Nuit sans fin

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Ecrire fait partie de ma personnalité, c'est comme la mer, un univers immense et profond où l'on peut passer des journées entières à imaginer… Naturelle et pétillante, comme mes œuvres, je  [+]

Le réveil indiquait de sa lumière orange qu’il était 4 heures du matin. Tout était calme dans les rues désertes de la ville. L’appartement 12 avec le balcon terrasse avait une vue imprenable sur la place centrale et les rues qui menaient au marché. Mais il n’y avait personne sur le balcon. C’est plus loin, quand on traversait le long couloir et qu’on osait ouvrir la porte de la chambre qu’on découvrait quelque chose. Et quand on observait attentivement, on remarquait de légers détails qui nous amenaient à penser que cette chose était en réalité, une personne.
Un carré de lumière blafarde éclairait légèrement la masse informe. Le drap s’enroulait autour de ses jambes, c’était la version coton d’un boa constrictor. Elle avait rassemblé ses cheveux en un chignon défait, des mèches brunes s’échappaient et glissaient contre ses joues pâles. Ses yeux étaient écarquillés, inexpressifs. Des poches noires s’étendaient de l’arrête du nez jusqu’au coin des yeux et semblaient lui manger les joues. Ses lèvres étaient violacées, entrouvertes et laissaient apparaître ses dents qui reflétaient la lumière blanche. Elle avait aussi, juste là, au coin de la bouche, un filet de bave écumeuse. Son visage affichait une expression figée, entre la surprise et la lassitude. Un écouteur s’accrochait désespérément à son oreille alors que l’autre avait abandonné le combat et pendait dans le vide. Son cou tordu offrait une vue sur les innombrables veines verdâtres qui s’entremêlaient. Ses épaules étaient contractées, sur un mouvement qu’elle avait oublié de réaliser. Une main pendait mollement, à l’opposé de son corps, comme si elle avait voulu s’enfuir. L’articulation avait sans aucun doute cessé de fonctionner. Sa colonne vertébrale, comme hérissée, ressortait sous le fin tissu de son débardeur. Une goutte de sueur parcourait le corps hors service de la jeune femme. Elle coulait sur son ventre avant de se faire absorber par la soie du t-shirt déjà trempé. Ses orteils vernis reposaient amorphes au bout du lit et ses pieds ne bougeaient plus, étranglés depuis longtemps par le drap. Une odeur de transpiration, mêlée à celle de l’air vicié émanait de la masse sombre avachie sur le lit. Même le parfum d’ambiance à la lavande posé sur la table de nuit ne pouvait pas rivaliser avec la senteur nauséabonde qui emplissait la pièce. Une odeur de mort flottait dans l’air. Et soudain, de violents soubresauts agitèrent son corps, regain fugace d’énergie. La main qui ne s’était pas enfuie s’éleva lentement, tremblante, ses doigts pianotèrent dans l’air. Elle s’arrêta pendant une micro seconde et son index tomba en avant dans un « poc » bruyant. La main se mit à reculer, centimètres par centimètres, se tordant sous la difficulté de l’effort. La masse se relâcha et reprit sa position initiale : la tête tordue vers la lumière, les membres essayant de se faire la malle.
On pourrait croire que la scène qui vient de se dérouler sous nos yeux est une scène de crime, une victime, et un assassin parti depuis longtemps vers un avenir incertain. Pourtant, ce n’est pas le cas. Il est 4 heures du matin, et Déborah regarde en continu depuis plus de huit heures une série sur Netflix.
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Sylvie Talant · il y a
Par rapport à la description mortifère grandiose qui court tout au long du texte la chute surprend car elle semble appartenir au genre burlesque. Un ton balzacien, sinon, ce qui est plutôt réussi.
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Takinou8 E · il y a
Fine analyse, bien vu ! Merci et Bonne journée.