Prostitution?

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J'ai dix-neuf ans et je n'ai pas un rond. Je suis étudiante, j'ai des fringues trouées, j'en ai marre, un de mes petits amis m'en a fait le remarque, je n'ai pas de manteau, je me dis que je m'en fous, qu'à Bordeaux on n'en a as besoin, et parfois je claque de l'argent comme une crise, et j'ai ma carte bloquée, et plus de chéquier, et je vais piquer une crise à la banque en hurlant: «Mais comment je fais moi hein pour bouffer?»

Je fais du théâtre, avec la fac, et une fille de la compagnie me dit qu'elle ne me le conseille pas, mais que pour gagner de l'argent facilement, il y a un truc, pour les filles. Il faut acheter un magazine, et dedans il y a plein d'annonces, des annonces où des photographes amateurs demandent des modèles. Elle me dit qu'elle le fait, elle, que c'est payé 700 francs la séance, que parfois il faut se mettre nue, qu'elle ne me conseille pas de le faire. Ce qui m'a étonnée, c'est que si elle a été si précise, en me donnant le tuyau, elle a aussi insisté sur le fait qu'elle ne me conseillait pas du tout de le faire moi-même.

J'ai trop de problèmes d'argent pour refuser une solution si stimulante.
Je suis donc allée acheter ce magasine.

Je ne me souviens plus au bout de combien de temps j'ai appelé,et comment j'ai choisi l'annonce, ni comment j'ai pris un rendez-vous avec un homme. Je me souviens pas contre d'avoir fantasmé, au milieu des petites annonces. Les pris des séances, la facilité m'ont grisée.

J'ai été au rendez-vous avec une copine, dans un café de Bordeaux que j'ai choisi. Je porte ce jour-là une jupe moulante rose qui me met en valeur. Je veux plaire au photographe en tant que modèle, et j'ai peur de ne pas être assez jolie, de ne pas être prise, et de ne pas gagner cet argent dont j'ai tant besoin.

Il me donne un rendez-vous à Angoulême, chez lui, me prête des disques dont je dois m'inspirer, me raconte quel genre de photos il voudrait.

Je prends le train quelques jours plus tard pour Angoulême. Je ne sais pas comment mais mon père apprend ça, je ne sais pas comment, et encore aujourd'hui à trente trois ans, j'ai peur et honte de lui en parler. Il me dit «J'apprends que tu vas faire des photos chez un homme Juliette, qu'est ce que ça veut dire?» Je lui réponds que je suis grande, qu'en gros ça ne le regarde pas, que je sais ce que j'ai à faire, que je fais ce que je veux. Aujourd'hui j'aurais voulu qu'il insiste, qu'il m'explique, qu'il me prenne entre quatre yeux, et qu'il écoute mes motivations, qu'il me raconte tout ce que je sais depuis.
Je lui en ai voulu à l'époque, aujourd'hui je suis heureuse qu'il ai essayé de faire quelque chose, et effrayée de réaliser qu'il ne pouvait plus rien m'empêcher de faire.

J'ai beaucoup de mal à décrire la scène. J'ai affreusement honte. Parce que j'ai réalisé le danger trop tard, le dégout trop tard, ce que je faisais trop tard. Il m' a demandé de me mettre torse nu et je l'ai fait. Il m'a regardée un temps, sans prendre de photo, puis j'ai remis mon haut, je faisais ce qu'il demandait, il a pris quelques photos nulles de moi en jean, et petit haut blanc, on voyait mes seins à travers.
Puis il m'a demandé d'ouvrir ma braguette. A pris quelques photos encore. Et il m' dit qu'il fallait qu'il arrête, je ne sais plus quels mots il a employés, mais il m' a fait comprendre qu'il commençait à être excité, et qu'il fallait arrêter; on est descendu dans la rue jusqu'à un distributeur, il a retiré devant moi 700 francs qu'il m'a donnés, et je suis partie, le reste est flou et je n'ai jamais réitéré. Je ne sais même pas si j'ai raconté tout ça.
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