Oran outrant

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Tout ce qu'il y a d'important à savoir c'est que j'aime l'Auvergne, le Tripou et les cookies  [+]

Hassim revenait près de moi au bar, me déposant mon Martini, lorsqu'un homme un peu plus âgé que lui, assis de l'autre côté du demi-cercle du comptoir, me balança tout de go :

"T'aurais pas pu te trouver un français !"

Personne n'a vraiment entendu, ou tout le monde a fait mine de ne pas avoir entendu. Sauf le barman, qui s'est arrêté dans son mouvement, avant de reprendre comme si de rien n'était en pensant "eh merde, ça va barder".

J'étais une habituée du bar. Il me connaissait.

Je me lève. Je laisse Hassim, qui s'était assis à côté de moi sur un haut tabouret, décontenancé, n'osant rien dire comme il en a l'habitude dans ce genre de moments gênants dont nous sommes plus ou moins coutumiers.

Je contourne le comptoir et viens me planter devant le vieux.

"Répétez-ça."

"Y a plein de poissons dans la Seine et dans le Rhône et toi faut que t'ailles pêcher dans la méditerranée ma gazelle. ils sont pas assez bien pour toi les mecs du terroir ?"

"J'ai trois enfants avec un mec du terroir. Il m'a lâchée pour son boss. T'as d'autres remarques mon vieux ?"

Il fit une mine circonspecte et leva les yeux au ciel.

"Ah ben si tu choisis les tantouzes aussi".

Je me retournais vers le Barman, avec des yeux gros comme des pépites. Je me retenais ! Je ne voulais pas faire le énième scandale de la semaine mais là c'était remarquable.
Je revins au bar prendre un papier, un stylo, et laissais un mot sur la table du vieux avant de repartir.

"Viens" lançais-je à Hassim à la volée. "Ce bar est gangréné par des gens qui osent tout. C'est d'ailleurs à ça qu'on reconnaît les..."
"...les cons. Oui, je sais. Cesse de me ressortir cette citation de coluche à la première occasion."

Nous repartîmes la tête haute mais néanmoins avec une petite gêne entre nous, sur ce qu'il venait de se passer. Il finit par la briser :

"Quel connard de français."

"Wow ! Ce n'est pas non plus la peine de tous nous mettre dans le même panier. Est-ce que je dis quel connard d'Algérien quand ton frère fait des remarques sur mes fringues à tes dîners de famille ?"

C'est à ce même moment que le vieux reposa son Whisky et observa le papier laissé sur la table devant lui.

"Il est né à Oran en 1985, une époque où les femmes, contrairement à aujourd'hui, ne pouvaient avoir le partenaire de leur choix. Aujourd'hui en France, c'est le cas ! Ne vous en déplaise,
A."

"Un deuxième whisky" crie-t-il.

"Y en a plus", répond le barman.

"Eh ben. A Oran, en 1961, au Whisky à gogo de la place principale, on en manquait jamais."

"Vous êtes algérien monsieur !?"

"Ben oui bêcasse, qui croyais-tu qu'j'étais ?"

"Ce monde est fou." Hendel, soupirant, remis toutes les coupes de champagne dans leurs châssis après les avoir nettoyées avec précaution.
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