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On ira tous au paradis

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FINALISTE
Sélection Jury

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Pourquoi on a aimé ?

Vous souhaitez hanter l'être aimé ? Rendez-vous au bureau de poste des apparitions, au bout de la rue Julien Lepers ! Enfilez un drap blanc et, avec...

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Il est 9 heures au paradis. C’est l’heure de pointe. Les anges se croisent et s’évitent au milieu des allées tapissées de nuages. Madeleine vole tranquillement en regardant les vitrines des magasins bordant l’allée. Elle passe devant le comptoir des cotonniers. Comme d’habitude, une inscription « tout à un euro » est tatouée sur la vitrine et les vendeuses, alignées sur le trottoir, l’interpellent avec de larges sourires : « Tout est à votre taille Madeleine ! ». Elle décide d’y passer dans l’après-midi.
Après la grande rue commerçante, Madeleine prend à droite, elle passe devant son club de bridge et continue tout droit vers la rue Julien Lepers. L’air frais glisse sur son visage et gonfle ses cheveux. Un rayon de soleil perçant le ciel du ciel arrose le quartier et ses habitants. Le visage de Madeleine est scotché par un sourire qui ne la quitte pas depuis ce matin.
La veille, assise devant sa télé, elle regardait Alain Gillot-Pétré, toujours aussi séduisant, présenter la carte des apparitions prévues pour le lendemain. « Et donc demain, une fenêtre s’ouvrira de 9h30 à 9h32 dans la chambre du 23 rue des acacias à Tomblaine ». La gorge et la bouche de Madeleine s’asséchèrent alors plus rapidement qu’une spontex au soleil. Son cœur se serra. Avait-elle bien entendu ? Une seule et unique fenêtre par jour s’ouvrait. Et c’était tombé sur son ancienne maison ? Quelle était la probabilité que cela arrive ?! « Peu importe » pensa-t-elle, « Je vais revoir Jacques... ». Cette idée lui fit tourner la tête. Elle avait besoin de le dire. Ses lèvres s’entrouvrirent alors pour gémir : « je vais revoir Jacques ». Elle se refermèrent ensuite sur un sourire retrouvé.
Ils s’étaient aimés pendant plus de 40 ans. Un amour peu banal, fusionnel, presque gluant. Ils travaillaient tout deux de la maison et ne s’étaient donc jamais vraiment éloignés de plus de quelques mètres. De plus, ils n’avaient jamais eu d’enfant, ce qui avait fini d’achever leur communion. C’était le genre de couple à finir les phrases de l’autre et à avoir un dentier pour deux. Ils laissaient même la porte des toilettes ouverte et lançait un vinyle de la flûte enchantée pour atténuer les bruits suspects. Ils s’aimaient profondément et réclamaient toujours plus la présence de l‘autre. Alors forcément, son départ creusa en Madeleine un sacré vide.
Après la rue Julien Lepers, en entrant dans le bureau de poste des apparitions, Madeleine vit le guichetier, un sosie de Michel Drucker, qui attendait patiemment. Aucune file d’attente. Ce qui arrivait à peu près tout le temps dans les bureaux de poste du paradis. Il y avait seulement trois jeunes affalés dans les chaises en nuage qui la dévisageaient. Elle leva les yeux sur la pendule qui ballotait au-dessus de la machine à transfert, il était 9h27.
Elle avança alors raidie par le stress. Salua le guichetier « bonjour monsieur, Voilà, je... je viens pour l’apparition du jour... ».
- « Bonjour Madeleine, et bien oui pas de problème, vous êtes la seule à prétendre à l’apparition d’aujourd’hui. A part évidemment les 2 ou 3 détraqués habituels... » dit ils en désignant les jeunes du regards.
-« Ils veulent aller voir mon Jacques eux aussi ? Ce sont des amis à lui ? » chuchota Madeleine au guichetier.
-« ahah non eux ce sont des petits pervers qui récupèrent les apparitions dont personne ne veut. Ignorez-les.»
-« Oh, je vois... » dis madeleine un peu mal à l’aise. « Alors comment on procède ? »
