Panique sous les catacombes

il y a
3 min
9
lectures
0

Au-delà des mots passent des ressentis et émotions de toutes sortes. J'aime beaucoup lire mais aussi composer quelques oeuvres poétiques, formuler mes états d'âme du moment. Le verbe est un  [+]

Ce jour, la pluie battante persiste à déverser sa grisaille sur les trottoirs de Paris. La présentatrice, chargée d'annoncer la météo, annonce du mauvais temps pour la journée.

Cela ne perturbera pas trop les touristes qui doivent aujourd'hui visiter les catacombes.

Sous les profondeurs de la ville, à vingt mètres au-dessous du sol, les visiteurs seront à l'abri.

Les actualités défilent les unes derrière les autres. Les yeux rivés sur l'écran, le groupe reçoit les informations du jour.
Soudain, l'oreille se fait attentive. Aux dernières nouvelles, une évasion vient d'avoir lieu à la prison de la santé. L'on ne sait encore par quel stratagème l'évadé a pu s'enfuir. C'est alors que le présentateur remet en mémoire la dernière évasion d'un dangereux repris de justice.
De mystérieux souterrains auraient jadis été découverts. Ceux-ci auraient été creusés à partir de la prison et auraient favorisé la fuite du malfaiteur.

Kim, cette jeune coréenne venue visiter Paris, a demandé où se trouvait la prison de la santé, comme ça, juste pour savoir. L'hôtelier, ignorant la visite prévue pour ce jour, a répondu que les geôles se trouvaient dans le quatorzième arrondissement, juste au-dessus des catacombes. Chacun, chacune dans ses pensées, un silence de "mort" s'ensuivit.
A cette heure, l'évadé n'a pas été rattrapé et nul ne sait où il se terre.

Le chauffeur du car, chargé d'amener les visiteurs à destination, se fait entendre.
- Denfert-Rochereau ! tout le monde descend !
Sous la pluie battante, suivant le groupe, la jeune fille s'engouffre à l'intérieur des catacombes.

Trois cent kilomètres d'étendues sous le sol, au parcours de plusieurs arrondissements de la capitale et dont certains restent inaccessibles.
L'on se contentera de quelques couloirs empruntés. En fait, ce qui intrigue le plus la curiosité, reste sans aucun doute, l'ossuaire.

Pour accéder au site, il a fallu emprunter un escalier qui n'en finit pas, ensuite se faufiler parmi d'étroits couloirs, pour arriver enfin à cet endroit impressionnant où l'on peut lire ces mots : "Arrête! c'est ici l'empire de la mort".

Kim se confond au milieu des touristes, en suivant le guide qui vient de franchir la porte au-dessus de laquelle figure l'inscription dissuasive et macabre.
La voici prostrée devant l'ossuaire de Denfert-Rochereau, où reposent plus de six millions de squelettes. Plutôt impressionnant !
Des tibias, des crânes, tous ces restes humains disloqués et ayant appartenu à des êtres vivants, parfois célèbres, comme Blaise Pascal ou Robespierre. C'est ce qu'explique le guide chargé d'instruire les accompagnateurs.

L'asiatique sursaute. Là, sous le tas d'os, il y a quelque chose qui bouge. Un crâne vient de se déplacer de quelques centimètres. Il y a du monde là-dessous !
Cette dernière a tôt fait d'alerter son entourage et chacun peut constater à cet endroit précis le remue-ménage d'un intrus, tapi juste au-dessous de ces restes humains.
Aucun ne parle mais tous adhèrent unanimement à cette même pensée.
L'évadé de la Santé a entendu du bruit et se terre sous l'ossuaire.

L'asiatique est devenue "jaune citron" et manque de se trouver mal. Une âme charitable a prévu le sucre et l'alcool de menthe, rien de plus à lui proposer.

Ce jeune homme, respectueux du silence qui l'entoure, ne souffle mot mais pense que Robespierre se relève "de la guillotine" pendant que Blaise Pascal tout à ses "pensées" tumultueuses, s'agite parmi les décombres.

Ce couple venu se détendre dans la capitale, se serre l'un contre l'autre, respectant le proverbe qui dit : "A la vie, comme à la mort".

Nul ne souffle mot, mais les neurones fonctionnent et l'énigme, si confuse soit-elle, va d'un moment à l'autre, être percée et mise à jour.

Soudain, alors que chacun extrapole en imaginant le pire, un tibia, bougeant de façon très nette, vient de déplacer plusieurs ossements.
Une tête de mort roule et vient s'échouer aux pieds de la jeune coréenne, qui, réalisant tout à coup sa "solitude", parmi tant d'autres, hurle de terreur.

L'évadé se cache sous cet amas macabre et d'un moment à l'autre, par manque d'oxygène va surgir. Dieu sait ce qu'il fera à ce moment là pour qu'elle ne le dénonce pas. On est en plein délire.

Les os n'en finissent pas de bouger, déplaçant désormais, non pas un ou deux restes macabres mais des dizaines de tibias, fémurs et crânes de toutes sortes.

Le guide, vraiment le seul à conserver son sang froid, pense naturellement qu'il ne peut s'agir d'un humain allongé sous ces amas de squelettes, c'est impossible, celui-ci se serait forgé un passage par manque d'air.
Mais quel est donc cet imposteur alors ?

A ce moment, comme pour apporter réponse au dilemme, entre un avant bras et les restes d'une colonne vertébrale, un museau ponctué de moustaches évasait l'ouverture pour laisser passer un énorme rat, heureux de se retrouver à l'air libre.

Pour rejoindre l'hôtel, il fallu soutenir Kim. Après avoir retrouvé l'esprit, cette dernière jura que jamais plus elle ne remettrait les pieds dans un endroit aussi lugubre.
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,