Placardés

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Ils étaient là, tout près, Rémy le savait et priait pour que son frère et lui s’en sortent indemnes.

Ils étaient arrivés il y a deux heures et étaient passés au premier étage après avoir vidé le rez-de-chaussée. Ils ne pensaient pas qu’il y avait encore quelqu’un dans la maison, Rémy étant resté chez lui au dernier moment afin de veiller sur son petit frère Charlie qui était grippé. Pendant que Rémy se demandait ce qu’il faisait là, il les entendit approcher. Venant de la salle de bain, située au bout de couloir, à quelques mètres de là, des bruits de flacons renversés le faisaient sursauter.

Charlie remua, le raffut de la vitre brisée ainsi que le fait d’avoir été sorti de son lit ne l’avaient pas réveillé. Il semblait si fragile, même dans ce placard, son visage s’illuminait. Rémy avait beau avoir huit ans de plus que son frère, il avait toujours été jaloux sur ce point. A part ce détail, ils s’entendaient très bien. Charlie, de son côté avait toujours admiré Rémy, il le voyait beau, grand, fort, intelligent et drôle, il l’aimait.

Rémy avait peur ; peur que les criminels les surprennent, même ici, même dans ce recoin de leur chambre. Que feraient des voleurs avec des vêtements d’enfant ? Aucune raison pour qu’ils ne fouillent par ici.

Charlie se réveilla.
— Pourquoi on est dans l’placard ?, cria-t-il presque. Rémy lui colla la main sur sa bouche en lui faisant mine de se taire. Charlie secoua la tête et Rémy enleva sa main.

C’est alors qu’ils entrèrent dans la chambre.
Charlie se mit à sangloter et Rémy le serra très fort dans ses bras avec sa forte main recouvrant son mince visage.

Les pas se rapprochèrent, ils firent voler les tiroirs des tables de nuit. Un sursaut sortit de la bouche de Charlie et Rémy resserra son étreinte, au point d’immobiliser son frère. Celui-ci tremblait de peur.

Les minutes s’écoulèrent. La force de Rémy recouvrait toujours le visage de son frère pendant que les voleurs continuaient à piller la chambre d’enfants.

Que feraient-ils s’ils tombaient sur eux ? Les frapperaient-ils ? Les tueraient-ils ? A cette idée, Rémy regarda son jeune frère, il avait fermé les yeux et semblait plus paisible. A travers les portes du placard, il vit les deux hommes renverser les jouets de Charlie. Puis, voyant son frère étrangement immobile, Rémy s’inquiéta, il desserra alors ses bras et le secoua. Charlie n'ouvrit pas les yeux. Rémy vit les marques de ses doigts sur le visage de son frère et un frisson le transperça des pieds à la tête. Son cœur s’affola, et machinalement, il posa son index et son majeur sur le cou frêle de Charlie et sentit sa tête lui tourner sous l’inactivité de son pouls.

En voulant protéger son frère, en l’empêchant de les faire remarquer, il l’avait tué, son frère, son ami.

Les deux hommes venaient de partir.

Ils n’avaient pas ouvert le placard.

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