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Numéro A 472

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Shadoum

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Jean Claude fait la queue. Il attend son tour. Son ticket indique le numéro A 472. Bientôt ce numéro va s’afficher sur le petit écran accroché au dessus de sa tête. Il pourra alors s’avancer lentement vers le guichet, son ticket à la main, et le donner à l’homme ou à la femme qui aura été désigné(e) de façon aléatoire pour le servir. Il pourra formuler sa demande, en regardant fixement devant lui afin de ne pas se laisser déstabilisé. Car Jean Claude le sait, il risque de bafouiller, de perdre ses moyens devant la réaction probablement désagréable de l’individu planté devant lui. Il faut dire que Jean Claude est chômeur, et quand on est chômeur, demander un billet de train aller-retour gratuit pour St-Gaudens, cela n’est pas bien vu. Forcément. Quand on est chômeur on n’a pas le droit de faire autre chose que de chercher du travail. Voyager, prendre du temps pour soi, non, cela n’est pas correct. Jean Claude le sait, car les autres, ceux qui travaillent, se sont chargés de le lui faire comprendre. Alors il culpabilise, mais au fond de lui, ses 27 années de labeur lui reviennent comme un sentiment de trahison, de dégoût. Tout ça pour ça ? A 472. Le numéro s’affiche sur l’écran, c’est le moment. Jean Claude doit affronter le regard noir du guichetier qui le sert, répondre aux questions et surtout, surtout, ne pas s’aviser de sourire ou de parler de la pluie ou du beau temps, car sinon, le couperet tombe.
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