Plaisir

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Finaliste
Jury

Comme tous les jours depuis maintenant deux ans, je suis assis sur un banc de Central Park. Pas n’importe lequel, le troisième sur la gauche après l’entrée numéro deux. C’est celui qui me donne la plus belle vue sur l’environnement du parc. Je lève le nez de mon journal pour admirer le coucher de soleil qui éclaire les feuilles mortes. L’automne est bien entamé et ses couleurs chaudes m’apaisent : le jaune, le orange, le rouge. Surtout le rouge, j’adore cette couleur.
Le vent bruisse doucement, soufflant une magnifique mélodie dans mes oreilles. Je suis en paix dans ce parc, je peux y réfléchir sereinement et laisser mes pensées vagabonder. Mais elles ne prennent pas la direction que je voudrais : le visage de ma mère après l’annonce de mon coming-out s’impose à moi. Je me doutais que cela lui ferait un choc, mais je n’avais pas imaginé qu’elle me jetterait comme un malpropre. Pendant de longues années, j’ai essayé de faire en sorte de la satisfaire en sortant avec des femmes qu’elle me présentait. Je me suis même fiancé avec l’une d’entre elles. Mais elles m’ont toutes trompé. Alors j’ai décidé que les femmes ne seraient plus que source de plaisir pour moi et que si ma mère n’était pas capable de se réjouir du bonheur de son fils, c’est qu’elle ne méritait pas que je reste.

Un mouvement attire mon regard. Une jeune femme rousse traverse tranquillement le parc. Elle n’a pas l’air pressée, ce qui est rare de nos jours, surtout à New York. Elle est la vingt-quatrième que je croise dans ce parc pour être précis. Non pas que je les compte, mais il me faut bien passer le temps. Et malgré les autres femmes, celle-ci a quelque chose de spécial. Je ne saurai pas dire pourquoi, mais elle m’intrigue. Peut-être sont-ce ses cheveux de la même couleur que les feuilles d’automne ? Ou bien peut-être sa démarche souple et gracieuse ?
Elle tourne la tête et je peux apercevoir le vert lumineux de ses yeux. Je n’en ai jamais vu de semblables. Je rêve de plonger mon regard dans le sien. Je l’imagine allongée sur un lit, magnifique. Je me vois passer doucement mes mains sur sa peau douce. Je sens mon contact lui provoquer de longs frissons et sa peau se couvrir peu à peu de chair de poule. Je la vois écarquiller les yeux, sa bouche s’ouvrant en un « o » de surprise quand je passe mes mains sur son cou gracieux. J’entends presque ses cris quand j’enfonce doucement mes doigts en elle. C’est fou comme le liquide chaud qui les imprègne me procure du plaisir.
Soudain, je reviens à moi. La magnifique femme s’éloigne doucement vers la sortie. La nuit est tombée et je ne distingue plus que son ombre dans la pénombre. Je ne peux pas la laisser partir, pas comme cela. Elle pourrait tellement être celle que je recherche depuis longtemps... Je me lève pour la rattraper, abandonnant mon journal sur le banc. Je ne cours pas pour le pas l’effrayer, mais avance à un rythme soutenu pour diminuer la distance entre nous. La rue est déserte et seul le bruit de ses talons résonne. Arrivant à sa hauteur, je glisse ma main dans la poche intérieure de mon manteau et empoigne fermement mon couteau. Cette femme sera la vingt-quatrième.

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