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Promenade printanière.

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Camille-Marie

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L'impact des gouttes sur le métal lui fit reprendre conscience et, avec elle, la douleur hurlante de sa blessure ressurgit.Pourtant, ces gouttes de pluie qui martelaient le coffre du véhicule étaient un indicateur. Peut-être sa seule chance de rester en vie.
Ses pupilles se dilatèrent dans l'espoir de percevoir le moindre repère familier. Rien. L'atmosphère était d'un noir poisseux. Elle était comme un fauve emprisonné dans une cage. Impossible de changer de position tant l'espace de sa geôle était réduit.
Elle aurait voulu hurler ; au lieu de cela, elle vomit.
Son cœur battait dans ses oreilles, son ventre, sa tête et résonnait dans tout l'habitacle en cercles concentriques. Il fallait qu'elle se calme.
La peur la submergeait. Elle sentit un liquide brûlant sous elle : elle venait d'uriner .
Elle tenta de ramper sur quelques centimètres mais la violence de la douleur la paralysa. On aurait cru que sa l'ensemble de ses nerfs à vif, comme concentrés en un seul point.
Il fallait qu'elle lâche prise. Impossible, sinon c'était la mort à coup sûr.
Si elle ne voyait rien que le néant d'encre des lieux, son odorat, lui, était décuplé. Elle percevait des relents de nourriture, de sueur, de cheveux et de peau. Elle sentait la nervosité et l'angoisse du conducteur à travers la tôle : elle aurait pu les toucher.
Il fallait à tous prix qu'elle se calme. Elle avait l'ouïe fine : c'était peut-être un moyen de savoir, de survivre.
Le véhicule roulait à bonne allure. L'averse ne cessait pas. Parfois même des grêlons crépitaient. Normal, on était au printemps... Elle avait perdu la notion du temps dans cette boîte. Depuis quand y était elle enfermée et pour combien de temps ? Elle se souvenait juste qu'on était bientôt au printemps. C'est même à cause de ça qu'elle en était arrivée là...
Ce matin, elle avait passé du temps à la toilette comme d'habitude. Son entourage lui reprochait parfois son excès de zèle en la matière.. Qu'importe, elle était libre !
Après une courte sieste, elle avait voulu sortir dans l'après-midi, déambuler dans la campagne comme elle aimait tant. Renifler les premières fleurs, guetter le chant des oiseaux, observer les insectes, l'herbe qui frémit de partout, rencontrer un ou une amie pour échanger les dernières infos..
Son pas était chaloupé. Etait-ce sa démarche qui l'avait attiré ? Elle avait traîné jusqu'au soir profitant du premier jour de beau temps jusqu'au bout. Elle était terrienne et jouissait de l'instant sans se poser de questions. Insouciante, sûre d'elle.
A présent, elle était en train de crever dans le coffre de la voiture qui filait à toute vitesse vers l'enfer.
A bien y réfléchir, elle avait senti qu'on la suivait sans bruit. Une odeur de vieille crasse derrière elle, un souffle, presque un feulement de prédateur.
Le soir tombait maintenant et elle pressait son pas d'ordinaire nonchalant. Elle trottinait presque lorsqu'il l'avait attrapée par derrière au coin de la maison pour lui planter deux aiguilles dans la cuisse.
Elle avait hurlé, tenté de griffer et de mordre son agresseur...puis plus rien !
La plaie était béante et irradiait tout son corps.
Elle ne savait pas d'où venait l'agresseur. Il lui semblait l'avoir croisé deux ou trois jours auparavant mais n'en était plus certaine.Elle aurait eu du mal à le reconnaître à part quelques détails importants : il était roux, entre deux âges et borgne. Mais surtout, surtout, il y avait cette odeur de crasse qui lui collait à la peau. Un de ces SDF qui atterrissaient parfois à la campagne.
Elle pouvait le reconnaître, c'est sûrement pour cela qu'elle devait disparaître. Confus, son cerveau ne fonctionnait que par ces sens et ne réfléchissait plus.
Dans un sursaut, elle réalisa que ce ne pouvait être un SDF. Il y avait cette voiture ou bien alors il avait des complices.
Elle fit encore quelques efforts pour ne pas s'endormir, mais la douleur criait en elle et l'assomma. Un sommeil sans rêve. Même pas une trêve.
Maintenant, elle devait lutter contre le froid. Le coffre avait une fuite par où la pluie s'était infiltrée et le vent aussi.
A son réveil, elle songea que peut-être elle pourrait boire un peu de cette eau providentielle. Elle avait soif. Elle avait comme un caillou dans la bouche. Cette eau était si près et si loin à la fois.
Impossible de bouger, e se traîner même. C'était comme si on lui avait arraché la jambe. Pourquoi ? Pourquoi elle ?
Elle utilisa ses dernières forces pour écouter encore, essayer de comprendre où on l'emmenait. Qu'allait-on lui faire ? La terreur s'empara d 'elle une nouvelle fois . Elle se mit à trembler de tout son corps. Elle ne le maîtrisait plus ni sa souffrance, ni son effroi.
Elle perçut soudain le « clic clic » d'un clignotant. Le véhicule ralentit puis stoppa. L'impact des gouttes sur le métal du coffre cessa lorsqu'il l'ouvrit.
Elle se recroquevilla encore prête à utiliser le fil ténu de sa vie en un ultime combat perdu d'avance. Elle le savait.
Il faisait nuit. Aveuglée par la pluie battante, elle ne distinguait rien. On la traîna jusqu'à une maison où régnait une odeur infecte ou plus exactement un mélange d'odeurs écoeurantes qui exhalaient l'épouvante.
Soudain, elle se retrouva propulsée dans une petite pièce éclairée par une lumière glaciale et criarde.
Il y faisait froid comme dans une boucherie. Elle était entièrement carrelée comme dans un laboratoire. Au centre trônait une table d'examen métallique munie de sangles.
Entra une femme, seringue à la main. «  On va la tondre partiellement avant traitement. »
Alors c'était cela, elle allait servir de cobaye pour des expériences...
La femme appuya sur sa plaie en lâchant : « c'est vilain. On doit s'en occuper avant tout. »
La garce ! Elle poussa un cri à s'en déchirer les entrailles.
Juste avant de sombrer elle entendit :
« Comment elle s'appelle ?
Huguette .
Votre chatte a dû être mordue par un matou. Nous allons la soigner et la garder pour la nuit. De toute façon , c'est pas un temps à laisser un chat dehors ! »