-« c’est simple, à 9h30 pile, la porte s’ouvrira. Vous n’aurez qu’a passer au travers et vous vous retrouverez donc dans... » il saisit une feuille posée sur son guichet et se mit à la déchiffrer « la chambre du 23 rue des acacias à Tomblaine en Meurthe-et-Moselle. Vous aurez alors 2 minutes. Vous êtes libre de faire ce que vous voulez. Mais pas touche aux vivants ! Vous avez des accessoires dans le tiroir devant vous si vous voulez : Chaines, draps, maquillage... »
- «Merci monsieur mais ce ne sera pas la peine. Je vais y aller comme ça. Je vais retrouver...un vieil ami ».
-« Comme vous voulez » lui répondit le guichetier souriant.
-«  Juste une question » dit soudain Madeleine d’une voix vibrante. « suis-je présentable ? »
- « vous êtes superbe Madeleine » lui dit le guichetier attendrit.
-« bien » répondit elle.
C’est alors que la porte s’ouvrit. Il était 9h30. Madeleine adressa un dernier regard au guichetier qui l’enlaça alors en lui chuchotant « bonne chance !».
Elle se libera alors de l’étreinte du faux Michel Drucker, et franchit les deux pas qui la séparaient de la porte, inspira un grand coup, puis passa de l’autre côté.
La lumière qui l’avait ébloui un instant se mit à décliner. Elle posa ses yeux autour d’elle. Elle y était. La tapisserie d’un vert amande usé par le soleil, la commode en ébène qui arborait les photos en noir et blanc de leur mariage et le couvre lit rose pâle qui avait perdu depuis longtemps l‘épaisseur et l’éclat de sa jeunesse. Et sous ce dessus de lit, la forme de jacques se dessinait. Il dormait.
La gorge serrée, les larmes aux yeux, Madeleine susurra « Jacques ! c’est moi ! Madeleine ! ». Jacques ne bougea pas. Ne voulant pas l’effrayer elle répéta sans trop hausser la voix. « Jacques ! Réveille-toi ! » toujours rien. Les autres tentatives furent tout aussi vaines. Jacques ne bougeât pas. A peine eut-elle le temps de comprendre qu’elle ne le verrait pas, la lumière réapparut et elle se retrouvât devant le guichetier.
En larme, elle s’effondra. Mais non ! Comment ai-je pu être assez bête pour penser que ça marcherait ! Il dormait ! De son sommeil lourd et stupide ! Je ne l’ai même pas vu...
Son monde venait de s’écrouler autour d’elle. Mais les mains fortes du guichetier la soulevèrent. Une fois sur ses pieds, Madeleine releva la tête. Il la regardait un grand sourire aux lèvres, les yeux malicieux et lui dit « ça va aller ». Son regard se détourna alors des yeux de madeleine et se posa en direction de l‘entrée du bureau de poste situé derrière elle.
« Bonjour Madeleine » fit une voix familière.

PRIX

Image de 6ème édition

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Cathy Grejacz · il y a
Touchant, subtil.. ce texte ne m’a pas laissé indifférente. Bravo
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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Adorable, j'ai beaucoup aimé, j'ai aussi un site si vous avez le temps, voir " TON ABSENCE " par exemple merci
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Alunissage · il y a
très joli univers que vous avez créé, un très bon moment passé à vous lire
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La luciole · il y a
bravo pour votre récit!
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Mandy Rukwa · il y a
superbement écrit...bravo !
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Chantal Sourire · il y a
Bravo !
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Caroline Rota · il y a
+5 et une très bonne route pour cette finale !
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Teddy Soton · il y a
Un récit très touchant, les mots utilisés sont bien choisis, bravo +5
Puis je vous inviter à soutenir Frénésie 2.0 ?

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Lorelei · il y a
Mes trois voix ! J'ai adoré. Drôle et touchant à la fois. Jolie écriture. Bravo.
Je vous invite à découvrir ma toute première nouvelle : la robe

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MorganneL · il y a
j'ai beaucoup aimé ce mélange de céleste et de vie réelle je vote et m'abonne à votre page bonne journée et bonne chance
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