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Le sang à cette odeur amer qui te reste sur la langue, ce parfum de poison qui s’incruste sur ta peau. Il est trop tôt encore, pour seulement y prendre garde. Pour l’instant tu survis sous le fer de ton arme. Tu affrontes un ennemi, tu en trouves un nouveau, et puis un autre encore. Tu regardes leurs morts, tu oublis ta raison. Dans ton esprit en feu, tout n’est plus que chaos.

Le bruit d’un battement d’ailes vient frôler ton visage. L’effrayante image de ses monstres écailleux traverse tes iris. Cette peur, que tu ne crois pas connaître, retrouve enfin son nom, sous ton cœur qui s’affole.

Ne cours pas petit prince, il est bien trop rapide.

Tu l’évites, la morsure de son souffle chatouillant ton épaule. Ton bras se tend, il frappe le vide, dans une tentative de défense dérisoire. Tu t’élances, trébuchant sur un sol inégal. Tu attends l’instant où tu sentiras ses serres sur la chair de ton dos, mettant tes os à nu.

Mais l’instant n’arrive pas. Et tu comprends enfin qu’il ne t’a même pas vu. Qu’il combattait ailleurs et que tu l’indiffères. Tu pourrais presque rire, si l’acide dans ton ventre ne brulait pas ton âme. Si toute cette mascarade avait encore un sens.

Tu ne peux pas t’attarder sur l’espoir d’être en vie, déjà l’ennemi approche et reprend ton combat. Tu frappes un peu moins fort, ta main est lourde des larmes qui ne veulent pas couler. Un voile s’est déchiré sous les ailes du dragon et le monde tout autour a pris le goût des cendres.

Souviens-toi, petit prince, de tes rêves d’enfant sage.

Avaient-ils cette saveur un peu âpre qui vient tordre tes lèvres ? Ce gout de réalité sourde qui tend vers le cauchemar ?

Les minutes ressemblent à des heures enfermées dans cette bulle. La terre se fige pour ne plus avancer. Combien de temps as-tu passé sur ce champ de bataille ? Tu ne te souviens même plus de la fin des combats. Tu restes là, debout, immobile et absurde, comme un pantin brisé. Tu entends les murmures qui s’élèvent, qui se transforment en cris, qui portent la souffrance au jour. Ils sont pires que le choc des grandes lames, pire que le bruit des flammes. Tu voudrais être sourd. Sourd et aveugle au monde.

Tu voudrais revenir en arrière et demander pardon pour ton destin gâché. Leur dire que tu acceptes de monter sur ce trône, petit prince. Que tu regrettes. Leur dire que la guerre était belle du haut de la colline. Que ton frère est un roi seulement par ta lâcheté. Et que tu ne savais pas qu’il fallait du courage...

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Xoux34 · il y a
une fable aux allures poétiques et tragiques avec de très belles images "ta main est lourde des larmes qui ne veulent pas couler" très joli !
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