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Pour aller ailleurs

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Sauvien

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A peine la porte de l'immeuble fermée, il se précipita dans la voiture qui venait d'arriver pour l'emmener à l'hôpital. Il fallait aller vite ; mais qu'importe après tout et il le savait bien, le destin semblait scellé.

Qu'il soit là ou non, la vie ne changerait pas. Comme le faisait l'eau qui coulait sur les vitres et qui l'empêchait de voir quelles rues son chauffeur pouvait emprunter, il sentait que le sort glissait d'entre ses doigts.

Lui qui jusqu'alors avait tout maîtrisé, tout planifié de son enfance à cette carrière qui était la sienne, enfin ou hélas, maintenant, tout était par terre.

Chéri, reste avec moi, je t'aime. Voilà les mots qu'elle avait entendus avant de s'écrouler dans l'appartement. Son amour si jeune allait le quitter. Il n'y croyait pas. Il sortirait de ce mauvais rêve comme il l'avait toujours fait. La vie, ce n'était pas ça et la mort, cette impérieuse inconnue, qu'elle aille se faire voir ailleurs, à un autre moment.

Obligeant la voiture à passer par des routes interdites, il descendit sans faire attention dans la cour des urgences. Ceux qui se trouvaient là le reconnaissaient mais ce n'était pas son problème.

Après un dédale de couloirs à l'air suffocant, arrivé dans le service, le professeur, navré, lui dit quelques mots.

Elle en avait pour quelques heures. La méningite qui était la sienne, c'était comme ça. On ne pouvait rien. Il voulait au moins la ramener chez elle.

Qu'elle meure là-bas. On fit tout pour cela.

La vie est un spectacle tragique où il faut faire semblant. Parfois, le maquillage ne fait plus d'effet. Quand le masque de la comédie tombe et se trouve remplacé par celui du drame, les pleurs surgissent.

L'ambulance rapporta ce corps invalide jusqu'à l'étage de l'appartement

On l'installa dans une des chambres, loin du désordre des autres pièces.

Allongée sur le lit, elle commença à devenir inerte. Les médecins firent ce qu'ils purent.

Pendant de trop longs moments, des gestes de secours, de derniers recours aussi furent faits.

Lui alla à côté dans son bureau, s'allongea sur le canapé, en face de la bibliothèque. Tout était là devant lui, devant ses yeux. Sa vie, sa femme, ses livres, tout ce qu'il y avait de plus important était réuni sous le même toit. L'éternité pour ce moment d'exception. Que le temps s'arrête, là maintenant ou reste pour tous. Imposible à tenir. Le temps, tout échappe.

Il prit un livre parmi d'autres. Un de ceux qu'elle aimait, un de ceux qu'ils partageaient. Il l'ouvrit, regarda les gravures, lit n'importe où et le referma.

Vivante, ou presque, on déposa finalement une morte chez elle.

Morte, pour aller ailleurs ensuite. Sans doute.

Il l'espérait.
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