Nuit d'hiver à Balbec

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Grand Hôtel de Cabourg, il était bientôt 3h quand enfin je venais à fermer de l'œil mais la simple pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait.
Ne sachant quoi faire, j'enfilais alors un pantalon et un polo pour rejoindre le hall de l'hôtel où je fus surpris par un chat cherchant le sommeil, affalé avec nonchalance sur le canapé pourpre qui réveiller par le bruit de mes pas sur le mosaïque art déco recouvrant le sol s'enfuit vers les étages déserts d'un hôtel normand au mois de février.
Je pris alors la place de ce chat et ce chat pris alors ma place
Je me retrouvais nez à nez avec le buste de Marcel Proust dont le regard tout aussi vide que profond m'avait terrorisé tous les mois de février de mon enfance.

Devant moi, posé ou oublié sur une table basse de marbre se trouvait un carnet ne demandant qu'à être rempli et un stylo ne demandant qu'à être vidé.

J'avais follement envie d'écrire mais je cherchais encore de l'inspiration dans les vagues foudroyantes se trouvant en face de moi quand soudain la petite lumière verte d'un bateau requiert mon attention.
Avec la nonchalance de notre sympathique félin insomniaque je laissais ma tête tomber sur l'accoudoir de ce canapé sur lequel j'étais maintenant depuis plus d'une demi-heure sans toutefois savoir pourquoi.
Je me surpris à fermer de l'oeil quand une fulgurante envie d'écrire m'éveillait.

Je saisis alors ce stylo et me mis à écrire.

J'écrivais l'histoire d'un navire qui une nuit de février, dans les années 30 ou 40 je ne sais plus, quittait les côtes normandes porté par les vents glaciaux de la manche pour rejoindre les chaudes mers Africaines. À la surface de l'eau et ce tout le long de ce périple qui s'avéra périlleux on pouvait y voir reflété une petite lumière verte majestueusement apaisante.
À bord de celui-ci; 324 Français commerçants, marchands d'art ou fonctionnaires rejoignaient la Côte d'Ivoire qui, à l'époque était encore une colonie.
Après avoir quitté la France, vers 3h du matin, le dimanche 23 février, le paquebot à vapeur, aborde la pleine mer africaine le 27 février au terme d'une multitude d'incidents et de pannes.
Le navire qui fait de l'eau depuis le début du voyage selon les uns, avait heurté une épave selon les autres voit ses machines tombées en pannes de jour en jour, d'heure en heure.
Il émet un premier SOS.
La nuit du 28 au 29, maintenant à quelques milles des côtés Mauritaniennes, le navire dérivait dangereusement au milieu de la tempête.
À 6h du matin le bateau émis un dernier signe de vie par radio "Je sombre".
"Dans les minutes qui suivirent, ce dernier se fracassa sur les rocher et coula presque aussitôt" j'écrivais ces derniers mots puis je levai la tête. Il fessait jour. Il devait être 5 ou 6 h.
J'arrachais alors cette quinzaine de pages puis je montai courant dans ma chambre avant que le personnel n'arrive. Je rentrai alors dans ma chambre sans faire de bruit.
Allongé dans mon lit, je fus bercé par le souffle si singulier de ma mère qui dormait coordonné avec le bruit si régulier des vagues s'entrechoquent entre elles avec autant de violence que de douceur.
Je m'endormis peu après dans le clair-obscur d'une chambre d'hôtel au petit matin avec l'apaisant sentiment d'avoir accompli quelque chose.

Après cette nuit qui fut d'ailleurs sûrement une de mes plus belles, je me mis à écrire dès que je m'ennuyais et depuis je m'ennuyais dès que je ne me mis pas à écrire.

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