Prisonnier

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Yo ! Moi c'est Sirkal, ou Maurin (si si, c'est un vrai prénom je vous assure). Dans la vie, j'aime lire, les animaux, les jeux vidéos, la musique, écrire (pas forcément dans cet ordre)  [+]

Image de Eté 2016
Ils m’ont enfermé. Depuis déjà trois jours, je crois. Dans cette pièce aseptisée, j’ai du mal à garder la notion du temps. Bercé par le ronronnement constant des étranges machines qui m’entourent, je n’ai comme repère que la visite de mes geôliers. Régulièrement, l’un d’eux pénètre dans mon royaume grisâtre, jette un coup d’œil visqueux aux écrans recouverts de signes cabalistiques, et repart. Parfois, il me parle, mais je ne parviens jamais à me souvenir de ce qu’il m’a dit.

Que me veulent-ils ? Je suis pieds et poings liés, au propre comme au figuré. J’attends, impuissant, qu’ils commencent enfin. Car j’en suis sûr, ils ne me retiennent pas prisonnier par hasard. Ils préparent leurs expérimentations macabres. Ça se passe toujours ainsi dans les films, n’est-ce pas ?

Pour rester sain d’esprit, je me plonge dans le passé. Je pense à ma famille, à nos moments de bonheur. Caroline, ma femme adorée. Tristan et Léa, mes enfants chéris. Des moments simples me suffisent à m’évader : un repas en famille, une après-midi au parc, un récital de piano de Tristan, un match de football de Léa. Mais chaque fois, mes pensées finissent par m’échapper et me font revivre les instants cauchemardesques qui m’ont conduit ici.

La journée avait pourtant bien commencé, mon patron m’avait offert la promotion tant espérée. Je pensais déjà aux cadeaux dont je pourrais couvrir Caroline avec mon nouveau salaire quand les sirènes se mirent à hurler. Tous les employés de l’open space se levèrent, échangeant des regards d’incompréhension. Ce n’était ni un mercredi, ni midi. Jean eut la présence d’esprit d’allumer la télé. Nous y découvrîmes avec horreur un flash spécial, intitulé sobrement : « Attaque Alien ! ». Une mosaïque d’écrans montrait toutes les plus grandes capitales du monde bombardées, en flammes. Je crois que c’est à ce moment que retentit la première explosion. La panique qui s’ensuivit fut terrible. Je me précipitai hors de la tour. Dans la précipitation, je me souviens vaguement avoir poussé une collègue qui me gênait, l’envoyant valdinguer tête la première dans l’escalier. En sortant, je découvris un spectacle apocalyptique. La gare de la Part-Dieu était en flammes, le Crayon en train de s’effondrer. Les déflagrations se faisaient de plus en plus nombreuses, des troupes aliens débarquaient. Je me frayai un chemin dans la cohue, en direction de Villeurbanne. Caroline, Tristan, Léa. À cet instant, je ne pensais qu’à survivre pour les rejoindre.

Je ne sais par quel miracle j’échappai aux tirs et aux explosions, mais je parvins jusqu’au cours Lafayette indemne. Autour de moi, les autres tombaient comme des mouches. Vaporisés, congelés, dissous... La technologie de destruction extra-terrestre ne semblait connaître aucune limite. Au pas de course, je bifurquai dans la rue Sainte-Geneviève, priant tous les Dieux auxquels je ne croyais pas pour que notre maison soit encore debout. En vain. Au bout de la rue, l’église orthodoxe qui offrait au quartier son charme exotique flambait. Entre elle et moi, un champ de ruines. Prostrée devant le tas de débris qui fut un jour ma demeure, une adolescente. Léa. Je m’élançai, mais il était déjà trop tard.

Les instants suivants semblèrent se dérouler au ralenti. Un alien braqua son œil répugnant sur elle. Son corps abominable de gélatine et de tentacules se mit en branle. Il glissa vers elle, laissant derrière lui son ignoble filet de bave. L’un de ses tentacules s’allongea et s’enroula autour de son cou. Incapable de soutenir la vision d’horreur qui s’offrait à moi, je m’effondrai. Ma tête heurta le goudron, et je perdis connaissance. Quand je me réveillai, j’étais ici, dans ma cellule.

Ils ne m’ont pas tué. Quel intérêt puis-je présenter pour eux ? Leur science surpasse de loin tout ce que l’humanité a pu accomplir. Pourquoi ne m’ont-ils pas laissé mourir avec ma famille ? Est-ce dans l’unique but de me torturer ?

Les questions passent et repassent en boucle dans mon esprit. Elles s’entrelacent, se mélangent jusqu’à former une bouillie compacte et informe. Je dois me calmer. Je dois reprendre le contrôle. Je ne dois pas perdre la raison. Je suis peut-être le dernier humain encore en vie. Pour la centième fois au moins, je teste la résistance de mes attaches. Elles ne bougent pas d’un millimètre. Quel espoir me reste-t-il ? Pourquoi lutter ?

Caroline. Ses mains douces, ses yeux pétillants, son sourire désarmant. Elle ne voudrait pas que j’abandonne. Elle voudrait que je vive. Ce dicton stupide me revient en tête : tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Qui sait ? Peut-être que ces aliens finiront par me relâcher. Peut-être que d’autres humains vivent encore. Nous pourrions être destinés à un zoo. Après tout, la vie en captivité, c’est tout de même la vie, non ?

Je ne vois pas la porte depuis mon lit, mais je l’entends s’ouvrir.

— ... un peu particulier. Il a participé à la surveillance préalable, puis a planifié et coordonné l’éradication d’une ville humaine. Lyon, en Franche, il me semble.

En France, bougre d’âne ! J’aimerais le reprendre, mais je n’ai pas envie de m’attirer plus d’ennuis que je n’en ai déjà. Et puis je serais bien incapable de parler leur langue, même si pour une raison étrange, je la comprends parfaitement.

Pour une fois, mon geôlier gélatineux est accompagné. Un de ses compatriotes visqueux se tient à ses côtés, buvant ses paroles. Ses tentacules frétillent.

— Que lui est-il arrivé ?
— Il n’a pas supporté la violence de l’affrontement. Il souffre d’un syndrome de stress post-traumatique...

De qui parlent-ils ? Pourquoi s’expriment-ils comme des médecins ? Je retiens mon souffle, guettant l’inévitable conclusion.

— Il se prend pour un humain.

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