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Le blanc du flash m’éblouit. Je reprends mes esprits, les yeux toujours rivés sur l’horrible scène. Le photographe en fait plusieurs fois le tour et mitraille chaque recoin. Il veut être sûr de ne rien louper. Chaque petite miette est importante.
Moi, je sens que je vais dégueuler. Je m’éloigne un peu. Mes pas crissent dans la neige. Je m’appuie contre un arbre et me tords en deux. Mon estomac se serre mais rien ne vient. On ne s’habitue jamais vraiment. Je reprends mon souffle et rejoins mon collègue. Il est suffisamment compréhensif pour pas relever. Lui n’ose pas regarder la scène. Autour de nous, les gars ont cerné le périmètre. Les rubans jaunes tiennent les badauds à distance, assez loin pour éviter les traumatismes. Enfin... ceux qui ont découvert tout ça répondent aux questions mais ça se voit qu’ils sont pas bien. Faudra sûrement les faire suivre.
Perkins me tend un gobelet fumant. Une forte odeur de café s’en dégage. J’espère qu’il a pas oublié le sucre. Il me fait son rapport sur ce qu’on a déjà, dos au photographe et aux mecs en blouses blanches. Moi, j’ai reposé les yeux dessus, j’arrive pas à m’en détacher. Je l’écoute même plus, c’est juste devenu un murmure au loin. Comme s’il n’y avait plus que ça et moi, le froid et le blanc.
Les volutes de mon café se mélangent à celles de mon souffle. En face de moi, il est immobile, pâle, recouvert de givre. Il se fond dans le décor. Personne ne l’aurait vu s’il n’avait pas ses entrailles rouges pendant hors de son abdomen. Pris en tenaille entre les racines d’un arbre et on-ne-sait-quoi d’invisible, un bras en bouclier. Ses yeux sont grands ouverts, sa bouche aussi. Il est terrifié, tout son visage exprime l’horreur. Son regard vide se tourne vers moi. Mon cœur s’arrête de battre.

— Eh ! Tu m’écoutes ?
— Ou...ouais, ouais, je balbutie.
— C’est des randonneurs qui l’ont trouvé comme ça. Une petite famille avec des gosses ! Ils ont eu la frousse mais ils peuvent pas expliquer pourquoi le gars est dans cette position. On dirait qu’il a carrément gelé d’un coup.

Je tourne à nouveau mes yeux vers le macchabée. Il a l’air bien mort, il regarde personne en particulier. Je me fais des films, encore.

— Ok, ok. Euh... On retourne au poste, étudier ça. Je t’attends dans la voiture.

Je me sens pas bien alors je préfère rentrer pour y réfléchir. J’ai jamais vu ça en quinze ans.
J’ouvre la portière de ma bagnole mais quelque chose me glace le sang. Je sens une présence dans mon dos. Je me retourne. Rien.
Je m’installe dans la voiture et monte le chauffage. Mon souffle fait encore de la fumée. Je me gèle. Pendant une fraction de seconde, du coin de l’œil, je crois voir le cadavre sur le siège passager. Je tourne la tête. Personne.
Perkins s'assoit à coté de moi et on file vers les bureaux.

Deux nuits de cauchemars me donnent une tête à faire flipper la concierge.
Une femme appelle en pleurs. Son mari a été éventré et congelé sur place.
Perkins ne m’a pas apporté mon café ce matin.

PRIX

Image de Été 2019
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Eggzil · il y a
Très bon texte. La fin manque de précision selon moi (j'ai relu deux fois pour comprendre) mais ce n'est que mon avis.
En tout cas l'ambiance est là et je n'hésiterai pas à vous lire de nouveau ! :)

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Carine Lejeail · il y a
Une belle atmosphère de polar avec une touche de fantastique sur la fin. Juste assez pour que ça ne soit pas trop et que ça reste fluide. J'ai bien aimé le point de vue du narrateur, froid, presque clinique. Merci pour cette lecture et mes voix!
Je vous invite à découvrir mon univers et à me porter plus loin si le cœur vous en dit:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/journal-de-guerre

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Virgo34 · il y a
Mes 5 voix pour ce récit qui fait froid dans le dos et nous tient en haleine jusqu'à la fin.
Mon 31 est en finale du Prix Ô et je vous invite à aller le lire. Merci.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/lavenement-de-la-lune

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Samia.mbodong · il y a
Scène de crime atroce, c’est raconté avec justesse le peu de détails suffisent à nous donner les images et l’ambiance..
Bravo et merci je soutiens.

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Ginette Vijaya · il y a
Un polar horrifique .
Votre écriture portée par les ressentis du personnage dévoile la dure réalité des enquêteurs chargés de comprendre des scènes sordides .
La fin aurait méritée d’être plus explicite .

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Lorelei · il y a
Oh ! Ai-je bien compris? Quelle horreur! Mais quelle écriture! Lu d'une traite! C'est fluide et plein de suspens!
je vous invite à découvrir ma nouvelle en lice pour le grand prix et peut-être, qui sait, à y ajouter quelques voix ?
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/il-y-a-des-jours-comme-ca-6
Merci pour ce moment de lecture!

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Julien1965 · il y a
Si vous nous plongez d'emblée dans un polar alors que le format est si court... Bravo à vous pour cette sélection. Et si l'envie d'évasion vous saisit, je vous propose de vous rendre sur la Voie N°1, un train est à quai et il vous attend...Mon soutien, mes voix...
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Jean Calbrix · il y a
Une scène de crime assez gore qui laisse des traces chez la jeune policière ! Bravo, Marion ! Vous avez mes cinq voix !
Je vous invite à lire mon sonnet "Spectacle nocturne" en finale printemps
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/spectacle-nocture
Bonne journée à vous.

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Marion Demaret · il y a
Merci beaucoup à tous pour vos commentaires encourageants !
Je prends note que pour certains la fin n'est pas assez explicite ou développée, je tenterai de m'améliorer pour les textes futurs :)

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Cathy Grejacz · il y a
Ouh! Décoiffant
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À bientôt peut-être sur ma page

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