Numéro cinq

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De la mièvrerie, un peu de cruauté, beaucoup d'ironie, de la guimauve jusqu'à l'overdose. Si mes histoires sont à l'eau de rose, elle est empoisonnée. J'aime extraire de la simplicité de la vie  [+]

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Il ne marche pas très bien cet ascenseur. Je préfère attendre quelques minutes de plus. Je suis crevé, ça m'achève d’escalader toutes ces marches.

Ça pue toujours dans l'ascenseur. Un mélange de bananes, thon en boîte, mégots, yaourts à la fraise, couches de bébé... Quoi qu'il y ait dedans, cette odeur universelle : celle des poubelles !

Un matin, en entrant dans ce fichu ascenseur, je me suis retrouvé nez à nez avec un nuage de fumée qui semblait venir tout droit de la Jamaïque ! Arrivé en bas, je me suis fait engueuler par le gardien qui pensait que c’était moi qui venais de m’enfumer !

Parfois, ça sent les bons petits plats que prépare la dame du dixième pour sa mère qui vit dans le bâtiment voisin. Quand je la croise, j’essaie toujours de deviner ce qui se cache sous le papier aluminium. Je hume jusqu’à en saliver !

Le voilà enfin ! Les portes s’entrouvrent à peine que déjà, en plus des relents d'ordures ménagères et de tabac froid, s’ajoute une senteur inhabituelle, mais agréable : un parfum de femme flotte dans l'air...

Je suis en tête-à-tête avec cet effluve sucré pour traverser les étages. Les yeux fermés, j’essaie de me souvenir à quoi, à qui il me fait penser. Il se réfugie dans mon nez, s’y installe. Quelle est cette fragrance rassurante, obsédante ? D’où vient cet addictif bouquet floral et poudré aux notes de vanille et de sous-bois ?

Cela me fait penser au champagne, ses bulles fraîches et pétillantes, à des voix graves mêlées à des plus stridentes, une ambiance nocturne où le sommeil, qui guette, amplifie tous les sons, où rires et bâillements jusqu’aux larmes s’entrechoquent. Quand les parents, exceptionnellement, ont trop bu, et somment leurs enfants, qui courent, excités, dans le salon envahi de papiers cadeaux déchirés et multicolores, d’aller se coucher alors que c’est eux qui sont les plus fatigués. Décor rouge et blanc, paillettes, brouhaha, bouteilles vides, bûche fondue dans une assiette en carton doré.

Des mains frêles tiennent en tremblant un petit flacon en verre, contenant un liquide orangé, lumineux, surmonté d’un bouchon semblable à celui d’une carafe en cristal. Je déchiffre : « Cinq ! Comme mon âge ! C’est quoi ? ». Elle appuie sur le spray et asperge son cou et ses poignets : « Ça sent bon ! ».
Blotti contre elle, je me shoote à son parfum de dame et m’endors dans ses bras.

Ce parfum enivrant, c’est celui que portait ma grand-mère ! Je viens de prendre une cuite de souvenirs. Je suis saoul de passé, ivre de nostalgie...

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