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Petite fille aux yeux clairs

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Coquelicot

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Elle est assise sur un muret à l’abri du soleil. L’ombre de grands pins parasol lui permet de supporter la chaleur encore importante de la fin d’après-midi. Elle est entourée d’une odeur délicieuse exhalée par les conifères. Elle ne sait pas encore que toute sa vie, ce parfum lui évoquera ses journées idéales de vacances italiennes, pleines d’insouciance et de bonheur assuré...

Entre ses mains, encore un peu potelées, elle manie avec application de fines aiguilles de pin et confectionne patiemment un collier. Elle retire une des aiguilles, courbe délicatement et remet dans sa gaine l’aiguille restante pour former une boucle, accroche à cette boucle une autre aiguille qu’elle arque à son tour, pour créer une nouvelle attache et ainsi de suite jusqu’au collier souhaité.

Très affairée, elle n’a pas vu le petit lézard qui a pointé son nez curieux vers elle et qui s’est enfui brusquement lorsqu’elle a bougé ses jambes. Ses sandales rouges protégent des pieds bronzés, légèrement recouverts du sel de la mer et de quelques grains de sable fin.
Quelle jolie petite fille ! De longs cheveux frisés retenus par un bandeau rouge et blanc rebiquent librement sur ses épaules dorées. Sa robe vichy dans les mêmes couleurs couvre un corps bien fait que le soleil des vacances a joliment bruni.

Absorbée par son ouvrage, elle balance ses jambes le long du muret et garde la tête penchée en avant. Elle doit attendre ses parents qui font des courses chez les commerçants de la place. La voilà qui accroche son bijou bucolique autour de son cou et qui saute avec agilité de son siège de fortune.
Un geste rapide de part et d’autre de ses épaules pour éloigner ses boucles rebelles et elle invente sans hésiter une nouvelle occupation.

Son large front au sommet duquel partent les racines blondies de ses cheveux, ses yeux qui ont dû regarder beaucoup le ciel pour être d’un bleu si profond, sa belle bouche charnue et souriante lui confèrent un air de petit ange.

Elle tire astucieusement partie de l’environnement pour inventer des jeux. Le sol de la place est formé de dalles noires et blanches qui dessinent des lignes et des courbes régulières. Les murs des commerçants et des quelques immeubles bas sont recouverts de petits carrés noirs de mosaïque, typiques des constructions des années 1960.

Au fil de son imagination et au grè de sa fantaisie, elle saute d’une dalle à l’autre avec soin, veillant à ne pas marcher sur leurs contours. Que se passe-t-il dans son esprit ? Franchit-elle des frontières ? Atteint-elle une île ? Vient-elle de vaincre un danger et d’avoir la vie sauve ?

Elle seule, peut répondre. Elle parcourt avec bonheur ces carrés de vie. A sept ans, tout lui semble facile, ludique, joyeux. Elle ne sait pas encore, et c’est une bonne chose, que ces méandres qu’elle empreinte et ses chemins qu’elle tisse en tous sens, seront plus difficiles à parcourir avec le temps.

Son être entier et ses sens en éveil seront pourtant marqués à jamais par cette ambiance italienne très particulière ; mélange de chaleur, d’odeurs, de sons, de couleurs...

Trente ans plus tard, en déposant son enfant pour un cours de dessin, elle retrouvera dans son pays, dans un quartier de sa ville, ces murs aux carrés noirs de mosaïque. Elle se verra alors osciller entre la tentation de pleurer sur l’enfant qu’elle n’est plus ou de sourire à la petite fille aux yeux clairs qu’elle a été.

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Grenelle · il y a
Beaucoup de nostalgie. Je me demande si dans ces moments là on a envie de pleurer non pas sur l'enfant qu'on n'est plus mais sur celui (ou celle) qu'on est devenu. Et si on sourit, on sourit je ne sais à quoi, pas à celui (ou celle) qu'on était, ni même qu'on est devenu, on sourit peut-être à la vie un peu tristement et un peu gaiement pour ce qu'elle nous a apporté, à celui qu'on est qui n'est pas tout à fait celui qu'on pensait devenir. En tous cas c'est bien agréable de s'asseoir sur un muret, sous un pin parasol et de vous lire.
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Jarrié · il y a
Heureuse découverte,comme çà,au hasard. Bravo tardif.
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Violette · il y a
Oh ces souvenirs d'enfance qui nous habitent, qui ressurgissent tout à coup sur une odeur, une couleur. Votre texte en est un beau moment.
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Louise Calvi · il y a
Joli moment d'enfance.

Puis-je vous inviter à participer à une course ?
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/l-echappee-belle-5

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Utilisateur désactivé · il y a
Superbe nouvelle d'un instant de vie croqué, sur un dialogue intérieur, j'aime.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Portrait doux et serein d'une enfance heureuse qui nourrit l'adulte en devenir mais parfois des bulles de nostalgie remontent à la surface.
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Bichette · il y a
Compliments et MercCi pour cet excellent texte. +1 de la part de Merise, auteure du TTC " le plus vieux métier du monde" en lice prix Automne
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Utilisateur désactivé · il y a
une belle évocation sur l'enfance toute en douceur et en couleur.
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Keith Simmonds · il y a
Bonjour, Coquelicot! Mon haïku, “En Plein Vol” est maintenant en Finale et je vous invite à venir le lire et le soutenir si le cœur vous en dit! Merci d’avance! Bonne journée! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/en-plein-vol
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Alain Adam · il y a
Quelle chance le coquelicot est ma fleur des champs préférée (avec les Agapanthes) Mi ha piacuto quelle storia ed anche la sensibilità! Je vote pour la nostalgie source d'inspiration des poèt(esses). Si le coeur vous en dit je vous convie à une balade au bord de l'ERDRE en lice pour le prix Automne 2016
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