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Noirceur

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Waouff

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Dans un beau quartier, un homme nage dans la marée humaine et finit par émerger dans une ruelle loin de la tempête de voix. Le policier ralenti et s’arrête au 46 rue Chantepie, demeure de Madame Alicia Magarvier. Une cloche sonne et une porte s’ouvre.

- Ah mon général ! Que ça me fait plaisir de vous voir après tout ce temps !
- Et moi donc, mon cher DomThson. Prenez place, ne restez pas planté là. Je vous amène le thé.
- Vous faites bien. Vous prenez goût à votre retraite à ce que je vois.
- Tenez. Absolument pas ! Je ne me suis jamais emmerdée à ce point-là. Je ne pense qu’à une chose : y retourner.
- On nous a vite oubliés hein...

Nicolas DomThson, boit son thé brulant. Les deux se regardent et sourient aux souvenirs de sang et de fumée. Oubliés par les nouvelles générations, ils ont repris une vie normale. Nicolas dans la police de Tours et Alice se retirant dans sa maison familiale.

- Mais dites-moi, comment se passe votre travail ? J’aimerais entendre les dernières nouvelles.
- Ah ça, ce n’est pas facile hein. J’ai les réflexes de soldat. Hormis ça, il y a juste cette dernière affaire...
- Eh bien quoi ? Je vous écoute mon ami.
- Pas facile à expliquer mais il y a des rumeurs sur des meurtres en série.
- Comment cela ?
- Eh bien, la scène, toujours pareille, le temps que les témoins regardent les ombres qu’ils ont cru voir, la victime s’envole. Jusqu’à ce jour, on compte une douzaine de cas avec ces caractéristiques.
- Surprenant.
- Exactement, on nage en plein délire avec cette affaire.
- Ton histoire me rappelle une personne.
- Je vous écoute mon général, si vous avez une piste c’est le moment.

Le général Alice Magarvier ramasse soigneusement la tasse de thé renversée. Elle semble réfléchir à une scène du passé, avec tristesse. Les mots se bousculent dans ses pensées puis ses yeux se lèvent et fixent son officier. « Vous savez, mon cher DomThson, je suis un général très décoré. J’étais connue pour être capable de voir le potentiel des Hommes d’un seul coup d’œil. C’était là mon vrai talent.

Avant de commencer la campagne de répression sur Vénus, j’ai participé à la prise d’Encelade. C’était un massacre. J’ai tenté de sauver un maximum de civils avec plus ou moins de réussite. Et c’est là que je suis tombée sur cet enfant. Il s’agissait de Gaemon Fendrick. Nous sommes allés dans les canalisations de la station. Là, mes soldats ont commencé à apercevoir des phénomènes étranges. Les ténèbres semblaient ramper comme étant animées d’une volonté animale. Les volutes de fumées noires enroulaient le faisceau de nos lampes. Parfois, un de mes hommes criait croyant apercevoir des formes de vie. Une paranoïa s’était installée dans le groupe. J’avançais au milieu, protégé par mon unité quand je remarquais la disparition des soldats à l’arrière garde. J’ai vu alors les mains de noirceur envelopper Gary, un de mes soldats. Il s’est fait complètement absorbé par les ténèbres sans un cri, sans douleur, sans que personne ne s’en rende compte. Puis, toute l’unité a hurlé à la guerre et tiré sur les murs. J’ai lancé une grenade flash en ordonnant à tout le monde de fermer les yeux. La bombe a explosé et une voix d’enfant a hurlé.

Quand j’ai rouvert les yeux, je voyais un gosse recroquevillé contre la paroi. Il n’y avait plus de trace des soldats disparus. Seulement, la blancheur étincelante des boyaux taillés dans la glace. L’enfant, Gaemon, se débattait. C’était un Neuropathe. Des personnes bien dangereuses, surtout quand ils ne sont pas maître de leurs pensées. Ah oui, il faudrait que je vous précise ce que c’est un Neuropathe.

Ce sont des êtres humains qui ont développé une pathologie neurologique. Ils ne sont plus capables de garder leurs pensées, rêves et cauchemars dans leurs têtes. Ce qu’il fait qu’ils peuvent influencer les pensées des personnes alentour. Plus un Neuropathe se sert de ses capacités et plus il agrandit sa zone de contact. J’en ai fait l’effroyable expérience lors de mes débuts. Ils sont capables de faire passer l’illusion pour la réalité mais en aucun cas ils ne peuvent déformer la réalité, retenez-bien cela mon brave DomThson.

Pour revenir à notre cher Gaemon Fendrick enfant, il était doté de pouvoir déjà incroyablement puissant. Il avait réussi à faire disparaître des êtres humains entiers ! C’est le seul, à ma connaissance, capable d’une telle prouesse. Je le pris alors sous mon aile, je l’aidais à maîtriser sa maladie. Plus je le voyais utiliser ses compétences et plus je tremblais à l’idée d’un tel pouvoir.

J’avais créé une arme, pire, un monstre. Je pris alors la décision de le neutraliser. Nous l’avons abandonné à son sort dans les affres de la révolte sanglante. Je le revois encore, regardant la navette dans laquelle nous nous envolions vers l’espace, happé par la foule délirante. Il n’a même pas cherché à s’échapper, juste un dernier regard dans ma direction. Et le plus troublant, son sourire. Bien sûr, le lien avec tes meurtres. Chaque Neuropathe a sa propre signature, ce qui permet de faire la distinction avec la réalité. Eh bien celle de Gaemon Fendrick était les ombres furtives. Et lorsque tu voyais les ténèbres, sa noirceur, il était généralement trop tard. »

Son monologue terminé, on pouvait entendre les oiseaux chanter par la fenêtre ouverte, les premières feuilles mortes tombant en légère pluie. Les mains du vent orchestraient leur ballet de feu. Nicolas DomThson but sa dernière gorgée et prit la parole.

