Novembre

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Finaliste
Jury
C’était par une de ces journées nuageuses que novembre sait si bien nous procurer. Je marchais sur le chemin, qui, à cause de la pluie et du passage fréquent des médocains allant chasser le cèpe ou le sanglier, n'était qu'une traînée d'ornières de boue et d'argile. Mes chaussures étaient lourdes à cause de la faculté qu’a l'argile mouillée à peser un âne mort dès qu’elle s’accroche sous une semelle. J'avais fini mes devoirs et j'eus besoin de me vider l'esprit.

J'étais donc allé me balader dans la forêt car j'adorais voir les arbres aux feuilles orangées et les racines dans l’eau des fossés qui avaient débordé. J'avançais tranquillement quand j'entendis des gouttes tomber des branches. C'était bizarre, il n'y avait ni vent, ni oiseaux. D'autres gouttes tombèrent, suivies de quelques brindilles. Moi qui avais toujours aimé la forêt, j'ai, pour la première fois de ma vie, eu peur de la nature.

Je continuai d'avancer quand une branche tomba dans l'eau alors que je n'avais pas entendu de craquement. La peur me stoppa net. Je me retournai et regardai l'eau qui d’habitude ne faisait rien d'autre que de caresser les troncs des chênes centenaires et charrier des feuilles aux reflets de bronze. Mais là, elle était secouée de vaguelettes comme lorsqu'un avion frôle la mer. Les vagues grossirent avec toujours cette impression d'avion de chasse invisible qui dérangeait les ciseaux paisibles à la surface de l'eau. L’onde se transforma en un courant d'air qui souleva les feuilles sur toute la largeur du chemin et fit s’envoler ma capuche avant de redevenir un avion invisible sur l'eau qui se trouvait de l'autre côté du chemin. Le phénomène s'éloigna du chemin en parfaite ligne droite. Rien ne pouvait l’arrêter. Soudain, j’entendis un fracas épouvantable et par réflexe, je me protégeai la tête et fermai les yeux.

Quand je les rouvris, je vis dans la forêt voisine les jeunes pins et les frêles bouleaux qui s'envolaient au contact de l'incompréhensible onde sur leur écorce humide. Je restai figé. Alors que cette bizarrerie s’éloignait, j’entendis encore des craquements au loin. Je ne savais pas s'il fallait que je continue ma route ou s'il fallait attendre le retour du phénomène. J'optai donc pour la première solution et me remis en route, les mains dans les poches et les semelles lourdes, me promettant de ne jamais raconter ce que j'avais vu. Et même si j'avais révélé mon secret, qui m'aurait cru ?
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