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Noël Market

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Nicolas Juliam

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Les illuminations se sont installées dans les villes, portées par l’enthousiasme des enfants et l’énergie débordante des centrales nucléaires. Les papiers cadeaux vont bientôt se déchirer et se froisser au pied des sapins, sous le regard attendri des parents et la mine abattue des arbres étouffés par le bitume et la pollution. Toute la famille va se retrouver pour partager un bon repas, en espérant que la dinde tienne toutes ses promesses et que la grande tante hospitalisée et sans enfant ne tienne pas l’hiver.

Noël, c’est la magie de la contradiction, des plats savoureux et des retrouvailles parfois indigestes, le joyeux plongeon dans les fêtes de fin d’année ou la goutte d’eau qui fait déborder le vase, un délicieux gâteau en dessert mais après une grosse plâtrée de cardons.

En marchant dans les allées de l’hypermarché, je croise des wagons entiers de produits qui ont été exposés pour nous rappeler notre besoin d’acheter et la nécessité de se remplir le ventre pour l’occasion. Mais paradoxalement, pour les gens archi-prévoyants comme moi qui viennent acheter la bûche de Noël le jour-même, « pas sûr d’avoir l’embarras du choix », m’a-t-on prévenu avec des trémolos dans la voix.

Le magasin croule sous toutes sortes de babioles - les jouets made in China, les blocs de foie gras, les boîtes de chocolats et quantités de plaisirs coupables spécialement conçus pour le cholestérol - et malgré cela, on veut me faire croire que la « star du 25 décembre » ne va pas être dignement représentée au milieu de ces montagnes de marchandises ? Je préviens tout de suite, je ne sortirai pas d’ici sans mon dessert à la crème au beurre sans goût ni gluten, avec ses ornements ridicules et ses kilos de sucre. La pâtisserie en question a beau être grossièrement industrielle, je ne veux pas priver ma table de cette gourmandise symbolique à prix discount.

Je me dirige vers elle le cœur léger, en imaginant déjà le goût de cette incontournable tradition gustative de fin de repas, en entendant déjà les applaudissements célébrant sa venue ainsi que l’entrechoquement des verres remplis de vin mousseux ou de champagne pour les plus chanceux.

Arrivé à destination, j’aperçois comme un étrange attroupement devant les étalages des desserts. En regardant par-dessus l’épaule de quelques spectateurs médusés, les mains cramponnées au chariot, je découvre une situation qui semble un peu hors de contrôle : deux femmes se disputent assez bruyamment le privilège d’emporter la dernière bûche de Noël, des rayonnages pillés par des consommateurs peu soucieux des retardataires. Le ton monte. Chacune campe sur ses positions et assure être arrivée la première. En penchant la tête, j’arrive à voir l’objet de tous les désirs, le saint Graal en forme de gâteau roulé chocolat-vanille avec son petit décor composé de houx, d’une hache et de scies en plastique.

Dans une totale cacophonie où la mauvaise foi semble être l’unique règle du jeu et où tous les coups bas sont permis, les deux concurrentes étalent sans gêne leurs connaissances en ornithologie, hurlant une liste impressionnante de noms d’oiseaux. Je m’approche et propose timidement un arrangement à l’amiable avec un bon vieux chifoumi. Mais mon idée ne fait pas l’unanimité dans ce grand vacarme discordant.

Tout d’un coup, alors qu’aucun « dong » n’ait véritablement retenti, les deux catcheuses s’élancent nerveusement sur le ring : griffures aux visages, cheveux tirés, coups de genoux dans le sac à main, l’ambiance devient sportive. Je vois alors arriver au pas de course un vigile accompagné d’un employé à qui on a visiblement demandé de se déguiser en Père Noël, une tâche ingrate qui pourrait presque faire penser à une sanction disciplinaire.

En m’éloignant très discrètement de cette improbable bousculade au rayon frais, je constate que l’esprit de Noël a besoin avant tout d’une bonne dose de chaleur humaine. La bûche planquée sous mon blouson, j’arrive en caisse avec un air triomphant, en me disant que Noël c’est un peu comme un vieux gilet usé : on le critique, on ne veut plus en entendre parler mais quand on est dedans, on se sent étrangement bien. Et contrairement au reste, cette sensation n’a pas de prix.

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Joëlle Brethes · il y a
Puisque le roi Salomon n'était pas là pour départager les catcheuses en partageant l'objet du litige, nous avons (presque) assisté à une version très perso de "L'huître et les plaideurs" ;-)...
J'aime beaucoup cette petite scène précédée d'une "réflexion" sur ces fêtes qui poussent à la consommation effrénée...

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Nicolas Juliam · il y a
C'est l'esprit de Noël, à situer entre le super et le market.
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Pat · il y a
Il faut toujours garder son sang froid et profiter de l'instant présent ! Je ne vous contredirai pas.
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Maryse · il y a
La folie de NOEL ; douce ...ou pas ...
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Keith Simmonds · il y a
La joie de vivre accentuée en cette période de l'année ! Mon vote !
Je vous invite à venir lire et soutenir ma “Lumière d’Amour” si vous l’aimez. Merci d’avance!

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Petit soleil · il y a
Très bien écrit. La folie des fêtes de fin d'année. J'ai écris un texte qui en parle mais pas du tout de la même façon et qui se nomme "pensées". Bonne fin de journée et que du bonheur en ce premier mai.
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Didier Poussin · il y a
La folie de fin d ' année
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Jean Calbrix · il y a
C'est l'histoire de l'huitre et les deux plaideurs revue et corrigée ! Bravo, Nicolas, pour ce texte bien caustique, qui a des airs du marché de Brive-la-Gaillarde de tonton Georges ! Vous avez mon vote.
Je vous propose une petite visite brève mais divertissante chez mon Lucky Luke : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/ouaip
Tous mes vœux à vous pour l'année nouvelle.

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Nicolas Juliam · il y a
Merci jean.
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Mog · il y a
Rire, réfléchir, se remettre en question, culpabiliser ... et continuer. Je suis passée par toutes ces phases ! Super bien écrit.
Si vous le souhaitez : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/mot-d-amant

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M. Iraje · il y a
Bref, pour résumer, tout le poids de la "tradition" (même industrielle), mais pas les marrons ☺☺☺
(En plus léger et à l'occasion, je te propose de voler écouter les nuages ....http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ecouter-les-nuages)

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Virginie Colpart · il y a
C'est tout à fait ça, sauf que le vieux gilet usé, je serais super bien dedans si je pouvais le porter chez moi avec ceux que j'aime et seulement eux. Quant à la bûche, j'en ai fait qu'une seule fois, c'était du boulot et je me demande encore aujourd'hui comment j'ai osé me lancer ce défi! mais alors, elle était délicieuse...si un jour de Noël, j'ai encore l'occasion de le passer chez moi en comité très restreint, je re tente la recette, pour les autres Noëls où on déterre plus que la hache de plastique doré et où on rêve que le champignon meringué blanc et rouge soit réellement vénéneux, une industrielle fera l'affaire...
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Nicolas Juliam · il y a
Non non obligation de porter le gilet pourri nuit et jour pendant l'intégralité des fêtes.

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