1
min

Origines

Image de Tartofraiz

Tartofraiz

80 lectures

2

Les gens le trouvaient ingrat, sinistre, inquiétant. Sa fine silhouette passait en reniflant et expectorant n'importe où. Si un chien lui aboyait sa rage, il le menaçait du poing jusqu'à ce qu'il se taise. Les femmes dont les enfants avaient été rossés une fois par ce diable maugréaient des insultes derrière son dos.
Il ne donnait pas son nom, et n'avait pour ainsi dire jamais parlé. Le soleil faisait refléter dans sa chevelure rousse des nuances de feu. Certains gamins effrontés le prenaient pour exemple, mais personne n'avait réussi à attirer son attention. Il semblait dormir où bon lui semblait, mépriser tout homme et lois. Il avait un jour renversé toutes les poubelles de la ville, et avait disparu tel un spectre selon les témoins. Il ne craignait pas les forces de l'ordre, ne s'intéressait pas aux filles. Quand il dévoilait une parcelle de son visage derrière ses mèches hirsutes, certains racontaient avec excitation avoir vu l'horreur, une peau rouge comme celle du démon et des yeux jaunis par la flamme de l'enfer.

En haut des montagnes brumeuses méditait un vieil ermite. Un squelette dans la triste baraque n'aurait pas attisé la moindre curiosité. Il avait construit sa cabane au sommet du chemin le plus improbable, à la cime la plus froide et inaccessible. Le vieux hurlait comme un loup, jusqu'à ce que les clans lui répondent en écho. Il était laissé pour fou, mais le vieil homme n'avait jamais ressenti tant de joie de vivre, depuis son retrait de la civilisation. Dormir, courir, prier, jeûner. Il ne lui semblait plus réel d'avoir quelque part un fils.

Son propre père, mort le jour où Armstrong foulait la lune, l'avait élevé à la campagne et lui avait enseigné tous les bienfaits de chaque plante. Il lui avait montré comment survivre en toute circonstance. Ce savoir lui venait d'études patientes de chaque merveille de la nature, mais surtout d'un oncle chimiste qui l'avait forcé à apprendre sa science de long en large. Le pauvre petit, à l'annonce de la capitulation de 1945, était forcé d'étudier dans une austère pièce de livres poussiéreux, comme presque tous les jours. Il ne dévoila jamais cet aspect ennuyeux à son fils naïf et avide de connaissances. Il avait désiré que tout lui soit un souvenir merveilleux, et imaginé sa descendance, quand son fils montrerait à son tour les secrets de la nature à son gentil garçon.
2

Vous aimerez aussi !

Du même auteur