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Papi est comme ça

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Thierry Le Ptiwi

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Je n’ai pas loin de chez moi jusqu’à la maison de Papi et Mamie, vingt minutes en vélo. Cette après-midi Mamie est à son cours de poterie, c’est Papi qui me gardera. On va aller à la rivière, c’est sûr ! Pour pêcher ! Je crois que ça arrange Papi, car ainsi je me tais. Ce n’est pas évident de communiquer avec lui. Quand il y a Mamie j’apprends pleins de choses d’eux et de Maman. Mais aujourd’hui il fait beau et j’adore pêcher.

Je vois la maison, la Ford mustang rouillée marque l’entrée de la propriété. Je fais un dérapage pour prendre l’allée, des gravillons crépitent sur la carrosserie, heureusement que Papi n’entend pas. Je remonte à fond jusqu’au perron, pose le vélo contre la balustrade et descends comme un cow-boy. Je saute comme un cabri sur le plancher de la terrasse et appelle Papi, toute la maison en tremble... Il sort avec sa mine désabusée couverte d’un léger rictus, ferme la porte moustiquaire et part, en traînant la jambe, s’asseoir sur le banc. Ce n’est pas gagné pour atteindre le ruisseau ! Ses yeux sévères annoncent que les douleurs le reprennent, il me tend une main pour m’inviter à venir. Je lui fais une bise et m’assois à ses côtés. « Ça va aller, shérif ! » lui dis-je en prenant un air dur. Il cligne des yeux avec un hochement de tête. Papi, il fait peur, une vraie tête de gangster, même les mouches ont peur de lui.
« On peut aller pêcher alors ? », il se lève et me refait le coup des yeux. « Va chercher ton sac Papi, on y va ! ». Il n’a pas le temps de faire trois pas que je suis déjà à mon vélo pour prendre ma canne à pêche et mes affaires. « Eh papi, t’as préparé les vers ? », il me pointe du doigt la grange, ou plutôt le tas de fumier et la bêche juste devant. J’ai peur de comprendre et lui fait une moue de chat mouillé, mais il me tourne déjà le dos. J’attends qu’il ressorte, avec son sac.

Le voilà enfin, il se plante devant moi, et me fait un large sourire grimaçant avant de prendre la pose. « Oh non Papi ! », je mets bien vingt minutes à trouver une poignée de vers dans ce monticule puant. Quand je suis enfin prêt et débarbouillé, je rejoins Papi qui n’a pas bougé, il s’appuie sur moi et on y va, silencieusement... Sur le chemin il expirera quelques mélodies, je chanterai les paroles de celles que je connais.

Quand il y a Mamie il s'exprime et elle me raconte tout... Moi, je ne sais pas encore lire sur les mains.

PRIX

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Paul Brandor · il y a
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Valéry Hardiquest · il y a
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Melifos · il y a
Joli!
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