Prisonnier sacrifié

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De Madame de La Fayette à John Green, je lis de tout, tout le temps. J'adore voyager dans l'imaginaire d'un autre. Et je fabrique, au fur et à mesure, un imaginaire qui me correspond. J'espère  [+]

Image de 2017
L’impact des gouttes sur le métal résonnait à ses oreilles.
Il était là depuis ce qui semblait une éternité, et ce bruit régulier et cristallin de la pluie commençait à l’irriter.
Il tentait, depuis un moment, vainement, de se défaire de ses liens. Une corde, un peu trop bien serrée, lui entravait les poings et les pieds. Un bâillon l’empêchait presque de respirer, et surtout d’appeler au secours.
Il comprit rapidement que cela ne servait à rien et avait arrêté de se débattre avec ses liens. Il ne parviendrait pas à se libérer, c’était certain.
Alors, il se mit à détailler, pour une fois encore, le lieu dans lequel on l’avait enfermé. Bien qu’il fît encore nuit, la pleine lune rendait le ciel clair et invitait ses rayons de lumière à éclairer l’intérieur du bâtiment et la pénombre qu’ils créaient lui permettait d’y voir un peu.
C’était une vieille église, abandonnée depuis plusieurs années. Tout était sens dessus dessous ; les bancs de prière en bois étaient renversés, les lourds chandeliers, privés de leurs bougies de cire, étaient devenus inutiles, des bouts de verre provenant des vitraux autrefois resplendissants étaient disséminés partout dans l’église. Et les pierres froides qui maintenaient avec difficulté le bâtiment debout, étaient par endroits craquelées, fissurées ou complètement érodées, et laissaient passer aussi bien la lumière que le froid de l’extérieur.
Peu à peu, la nuit arriva à sa fin, et les premiers rayons du soleil se firent d’abord timides à travers les vitraux brisés. Peu à peu l’angoisse monta. Le faible soleil faisait apparaître l’atmosphère réellement lugubre et étrange de l’endroit. Le temps paraissait s’être arrêté, l’homme attaché là semblait faire partie d’un décor immuable, dans lequel il était destiné à pourrir aux côtés du marbre froid et des dorures moisies.
Alors qu’il commençait à s’agiter de nouveau, apercevant chaque fois plus où il se trouvait, un seul rayon, à travers un trou dans le verre, éclaira quelque chose qu’il n’avait pas vu auparavant. C’était un livre. Il reconnut la couverture pour en avoir parlé en riant avec des amis, elle était d’un cuir rouge fatigué. C’était l’Evangile de Satan. Il frissonna. Que pouvait bien faire ce livre dans un lieu pareil ? C’était bien le dernier endroit dans lequel il aurait pensé le trouver.
Au fur et à mesure que la matinée avançait, le soleil découvrait des choses toutes plus étranges les unes que les autres, qui l’inquiétèrent d’abord, avant de l’effrayer véritablement.
La deuxième chose que le soleil illumina fut un chandelier en or, renversé et ensanglanté. Qu’avaient bien pu faire les derniers occupants de ce monument ?
Il découvrit, avec les éclaircies du jour, que, tout autour de lui, se trouvait un nombre infini de signes sibyllins tracés à la cire.
Un peu avant midi, il découvrit où il se trouvait exactement. Il était au centre d’un pentacle, lui aussi tracé à la cire blanche. Il était adossé à l’autel, en plein milieu de l’église. Il fronça les sourcils, redoutant ce qu’il faisait là, dans quelle mise en scène il avait été pris.
Alors que le soleil arrivait à son zénith, il aperçut enfin, avec horreur, ce qui lui coulait dans les cheveux depuis qu’il se trouvait là. C’était du sang qui séchait dans ses cheveux. Il leva alors la tête, pour voir d’où il provenait, et découvrit une chèvre blanche, égorgée, presque décapitée, gisant sur l’autel au-dessus de lui, la langue pendante et les yeux vides.
Il comprit immédiatement alors ce qu’il faisait là, à quoi il était destiné. Bien qu’il s’était résigné à attendre patiemment il-ne-savait-quoi, il se mit soudainement à paniquer, se voyant mourir de la même façon que ce pauvre animal. Il tira sur les liens, faisant résonner ses gestes dans tout le bâtiment, tentant de hurler malgré le bâillon.
Après quelques minutes, qui l’épuisèrent, il entendit des voix provenir de l’autre côté du monument. Il se mit à gémir et à se débattre un peu plus fort, ne sachant pas bien s’il s’agissait de ses agresseurs ou de quelques âmes salvatrices. Il s’agita tellement qu’il fit bouger l’autel, et la tête de la chèvre se décrocha et lui tomba dessus, lui faisant faire un mouvement de recul, surpris.

« Coupé ! coupé ! Georges, je ne t’ai pas demandé de détruire le matériel ! C’est dommage, cette prise était parfaite. »
Le réalisateur descendit de son promontoire alors que plusieurs personnes détachaient l’acteur qui répondit, amusé, une fois le bâillon enlevé :
« Pardon. Mais tu aurais dû me prévenir de ne pas trop bouger. Je ne savais pas que la pauvre chèvre en perdrait la tête !
-Ce n’est pas bon, ce n’est pas bon, conclut le réalisateur en visionnant les images fraîchement filmées. Il faut la refaire. Tu fais bouger tout le décor, on voit que ce n’est pas solide. »
Il fit alors signe à tout le monde de se remettre en place, les lumières s’éteignirent, donnant une impression de nuit, et l’acteur s’assit de nouveau, de son plein gré, dos à l’autel. Le silence se fit et la caméra filma à nouveau la scène.
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