Pauvre enfant

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Il était tout petit quant-il est parti. Quittant sa famille pour l’exil, étrange abri. On lui avait expédié comme une marchandise à bon marché, un espoir pour sortir sa famille de la pauvreté et la précarité. Son père malade et retraité qui sentait venir sa fin, cette situation de misère ne devenant que nuisance à leurs oreilles, sa mère n’eut le choix que de l’envoyer loin de leur confin. Là où les agglomérations n’ont de parfum que l’argent.
«Peut-être chez son oncle, trouvera-il maintenant un meilleur avenir. Se sera l’espoir de toute une famille. » Murmurait-elle. Une opportunité dont aucun de ses frères n’as pu bénéficier. Petit enfant, si petit et déjà de si grandes responsabilités ! Que pouvait-il comprendre à son âge ? La seule chose qu’il avait fait de mieux c’est d’atteindre l’âge de scolarisation.

Ce matin là, la gare routière était truffée de toutes sortes de silhouettes aspirant plus, l’afflux des vacanciers que de simples touristes. Après l’achat des billets, c’est l’embarcation. La route fut longue. Ils arrivaient enfin à destination dans la ville de Dimbokro. L’accueil fut des moindres et les murmures se faisaient déjà ressentir dans l'air. Ce n’est qu’au lendemain que la pauvre femme meurtrie dans l’âme, quitta son fils pour regagner le village. Pauvre enfant, dans son nouveau lieu à porter le fardeau d’une funeste solitude.
Cela fait maintenant deux ans et toujours pas la moindre inscription en cour préparatoire première année (CP1). Ce n’est qu’à la quatrième années qu’il fut inscrit. Déjà était-il en retard, il fallait redoubler plus d’effort pour avoir les meilleurs notes scolaire. Il pouvait compter sur ses nouveaux amis. Un soulagement de vie que jamais ne lui offraient ses cousins. La moquerie, la discorde, le mépris plutôt leur passe-temps. A la maison, il n’avait le droit de nourriture qu’après avoir fini toutes les corvées : essuyer la maison, laver la douche, laver les assiettes, s'occuper des travaux culinaires... C'était si dure, pauvre de lui. Enfant en peril, interdit de cadeau pendant les jours de réjouissances. Pleurant la mer, même la nuit ne trouvait pas de mots pour le consoler. Que disait son oncle de tout cela ? L’oncle déjà vicieux, courait la gueuze, impossible de le raisonner. Lui qui fuyait sa présence à la maison, de la fornication au boulot. Pauvre petit Ludovic en croisade de ce carrefour ! Lui qui est devenu la femme au foyer, la ménagère sans repos. Brutalisé sans cesse à être un marmiton, quelle vie incroyable ! Pauvre de lui, devrait-il prendre ce rôle de tout faire très au sérieux. Confondu à une rivale, la femme affame l’enfant de regrets anxieux. Après tant de durs travaux domestiques, les nuits hantées s’assombrissent, pourchassant comme des moustiques. Fatigué, épuisé, harassé, fiévreux qui s’en occupe-t-il ? Il n’en pouvait plus. « Où sont ses parents ? » s’interroge-t-il. Vie sans but, existence fragile. Hélas! ses avoirs sont venus le voir, ils ont décidé de ne plus payer ses études.

Déscolarisé, abandonné, il marchait dans la rue sous une pluie battante. Que fallait-il faire ? Où pouvait-il se loger ? Pauvre sans abri. C’est la chute de tout. Le voici devenu enfant de la rue, un mendiant ambulant pour sa survie. Souvent on le voyait tard dans la nuit couché sous une table de vendeuse de légume au marché, là où quelques drogués savouraient leur nectar.
Des mutineries ayant éclaté un peu partout dans son pays, il avait disparu loin de sa cachette. On ne savait plus exactement où errait sa silhouette. Pourtant, s’était lui, un géant, un tout petit de 15 ans, ce jeune écolier enlevé par des assaillants. Ils l’avaient emballé dans leurs filets. Pressé de se donner, fouetté à amortir les balles sous l’écho du sifflet. Les lois de son pays convertis au fumoir, languissaient dans sa dope du soir. Paraissait-il exécrable trop nerveux, aussi vif que le nombre de ses cheveux. Leurré à s’inscrire dans le livre de la guerre civil, ses bottes à gravité zéro, de véritables poutres fragiles. Marchait-il difficilement comme le daman! Ses yeux, aussi rouges que le magma, Pouvaient prédire déjà ses plaintes qui se plaignent. Frustré, oublié dans l’impasse de sa vie de misère, ne reconnait-il personne comme ceux de son âge enrôlés à la guerre. Sans grandes espérances, ils se sont exposés à la grenade. Tandis que ses autres compagnons gisaient sans vie, lui, agonisant, était pendu en gerbe sous le regard de joyeux corbeaux pressés de se régaler de toutes ces offrandes. Etait-il mort où vivant, nul ne savait.

Après bien de temps, le calme revenu, l’oncle, venu au village, annonçait à la pauvre femme que son fils avait abandonné de son propre gré, l’école pour suivre « Je ne sais qui, des assaillants avides de pouvoirs. Et la mort à été je pense, une délivrance pour lui. » Bégaya-t-il, la regardant droit dans les yeux. A cette destructrice nouvelle, la pauvre femme s’écroula dans le sable. Le regard pathétique, elle marmonna des mots inaudibles par des gestes de désespoirs. Désemparée, choquée, les mots se meurent dans les hurlements. Ses cris désenchantés, remplissaient le village de frissons. S’était impossible de la réconforter. Ses larmes ne cessaient de ruisseler. Son supplice sans égale disait au passant : « Passant ce n'est pas parce que nous sommes pauvre que nous souffrons, mais parce que nous souffrons que nous nous appauvrissons. On dit que l'argent ne fait pas toujours le bonheur. Mais vivre pauvre est semblable à un malheur » Elle est inconsolable parce qu’elle n’a pas eu le temps de dire adieu à son fils bien aimé.
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