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Pschitt-analyse

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Gérard Le Gal

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J'ai entrepris une analyse. Au départ, j'avais plutôt envie de me suicider mais je ne voulais pas me suicider seul. J'ai passé une petite annonce : H. cherche F. pour suicide commun, âge et profession sans importance. Pas motivée s'abstenir. Le plus étonnant, c'est que j'ai reçu pas mal de réponses. J'avais demandé aux candidates d'envoyer une photo avec leur C.V. et leurs motivations. J'ai commencé par éliminer les plus belles car je trouvais que c'était faire un affront à la nature. Puis j 'ai éliminé celles qui me paraissaient intelligentes car je me disais que c'était gâcher les forces vives de la nation ! Du coup, il ne me restait plus que les connes et les moches ! Parfois certaines d'entre elles cumulaient les deux ! Non, décidément c'était vraiment trop déprimant de mettre fin à ses jours en cette compagnie. Pour finir, j'ai renoncé au suicide et je me suis retrouvé sur un divan !

Première séance

« J'ai 46 paires de chaussettes de toutes les couleurs. Évidemment, je ne les porte pas toutes en même temps. Ne jamais avoir la bonne paire de chaussettes est certainement un signe de mon insatisfaction chronique...
- Hum, hum
- Pourtant je m'arrange toujours pour que mes chaussettes se voient le moins possible. Est-ce un signe pour se fondre dans la masse ?
- Continuez
- Je pourrais me contenter d'une ou deux paires de la même couleur. Mais non, j'ai ai une collection pléthorique. Je ne suis jamais satisfait de leur texture, j'en ai en fil d'Écosse, en coton, en synthétique. Elles sont soit trop épaisses ou trop fines. Je transpire trop ou mon pied ne respire pas assez. Je n'aime pas trop celles qui ont des motifs ou alors pour l'intérieur. Vous me direz, à quoi bon porter des chaussettes chez soi, ce à quoi je vous répondrai, c'est mon droit ! Et puis, on ne sait jamais, quelqu'un pourrait sonner à ma porte. Remarquez, ça n'arrive pas souvent enfin pratiquement jamais. En fait, la dernière fois que quelqu'un a sonné, c'est quand un visiteur s'est trompé de porte. Il allait voir la pétasse d'en face, celle qui ne dit jamais bonjour !
- Intéressant, intéressant. En fait, la chaussette est un symbole. Un substitut du préservatif. Vous voulez utiliser un préservatif mais vous ne savez pas avec qui  ! Vous ne savez pas lequel choisir !Quand l'éros est rosse, la libido joue en solo !
- Ah !!!
- Merci, ça fera cent euros ! »

Deuxième séance

« J'ai décidé d'investir dans un ordinateur. Je n'ai pas de contacts avec mes contemporains mais l'autre jour, j'ai découvert qu'il existait des forums de discussions, des « chat ». Je me suis fait passer pour un réalisateur de films et j'ai proposé plusieurs scenarii. J'hésite entre un porno métaphysique, les protagonistes feraient l'amour par transmission de pensées en mettant leur âme à nu ; ou un polar, le serial-killer dépècerait ses victimes et les déposerait au rayon surgelé de son supermarché ; un film d'amour, deux êtres qui sont faits l'un pour l 'autre, finissent par se rencontrer dans un accident de voiture ; un film tragi-comique, une voyante atteinte de cécité s'éprend d'un funambule unijambiste qui finit par prendre ses jambes à son cou !
- On ne peut pas dire que vous manqué d'imagination ! Vous êtes un homme à fables ! Je vois dans l'ordinateur comme un symbole de la matrice originelle auquel vous êtes relié par le cordon ombilical. Œdipe est dupe mais pas caduc ! Il faut couper le cordon !
- Acheter une souris sans fil ?
- ??? Merci, ça fera cent euros.
Je sentais que j'allais beaucoup mieux ! »

Troisième séance

« - Alors comment ça va ?
- Mal, très mal ! J'ai rêvé que je répondais à une annonce et la dame me demandait de faire des photos érotiques, euh non, artistiques ! Elle me donnait rendez-vous dans un café. Elle avait revêtu ses plus beaux atours et avait sans nul doutes de beaux atouts ! Elle était très persuasive et nous sommes donc allés chez elle. Mais au moment où elle se déshabillait devant l'objectif son mari a émergé de sa sieste éthylique et m'a menacé avec un sabre ! Je me suis enfui. Voilà, depuis je vis dans l'angoisse qu'il me retrouve.
- Paranoïa aiguë, phobie existentielle ! Quand le pathos rejoins l'éros, mettez sur pause ! Rappelez-vous, ce n'est qu'un rêve, ce monsieur n'a pas votre adresse !
- Non, pas à ma connaissance.
- Bon alors rentrez chez vous et soyez tranquille. Au fait comment se fait appeler votre déesse du « chat » ?
- Lovelace, pourquoi ?
- Lovelace, love less !
J'allais franchir la porte quand j'ai entendu, merci ça fera cent euros !
- Ça fait cher le rêve !
- Que voulez-vous l'onirique est onéreux ! »

Quatrième séance

« - Comment allez-vous aujourd'hui ?
- Mal, très mal, je suis un meurtrier !
- Le Ça, le Moi, le moi s'émeut, le soi c'est moi, ça va de soi !
- ???
- Allons, allons, racontez-moi tout ça !
- La fille du rêve, Lovelace a continué à m'envoyer des messages enflammés auxquels j'ai répondu prudemment, puis, petit à petit, je me suis défoulé
- Intéressant, intéressant ! Refoulement, défoulement...
- Mais ce que je ne savais pas, c'est qu'elle faisait lire les messages compromettants à son mari jaloux !
- Et alors ?
- Alors, il est venu chez moi et il a sonné
- Et alors ?
- Quand j'ai ouvert, il me menaçait à nouveau avec son sabre.
- Et alors ?
- Alors, je ne sais pas ce qu'il m'a pris, je lui ai arraché le sabre des mains et je lui tranché la tête !
- Vous êtes entêté !
- Et lui étêté !!
- C'est ce qu'on appelle un passage à l'acte, vous êtes guéri !
- Comment ça, je suis guéri ? J'ai tué un homme et c'est tout ce que ça vous fait ?
- En rêve, seulement en rêve ! Et puis, je suis psychanalyste, pas policier ! Vous pouvez rentrer tranquillement chez vous. Et tenez, puisque vous m'êtes sympathique, je vous offre cette dernière séance ! »

En descendant l'escalier, je fus pris de remords. Je remontai l'escalier pour payer ma séance. Mais quelle ne fut pas ma surprise en arrivant sur le pallier, j'aperçus une silhouette féminine qui ne m'était pas inconnue. Je crus halluciner, Lovelace chez mon psychanalyste !
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Flore · il y a
Et le sur-moi Gérard, le psychanalyste était déjà dans le rendez-vous suivant avec Loveless...Heureusement, tous ne sont pas comme ça, et les "patients" n'ont pas tous ta constance...le ça, le moi et le sur-moi et certains tournent en boucle et remplissent leur tiroir....
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Gérard Le Gal · il y a
Merci pour vos lectures et vos commentaires. J'ai une petite question technique à vous soumettre, je me demande s'il faut toujours cocher la case "envoyer une notification à vos abonnés" ou bien les abonnés reçoivent-ils automatiquement une alerte quand vous publiez une oeuvre ?
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