PRIX

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Arlo · il y a
A L'AIR DU TEMPS d' Arlo est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.
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Camille-Marie · il y a
Merci Octave et Nathalie pour ces sympathiques commentaires ! Si vous avez 5 minutes je vous invite à lire Monsieur Jean un brave homme.....Bon dimanche.
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Nathalie Collin Gerardin · il y a
Octave : "je viens de lire ta nouvelle .C'est génial !! on ne s'attend pas du tout à cette fin. La surprise est totale . Bravo"
Nathalie : Ingénieux et bien construit. Super. Je l'ai lu à Cybele ... chat lui va bien aussi !

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Camille-Marie · il y a
Merci! Elles ne tarderont pas....Rendez-vous avec"Monsieur Jean"
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FMC · il y a
Pas très hospitalier le coffre, mais c'est moins pire que je n'osai l'imagine... Â bientôt pour d'autres aventures... biz
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Ciccone Laurent · il y a
Chat alors !... C'est très bien construit et très inattendu, je vote. Et vous invite à découvrir mon court qui se déroule également dans le coffre d'une voiture... mais qui finit différemment (Pay Back). A bientôt
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Camille-Marie · il y a
Merci beaucoup vraiment. Je vais visiter votre coffre!
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Dominique Alias Suna Descors · il y a
Ils sont vraiment plombés du casque... Bravo pour cette montée en tensions émotionnelles. Pauvre Huguette ! + votes
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Camille-Marie · il y a
Merci infiniment! Huguette est en convalescence et retrouve son roron habituel!
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Dominique Alias Suna Descors · il y a
(sourires)... belle journée ensoleillée
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François Duvernois · il y a
Une chute inattendue et qui ne manque pas d'humour. On retrouve l'écriture de "Monsieur Jean" dans cette promenade printanière. Mes votes.
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Guy Bellinger · il y a
Un thriller inattendue et brillant. Pas un instant, je n'ai vu venir la fin.
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Doudou · il y a
Ravie de vous avoir "promené"! Merci beaucoup!
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Camille-Marie · il y a
Merci beaucoup. Je suis heureuse que cette promenade vous ait plu et Je file découvrir votre texte
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