Prise de conscience

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Butineuse de mots J'aime les découvrir Et les laisser s'ouvrir Dans des vers qu'on clame haut  [+]

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Image de Très très courts
Du brouillard devant les yeux. Non, pas du brouillard. Plus exactement du papier peint aux formes géométriques colorées. C’est ça. Devant mon regard, où que je le porte, j’avais en surimpression cette espèce de papier peint qui ne m’a pas quittée pendant une trentaine de minutes.

Me lever ? Impossible. Je serais tombée à coup sûr.

Avoir peur ? Oui, peur, j’ai eu très peur, très très peur. Comment réagir face à un signal que notre corps nous envoie aussi fort, aussi violent, et qui nous arrive pour la première fois ?

Ce n’est qu’après que les bouffées de chaleur sont arrivées, que les tempes se sont mises à battre trop vite, les veines à devenir saillantes, comme si elles voulaient sortir de mon corps.

Et après, docteur, fracassée pendant 3 jours. Une loque. Impossible de faire autre chose que de rester dans mon lit, avec le poids d’un âne mort.

Vous ne savez pas ce que ça peut être ? J’ai besoin qu’on me guide, qu’on m’aide à comprendre ce que mon corps cherche à me dire...

Voilà.

Je suis sortie de chez le docteur pas plus avancée que je n’y étais entrée. Alors, j’ai fait le point sur ma vie, ce que je mangeais, comment je m’envisageais, quelles étaient mes sources de joie, de stress, de tendresse.

Mener de front une restructuration de sa vie n’est pas évident, surtout quand le temps file, toujours trop vite.

Alimentation ? Reprendre contact avec la terre, la nature. C’est là que je me suis mise à faire du pain. Un pain par jour. Juste de l’eau, du sel, du levain et de la farine d’épeautre complète. Et pétrir la pâte à la main. Pétrir. Une canalisation des énergies, et en même temps une libération de la pensée. Ce contact charnel avec la pâte à pain, le temps de levée, le pétrissage à nouveau, le deuxième temps de levée, le préchauffage du four, la mise à cuire et l’odeur, cette odeur du pain chaud qui effleure mes narines, tout en sachant que ce sont mes mains qui ont créé ce délice. Intense moment de plaisir.

Restons dans les odeurs. L’eau crépite doucement. Surnagent à la surface de la grande casserole les morceaux d’oignons, juste coupés en quatre, et les carottes. Je me noierais dans la couleur orange intense des carottes. Le navet n’est pas très loin et se laisse apercevoir de temps à autre, faisant du coude à coude avec les courgettes. Et cette odeur qui se crée petit à petit. J’essaye de reconnaître l’odeur de chaque légume, mais c’est surtout le thym, le romarin et le basilic qui prennent le dessus sur un mélange indéterminé, mais très réconfortant.

Prendre le temps de cuisiner agit sur moi comme un déstressant. Toutes les tensions accumulées, tous les stress enfouis, tous les nœuds internes s’évacuent dans la bulle que je me crée quand je cuisine.

Et la marche, aussi, quotidienne également. Une à deux heures. Quel bien fou de partir de chez soi, de tout laisser, là, sur le pas de la porte, et de ne pas savoir ni le tour que l’on va faire, ni quand on sera de retour. Partir. Juste partir chaque jour. Se vider la tête. Faire fonctionner son corps. Lui donner des impulsions. Lui dire : « Tu vois, je ne t’oublie pas, je m’occupe de toi ! ». Marcher. Une libération. Même quand je marche en ville sur des trottoirs dont je connais tous les défauts, c’est chaque jour une nouvelle balade. Aucune marche n’est similaire à la précédente. Le cerveau s’envole, pense à mille choses, se vide, se laisse porter par les odeurs, les sons, les bruits. Et regarder l’horizon, loin devant soi. Cet horizon toujours inattrapable, c’est mon chemin de vie dont je ne vois pas le bout, parce que je vais tout faire pour qu’il soit le plus long possible.

Un sourire. Un vrai sourire. Pas celui de façade que l’on lance à son voisin, avec un signe de la main et un bonjour. Non, le vrai sourire, celui qui instantanément réchauffe le cœur, celui que l’on ressent jusqu’au plus profond de nos entrailles, celui qui veut dire : Je suis si bien, là, maintenant. Toutes ces ondes positives qui parcourent mon corps tels des frissons libérateurs. Combien de fois ai-je réussi à faire fondre mon fils énervé de 11 ans en le désarmant juste avec un sourire empli d’amour tendre... Pas de mot. Juste un sourire aussi bénéfique sur mon corps que sur le sien. D’ailleurs, quand je souris, j’ai le réflexe de me demander si c’est un vrai sourire ou un sourire de façade. Et si c’est un sourire de façade, j’essaye de le transformer en vrai sourire, le seul vraiment bénéfique au corps.

Et enfin, la bulle. Ma bulle. Quand la tension et la nervosité montent autour de moi, ce genre d’atmosphère palpable, ou quand je sens monter en moi la tension, alors je ferme les yeux, je fais instantanément le vide en moi, l’extérieur et mon intérieur n’existe plus, juste du vide. Mes oreilles entendent ce qui se passe, mais n’écoutent pas. Je suis dans une bulle. Inattaquable. Si je peux m’extraire des tensions, je le fais. Mais si je suis coincée, et que je ne peux partir, alors je suis présente physiquement mais si loin de l’action qui se déroule. Je m’extrais alors du temps et de l’espace. Pour rien au monde je ne me laisserais envahir par une onde, une grosse vague, ou un tsunami de tensions et de stress. Fini tout ça. Mon corps mérite chaque jour le meilleur de ce que je peux vivre.

Depuis cette matinée où j’ai vécu un phénomène toujours inexpliqué à ce jour, j’ai pris conscience de la fragilité de mon corps, et du signal fort qu’il m’avait envoyé. La vie est là. À moi de faire en sorte qu’elle soit chaque jour meilleure que le jour précédent, en écoutant mon corps, en prenant soin de lui et en l’aimant.
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