1
min

Nouvelle-éclair; ou l'assassin du quartier

Image de ICN

ICN

11 lectures

0

Après l‘annonce inopinée ce matin que notre lecteur de nouvelles, Peter, s’afficherait dorénavant comme journaliste et contributeur aux nouvelles du soir – « 18 h l’apocalypse » – que nous produisons depuis une dizaine d’années, tous les membres de l’équipe se sont bien mis d’accord pour engager un tueur à gages. Peter est doué d’un beau visage et d’une articulation impeccable, certes, mais il y a des limites. Ça se discutait vivement à la cafétéria.
—On ne devrait pas le permettre. On tombe définitivement dans le vulgaire : les actualités se conforment maintenant à une coupe de cheveux tous les quatre jours, un visage bronzé et une nouvelle cravate à chaque séance. Vive la laque, vive le fard !
—Par notre talent on confectionne un illustre chroniqueur vedette et voilà, il se croit maintenant dieu de l’actualité!
— Qu’on lui noue une cravate de chanvre !
—Mon dieu, il prétend se réinventer à cette heure tardive ! Il n’a jamais montré d’aptitude.
—Ni initiative, nom de dieu ! On bosse, nous ! À peine a-t-il la curiosité pour les pages qui passe devant ses yeux. Moi par exemple, je dois dessiner en marge des frimousses souriantes ou sérieuses pour lui indiquer le ton de sa présentation.
—Pas trop futé, en effet, et puis voilà comme un cheveu dans la soupe, des ambitions !
—On nous l’impose comme ça. C’est la dictature pure et simple. Quelle idée fantasque!
—Qu’il vienne me voir ; je lui changerai les idées !
—Quelle vantardise ! Il a toujours été insupportable. Puis maintenant... ?
—Ce chameau est déjà la vedette. Nous suons sang et eau pour lui fournir ses paroles et maintenant... ?
—Cet enculé nous arrache nos jobs. Oui, maintenant ! Attends un peu, Peter, tu verras bien ce dont on est capable.
Nous rouspétions toute la matinée. À l’apogée de nos lamentations, quand nous faisions justement la quête pour payer le revolver de Stéphane, l’assassin du quartier, un éclair a brulé la station. C’était la panique. En pleine panne d’électricité, sans ordinateurs, ni caméras, ni micros qui fonctionnent, hélas nous sommes tombés dans un enfer de silence et d’inaction. On l’a échappé belle : personne n’a été accusé d’être pyromane. Finalement on ne soupçonne pas un incendie criminel. C’est Dame Nature elle-même la responsable du coup.
À la fin de l’après-midi on nous a mandé écrire une seule petite nouvelle-éclair pour diffuser ce désastre naturel. Puisque nous sommes payés au mot, la station a fait des économies aujourd’hui avec notre simple bulletin : un fil info en continu, 8 mots sur un écran gris. Pas même une photo votive de notre vedette de l’Olympe.
Ce sera un dieu très contrarié.
Il n’est pas le seul. Au bar, l’assassin du coin comprend qu’il gagnera ses gages un autre jour.

0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,