Présentation

il y a
4 min
7
lectures
0
Je suis une salope. Il n'y a pas à chercher plus loin. Il faut assumer qui l'on est. Ce n'est pas de la prétention, de l'arrogance, je n'en tire aucune fierté, je le suis. C'est tout. Je suis de ces hommes bien jeunes et charmants, plein de vie, pétillants, spontanés diront certains, qui savent jouer de leur sourire, de leur regard, qui savent s'habiller en conséquence pour montrer juste ce qu'il faut que pour l'autre s'intéresse, qu'il devine assez pour avoir envie de te sauter mais pas assez pour ne pas qu'il y voit une invitation. Je suis de ces jeunes qui ont de l'avenir. J'ai l'habitude, étriqué dans mes chemises cintrées et mes pantalons moulants, de te rencontrer uniquement pour le vin qui t'enivrera et te rendra fou de moi. J'ai l'habitude de te sourire, d'être fragile pour que la note te revienne entièrement. Tu aimes ma conversation, mon exotisme. Je suis de cette jeunesse que tu n'as que trop rapidement connue. Je suis le passé que tu n'as pas eu. Intelligent, cultivé, libre, je suis ce que tu n'as pas eu le temps d'être. Vif et vivifiant, je suis ce que tu n'es plus. Toi, le vieil ami trentenaire qui espère bien, un jour, à l'hôtel, sortir son pénis pour le flanquer sur mon visage dans l'espoir que je l'avale profondément, tu n'es plus qu'un dégarni perdu qui ne s'assume que trop peu, qui a une vie trop rangée mais pas assez. Il te manque l'amour. Il te manque cette petite étincelle qui te rendrait heureux. Tu la recherches, ou pas, mais tu m'as moi. Je suis ta flammèche. Incendie un peu trop éclatant, je suis de cette jeunesse versatile et comédienne qui te manipule. Tu ne vois qu'un mirage, je ne suis que la fumée... Tu verras bien assez tôt le feu ardent que dissimule le vert de mes yeux rieurs... trompeurs. Boîte à surprise, tu aimerais m'ouvrir. Le diable en sortira. Tu aimerais, je le sais, je le lis dans tes petits yeux façon couilles de loup, déboutonner érotiquement mon pantalon, retirer ma chemise frivole, puis m'embrasser de partout... Glisserais-tu un "je t'aime" que ce serait plus risible encore.
Tes cheveux tombent, ton regard est vide, ta peau se détend, tes jambes tremblent, tu n'es plus d'actualité. Même du vin ne saurait suffire à me pousser à me souiller avec cette vieille chair dégarnie.
Je suis un jeune plutôt banal. Je sais apprécier les cadeaux que l'on me fait. Je sais ne pas réclamer, mais recevoir. Je sais ne pas donner et recevoir en échange. Peut-être pourrais-je effleurer tes lèvres en compensation. Tu viens de loin, tu paies pour me voir, le train, l'hôtel, le tout. Je suis un spectacle. Mais le rideau se referme, il est temps de rentrer. Tu vas dormir, seul. Et tu reviens, et tu repaies. Qui saurait me blâmer alors que tu m'en réclames ?
*******
L'unique problème d'un tel comportement est le pouvoir qu'il te donne. Mon unique problème c'est ton masochisme. Tendrais-tu les fesses pour que je te claque ? Et puis le cœur ? Tu es désarmé. Tes barrières tombent. Du haut de mes vingt ans je suis mature. Je le suis assez pour que tu aies confiance. Tu peux tout me dire, tu sauras tout en retour. Tu te dévoiles. Espérais-tu avoir un semblant de compassion ? Tu t'es trompé. Ta peine, ton chagrin, tes doutes, tes problèmes sont une honte pour le reste du monde. Et pourtant, tu es amoureux. Et pourtant, tu es à mes pieds.
Nous sommes en mars, je t'ai rencontré en octobre. Je n'étais pas vraiment stressé à cette idée. Tu m'excitais : tu étais intelligent, ça devient rare dans ce milieu. Un sourire timide, un flot d'excuses, et, pour finir, une longue dissertation sur ce que j'attends de toi. Je pars à Bristol dans quatre mois. Mon but est que tu t'attaches assez d'ici-là pour qu'à mon retour tu sois toujours disposé à me voir. Ma sincérité te désarçonne. Qui suis-je ? Tu m'embrasses déjà. Tu sais que c'est risqué, mais tu as confiance en toi : je voudrais te revoir. Je le veux. Une semaine plus tard, le même schéma. Et encore, et encore. Tu recommences toujours à zéro : je te salue à peine en guise de bonjour et t'embrasse pour te quitter. Tu es déstabilisé. Tu aimes, c'est exotique. Tu m'aimes, je suis exotique. Mais tu crois trop en toi, tu ne me connais pas... Deux mois de silence, une dernière visite en guise d'adieu. Rendez-vous cruel et miteux, je ne t'embrasserai jamais, le dégoût brille dans mes yeux. Et pourtant, tu es toujours là. Tu n'as plus rien à attendre, tu devrais me cracher dessus et partir presque digne. Mais tu l'as déjà trop perdue pour abandonner. Tu es toujours là.
Je ne suis pas cruel. Je ne suis pas méchant. Je suis juste honnête. Je ne promets rien. Je n'existe même pas vraiment. Je suis un homme virtuel. Je suis un fantôme. Je suis éphémère. Je ne joue pas. Tu me trouves changeant, mignon et infernal à la fois. Je te consume petit à petit. Tu ne peux pas te détacher de moi. Tu embrasses cet espoir de me voir changer, tu seras celui qui me transformera. Mais non, je suis stupide, binaire, limité. Ne viens jamais me parler, tu courrais à ta perte.
La décadence commence. Petit à petit, insidieusement, je te vole. Je puise de toi toute ta joie. Mon image hante ton esprit. Tu ne peux pas te débarrasser de moi. Je suis un trophée, un objet. Moi-même aveuglé, je ne me rends que trop compte que tu n'aimes que mon idée. Une médaille, une récompense, une damnation, que suis-je ? Rien, sinon un jouet. Je ne suis même plus humain. Mon esprit appartient à l'internet, mon corps n'est qu'un totem. Tu le brandis tout fier que tu es, tu m'exhibes, tu me sors. Pervers d'adulte, tu l'as eu, ton jeune. Tu m'aguiches, sans parfum. C'est toi qui contrôle le jeu, je suis juste indocile. Mais c'est toi qui bats la carte. Je suis ton jouet que tu brinquebales d'hôtel en hôtel en parvenant toujours à décrocher un baiser de mes lèvres pincées, à faire sauter tous mes boutons adolescents. L'excitation d'un corps expérimenté, tu joues avec. Tu as l'expérience, tu es sage. Je peux me confesser avec toi, tu ne jugeras pas et seras toujours là. Je suis pris entre tes filets argentés. Mes caprices n'en sont plus, je ne suis pas ce prince que je pensais être. Je suis un enfant qu'on gâte pour ne pas le violer. C'est l'usage.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,