Plonger dans l'Isère

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Plouf !

 

Encore… Me voici plongée dans ton souvenir, encore…

 

J’ai pourtant tout fait pour sortir de ton univers… Changer de terre, d’air et d’eau ! Dépaysement…

 

Je marchais tranquillement sur la berge, le nez en l’air frais du matin.

Le soleil lui aussi sortait du lit. L’Isère, elle, non ! Tout me semblait une montagne. Elle, elle me scrutait de sa hauteur, veillant à ce que je me rappelle bien de sa splendeur.

Moi, j’avais hésité, mais l’odeur du croissant chaud de la lune ayant cédé sa place à celle du café, je me sentais émoustillée par le printemps.

J’avais sauté du lit. Maintenant au fil de l’eau, c’est toi qui me sautait dessus ! Enfin… toi… ton image…

 

Plouf !

 

Tel un canard nasillard, sortant de la mare, se secouant le bas des reins, tu jaillis de l’Isère et dandines ! 

Tu crois que dans tes bras je vais tourner, que c’est la fête ! Bras dessus, bras dessous, comme des girouettes !

Je n’en suis pas une ! Je ne change pas d’avis. Alors, cesse de surgir avec nos souvenirs, comme ça, alors que j’étais paisible sans toi, entre rivière et montagne. Entre cours de la vie et bloc de souvenir tenu en respect.

Rien ne t’arrête ! Je m’accroche aux algues, tente de suivre l’exemple de ces chevelures vertes sur lesquelles l’eau n’a pas de prise. Mais non, rien à faire : tu continues à danser devant mes yeux.

 

Plouf !

 

Je replonge !

 

Je m’étais pourtant dit que je te chasserai dès que tu réapparaîtrais. Je me cachais derrière le Dôme de neige des Ecrins. Je rafraîchissais mes pensées sous la limpidité exotique de cette rivière de montagne. Dépaysement…

Surtout ne pas remonter jusqu’à la source ! Je savais que si je remontais le cours de l’eau vive, j’arriverais au bord de l’Italie. Là où ton sang a pris lui-même sa source…

Isère, Isara, l’impétueuse, la rapide… Tout toi !

J’ai toujours eu du mal avec les vagues à l’âme.

C’est toi qui as voulu sortir de mon lit. C’est toi qui trépignes dans ma mémoire et m’empêche de me la couler douce.

Ton souvenir, comme un crabe, me pince. Il m’enserre, comme avant… tes bras.

 

Plouf !

 

Je jette un bâton dans le courant ! Où m’emportera-t-il ?

L’Arly, la Souveraisse, la Souloise, la Vence, l’Herbasse, la Romanche, la romance ?

Y a-t-il encore des affluents, des confluents, des influents qui m’attendent quelque part sur une autre berge ?

Je continue à me débattre encore durant quelques brasses coulées au fond de mes souvenirs.

Le roulis n’est pas doux, la houle sort ses lames, mais en aucun cas, ne te refoule.

Toi qui m’as laissée au port, sans amarres, devrais-je encore rester ancrée dans notre histoire longtemps ?

 

Plouf !

 

Oh ! Un crapaud vient de sauter sur un nénuphar !

 

Serait-ce mon nouveau prince charmant ?….

 

Plouf !

Enfin dépaysée ! Vive l’Isère !

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