette nuit en moi pendant mon sommeil, qui cette fois sera réparateur. Nous saurons tous deux passer l'éponge sur cet événement insignifiant, sur cette anomalie sans queue ni tête qui n'envisage rien de très bon pour nous deux pour l'avenir. De grâce, ne me quittez pas, revenons ensemble, chez nous.
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De margotin · il y a
Tres beau j'aime et et je vous invite à découvrir Nilie
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Prijgany · il y a
Merci Félix ; je vais lire la légende des étoiles.
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Felix Culpa · il y a
Enfin une lecture qui me concerne ! J'ai l'impression que c'est écrit pur moi ! Je m'abonne à votre page, et je vous invite à découvrir : La légende des étoiles : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-legende-des-etoiles
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Jean Calbrix · il y a
Bonjour Prijgany ! Vous avez soutenu mon sonnet "Spectacle nocturne" et j'en suis ravi. Il est désormais en finale.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/spectacle-nocture
Le soutiendrez-vous à nouveau ?
Bonne journée à vous !

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Jean Calbrix · il y a
Je relis avec beaucoup de plaisir votre nouvelle surréaliste (avais-je dit) Prijgany
Je profite de mon passage pour vous inviter à lire mon sonnet "Spectacle nocturne" si cela vous tente https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/spectacle-nocture
Bonne journée à vous.

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RAC · il y a
Comme une rétrospective...avec des questionnements...Intéressant !
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Utilisateur désactivé · il y a
Bravo, j'ai beaucoup aimé!
Je vous invite également à voir ma dernière peinture numérique pour le concours harry potter : https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/dumbledores-tattoo-1

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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Bravo, je vote
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Marie · il y a
J'ai beaucoup apprécié votre texte fort bien écrit.
Je vous invite à lire l'un de mes textes https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/loin-des-yeux-loin-du-coeur

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