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Photos d'enfance

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Journée de convalescence, journée de vacance. Journée de rien, de petits riens,
Journée à laisser ma pensée vagabonder au fond de ce tiroir aux souvenirs, de ce tiroir plein de photos en vrac : plus d’un demi siècle de photos !
Photos d’enfance, la mienne. Photos d’enfance, celle de mes enfants. Photos d’enfance, celle des amis de mes enfants, celle des enfants de mes amis
L’été, la maison en était toujours pleine, d’enfants. Les petits, je comprends, elle est pleine de coins et de recoins cette maison, elle offre des terrasses propices à la construction de cabanes secrètes sous les branches, des belvédères d’où l’on a vue sur les étoiles, des rivières où il fait bon se baigner, des forêts pleines de framboises, de myrtilles et de cèpes. Mais les ados, que pouvaient-ils bien y trouver, loin de tout pour y revenir année après année ?
Pourtant, ce ne sont pas ces photos d’enfance heureuse que mes doigts recherchent. Ce sont ces deux là, qui me sont étrangères, mais que je ne peux me résoudre à jeter ni à détruire. Ces deux là, tellement différentes des autres, tellement tristes...
Je les ai trouvées sous un matelas, dans cette maison d’enfance heureuse, qui a été pendant une dizaine d’année transformée en gîte d’étape.
On ne retourne pas les matelas tous les jours ! Alors comment savoir depuis quand elles étaient là ces deux photos ?
Je me souviens qu’il faisait très chaud, le jour où je les ai trouvées. Je refaisais les lits et j’avais glissé les bras sous le matelas, plus loin que nécessaire, pour y trouver un peu de fraîcheur, et lorsque je les en avais retirés, les photos étaient là dans ma main.
Je me suis assise sur le lit d’en face et, peut-être la fatigue de fin d’été aidant, je me suis retrouvée à pleurer en les regardant. Rien qu’en les regardant, j’ai tout de suite su que c’était une découverte terrible. Pas pour moi, bien sûr, mais pour celle qui les avait cachées et oubliées là.
C’était la même photo d’un bébé, une fois dans les bras de sa mère qui lui donnait le biberon et l’autre, endormi dans les bras de son père.
Il y avait une telle tristesse dans les yeux cernés du père qui regardait l’objectif et une telle résignation dans le corps penché de la mère !
Derrière, une date : 07/03/88. Et ces quelques mots dérisoires se prolongeant d’une photo sur l’autre comme pour rétablir un ultime lien sur ce qui était déjà détruit : « C’est peut-être les seules photos à qui je tiens vraiment. Je t’aime papa. Pourquoi t’es tu séparé de maman ? Pourquoi ? Et maman, pourquoi t’es tu séparée de papa ? Ce sera une réponse nulle. Peu importe que vous m’avez abandonnée. Je vous aime de tout mon cœur. Sandra »
J’ai tenté de retrouver cette Sandra dans les gîtes alentours à une, deux, trois, quatre journées de marche. Rien.
J’ai rangé ces photos au milieu des photos d’enfance heureuse, peut-être pour en atténuer la tristesse... Elles m’ont suivie dans mes déménagements : je ne peux me résoudre à les jeter, les détruire ou les abandonner.
Je cherche encore cette Sandra pour les lui rendre.

PRIX

Image de Printemps 2013
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Image de Marie Saintemarie
Marie Saintemarie · il y a
allô? il y a quelqu’un?
·

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