Ni plus, ni moins

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J'ai à peine moins de 60. Entre Alpes, Bretagne et Normandie, en mouvement perpétuel, les trains et les aérogares (moins en ce moment) sont mes lieux privilégiés pour observer et écrire  [+]

J'ai des petites manies : je mange 3 biscottes tous les matins. Pas une, pas deux, mais trois. Je possède 8 chemises blanches, rangées sur 8 cintres. Si j'achète une nouvelle chemise blanche, je suis obligé d'en sacrifier une. Je ne sais pas vous, mais moi je ne supporterais pas 9 cintres.

J'ai commencé à courir il y a douze ans. D'abord tous les dimanches. Puis deux fois par semaine, puis tous les jours, 100 tours de stade, pas un de plus, pas un de moins. J'ai commencé à me nourrir de graines, à boire des mélanges de sucres rapides (pour courir rapidement), des sucres lents (quand je cours lentement). J'avais trouvé mon rythme : tous les matins à six heures, je faisais 100 tours de stade, pas un de plus, ni un de moins : pile 40 kilomètres. Ensuite, petite douche et au travail. Mon travail c'est garde-barrière sur la ligne de chemin de fer Paris-Cherbourg. Comme j'ai tendance à m'endormir, parfois je ne relève pas la barrière entre deux trains, ça me permet de dormir plus longtemps.
Mon rêve c'est de gagner le premier marathon que je ferais vraiment, avec un dossard épinglé sur mon maillot, avec plein de gens puis moi qui finirai premier, loin devant. Je serai le premier pour mon premier marathon.
J'ai payé mon inscription, j'ai épinglé mon dossard, le numéro 4537, mais ça ne veut rien dire. Je serai quand même le premier. Il y a vraiment beaucoup de monde ce dimanche matin. Il y a des gens tout petits, des très grands, des tout maigres. Il y a aussi beaucoup de musique, un bonhomme qui hurle dans un micro et qui nous dit qu'on est tous formidables, que c'est pas grave de gagner ou pas, l'essentiel c'est de courir. Et puis soudain il hurle le compte à rebours 4, 3, 2, 1 c'est partiiiiiiiiiii ! Il a hurlé très longtemps, on a cru qu'il s'était coincé dans son micro.
Je cours depuis une heure, j'ai fait 20 kilomètres, il n'y a plus grand monde devant moi, on est à peine dix à courir ensemble. Il y a des petites pancartes orange qui annoncent les kilomètres. Moi j'ai l'habitude de compter les tours de stade et quand j'attaque le dernier kilomètre j'accélère, par plaisir. Tiens, ça y est, je viens de passer la pancarte 39, dernier kilomètre j'accélère, pour le plaisir, je suis en tête…
Et puis il y a eu la pancarte 40 mais pas de ligne d'arrivée en vue. J'attaquais mon 41ème kilomètre. Le kilomètre inconnu, le kilomètre que je n'avais jamais fait… et que j'étais incapable de faire. Alors je me suis arrêté, j'ai vu tout le monde me dépasser. J'ai réalisé qu'un marathon faisait 42,195 kilomètres. Demain je mangerais quatre biscottes.

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Ray dit Kourgarou · il y a
C'est grave d'en arriver à ce stade et de ne pouvoir y arriver, à l'arrivée... au stade.
Ah, là, rivé sur les 40, c'est rapé pour le marathon et comme le dieu solaire de l'Égypte antique, Aton, le parcours fut éphémère : faut dire que ce Dieu solaire, à force de se lever et se coucher chaque jour était épuisé, il en avait marre Aton de sa course après la nuit. 😋

J'ai bien apprécié cette histoire que j'ai parcourue tranquille, en marchant dans vos pas. Bravo.
👍

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