- Et les soldats ? Vous avez retrouvé leurs corps ?
- Hélas, non. Il reste des choses que je ne comprends pas.
- Ah ça c’est sûr. Moi j’en étais resté à leur folie dévastatrice.
- C’est leur malédiction et c’est pour ça qu’on parle plus de maladie que de don. Les Neuropathes sont incapables de faire la différence entre leurs pensées et la réalité. Et dans le cas où ils vivent un cauchemar, eh bien je vous laisse imaginer les conséquences que ça peut avoir.
- J’imagine bien...
- Eh oui. J’ai préféré protéger mes soldats. Et pourtant je regrette encore mon geste.
- Vous avez fait le meilleur choix mon général. Et vous ne m’avez pas dit que vous avez un chat.
- Comment ? Quel chat ?
- Eh bien, celui qui vient de s’effacer dans la cuisine, j’ai juste eu le temps de voir sa queue noire.
- Que dites-vous ? Oh ce n’est pas vrai...

Le général Magarvier se lève, l’officier aussi. L’obscurité règne par les fenêtres, plus aucuns oiseaux ne chantent depuis un moment. Alice se dirige vers la cuisine, sursaute en croyant voir une ombre furtive du coin de l’œil. En se retournant, elle voit la même scène que des décennies auparavant, Nicolas se fait envelopper par des brumes d’ombres jusqu’à disparaître. Alicia court en espérant attraper son officier. Mais trop tard. Les ténèbres sont arrivées. Elle est entrée dans la noirceur. Dans l’obscurité, une personne s’avance puis une autre jusqu’à former une ronde autour du général. Elle énonce leurs noms, ceux des soldats disparus :

- Gary, Jonas, Thibault, Rémi, Oscar, Ulsain, Pierre, Chtaik, Nicolas et...
- Dis-le, s’exclama une voix profonde et douce.
- Ga...Gaemon Fendrick. Oh... Ce n’est pas possible.
- Et si, la preuve vous me voyez ma chère Alicia. Mais il est trop tôt, alors on se reverra.

Le Neuropathe s’éloigna avec un sourire et emmena avec lui le seul repère de la pauvre femme. Les voiles de noirceur tournoyaient autour de son frêle corps, elles semblaient dénuder sa carapace physique à chaque passage. Puis elle cria la tête entre les mains. Elle cria encore et se débattait sur son lit à l’hôpital militaire Terrien. Elle ouvrit ses yeux.

- Gaemon Fendrick ? Il est toujours vivant ?
- Lui ? Eh bien, on le cherche encore mais d’après les récents rapports...
- Eh bien quoi ?!
- Des accidents laissent présager qu’il est en vie et a trahi notre ordre.
- Oh miséricorde, qu’ai-je fait...

Alors que le général se blâmait, non loin d’elle, dans l’hôpital, une ombre passa furtivement dans un couloir. A sa suite, une personne vêtue d’un lourd manteau s’effaçait dans les ténèbres avec un sourire de satisfaction.

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Christopher Olivier · il y a
L'intrigue est très originale, un vrai thriller SF bravo.
Si vous avez l'envie de lire ça : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/you-and-the-night

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Waouff · il y a
Merci à vous, un vrai plaisir partagé. Je ne manquerais pas de lire votre manuscrit.
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Patrick Gibon · il y a
ça commence style anglais vieilles dentelles autour du thé, puis ça tourneboule en vrille SF, fantastique, névropathe pas vraiment naturopathe et tout le tintouin qui se déglingue en humour noir qu'on prévoit rouge "post textum!"
une bonne bouffée d'originalité, juste quelques coquilles à vite corriger qui piquent les yeux et nous détournent brièvement de l'intrigue rondement démenée!

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Waouff · il y a
J'apprécie grandement votre commentaire qui résume bien comme il faut mon récit. Un peu trop de précipitation pour les coquilles peut-être mais un vrai plaisir à partager tout de même.
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Waouff · il y a
Ah merci pour tous vos commentaires, ça me fait plaisir ! Soyez-en sûr, je vais jeter un coup d’œil à vos œuvres. Cependant, Je regrette de ne pas avoir vu les fautes de grammaire malgré mes relectures, trop de précipitation peut-être.
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Topscher Nelly · il y a
Intrigue efficace.Mes voix.
Mon "don"vous plaira peut-être ?

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Ginette Vijaya · il y a
L'ambiance polar est bien maîtrisée et sur fond d'enquête , une sombre affaire resurgit ; l"atmosphère devient inquiétante jusqu'à cette fin qui génère la terreur. Le texte oscille entre plusieurs genres , policier , science -fiction , épouvante .
Une invitation à découvrir mon texte" la fontaine aux bulles "en lice également . Merci beaucoup .

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Keith Simmonds · il y a
Une uvre captivante et terrifiante, Waouff ! Attention aux
fautes de grammaire ! Mes voix ! Une invitation à venir découvrir
Sombraville qui est également en lice pour le Prix Imaginarius 2018.
Merci davance et bon week-end !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/sombraville

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Reveuse · il y a
Bien trouvé cette idée de neuropathe. A la fois science-fiction et épouvante vous avez mes votes et si le cœur vous en dit vous pouvez aller lire mon texte L'ombre de Baptiste. Bonne chance
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Polotol · il y a
Une œuvre de SF bien menée et je rejoins l'avis du premier commentaire. A+ https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ubiquite
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Aurélien Azam · il y a
Quelques fautes de grammaire /conjugaison. Néanmoins, j'ai apprécié ce récit bien narré, efficace dans son intrigue et ses personnages. Terrible ce neuropathe ! Brrr... ^^'
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