Au bord du fleuve, j'ai planté des fleurs, au cœur d'un jardin. Là chaque jour, le guetteur des mots surgit pour donner voix à la poésie moderne, bon vent à la plume que j'envie! Enseignant  [+]

Vers le crépuscule, ce jour-là, j'ai décidé d'aller me promener à la plage. Déjà ça faisait un sacré bout de temps que je n'y avais pas mis pied. Il faisait frais et j'empruntais cette grande rue présidentielle.

De Yantala à Goudel où longeaient çà et là, les différentes ambassades des pays amis. Le marché de Yantala était toujours animé. Les éventaires des marchands se dévoilaient à coup de chapeau, sans compter les étalages des bouchers. À première vue, une odeur piquante de viande vous tient à la gorge, sans oublier le tasty chicken.

Alors, dans un taxi qui me ramenait au bord du fleuve, j'étais coincé entre deux colosses. De temps en temps, celui de ma gauche crachait par la vitrine du véhicule Peugeot avec indifférence. Je me suis mis à les haïr, sans causes ni lois.

Enfin, nous faisions escale à Losso-Goungou où l'autre colosse, celui de ma droite, descendit, cédant sa place à une sublime beauté. Elle était d'un teint marron, très frappant d'ailleurs. Dès qu'elle s'asseyait à mes côtés, je lançai dans un français clair:

— Oh, je suis foutu, ce gars m'a vraiment eu, que faire maintenant ? Et notre affaire des millions, elle s'est évaporée, comme ça, dans la nature...

Cette petite fleur s'est mise à me regarder d'une de ces rares regards , toute mon âme vibrait. Je pensais que c'était le coup de foudre, mais je n'étais pas si sûr. Elle leva un peu son menton, je me suis mis à sentir son odeur, son aura de femme, en un moment donné, j'étais ivre. Je la voyais déjà dans mes bras, l'embrassais et la serrais. Elle m'a encore regardé, je souris, nage, plane, saute, sursaute, il a fallu un lourd klaxon pour m'arracher de ce rêve. Un camion venait de nous doubler à toute allure.

— Comment tu t'appelles déjà, ma jolie? Dis-je à cette fille en minijupe. Ces jambes étaient claires et son visage fin, des joues avec des fossettes, elle était d'une beauté époustouflante.

— Je m'appelle Binta, dit-elle finalement, sa voix était suave.

— Que faites-vous dans la vie?

— Je suis en deuxième année, au département de sociologie...

Je mordus un peu les lèvres, en détournant le regard. Je ne m'attendais pas. Je pensais que j'étais plus mature qu'elle.

— Et vous, monsieur ? Me jeta-t-elle à la figure.

J'avais voulu lui mentir parmi tous ces passagers. Le chauffeur remonta le volume de la radio auto, ça divulguait une chanson blouse. J'ai saisi cet instant pour prendre les commandes.

— Je suis en première année de droit... Dis-je sans broncher, je la fixe du regard pour qu'elle sente que je ne lui mens pas. Elle sourit, j'ai compris.

— Je vais au bord du fleuve pour me changer un peu les idées, si cela vous... reprit-elle, toute son âme inspirait la confiance.

— Ça tombe à pique, j'y vais aussi pour sillonner le coin, paraît-il, y a un bon resto, donc j'aimerais vraiment me régaler, je n'ai rien à faire à la house, alors j'ai tout le temps quoi...

À l'arrêt du véhicule, vers 20h, nous descendîmes sur la grande rue de la plage. Il n'y avait pas assez de people ce jour-là. On entendait au loin, des crapauds qui coassaient, tantôt des hiboux qui chantaient, des pigeons qui roucoulaient. Ici un âne qui brayait, un chien qui aboyait. Seule l'ampoule de la maison des jeunes, dressée à quelques cent mètres près, scintillait à travers un couloir.

En cours de route, je taquinais ma Binta, en la pinçant au dos, dans le noir. Elle prit plaisir à ce jeu de peur, de nostalgie mêlé à l'ironie, à la belle étoile.

Nous étions seuls, à respirer l'air frais. Arrivés juste au bord du fleuve, là où l'on pouvait sentir les eaux à hauteur des genoux, j'ai pris la main de Binta dans la mienne, ses yeux brillaient dans l'obscurité, son visage resplendissait. Elle sourit, je la serrais un peu dans mes bras, son jeune corps frisonnait, vibrait, amorçait. J'étais aux anges, elle me dit calmement, dans le creux de l'oreille:

— Chéri,  regarde notre nectar suave sur le fleuve...

Je ne comprenais pas tout de suite. Afin, après courte hésitation, je contemplais au milieu du courant, un bouquet de fleurs qui passait exprès pour nous saluer. Après quoi, je me retournais vers Binta, et l'embrassais longuement. 





« Je dirais plutôt, en matière d'amour, il n'y a pas de compte à rebours, c'est juste l'instant présent qui mérite son degré de considération. »
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De margotin · il y a
😉 une agréable lecture.
Je vous invite à découvrir mon Dessin. Merci beaucoup
https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/au-bord-de-la-plage-1

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Randolph · il y a
Ah, l'instant présent ! Qui déjà est passé ! Au fait, si vous passez par chez moi, il y a "éclats" qui vous attend ! Merci.
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Boubacar Mamoudou · il y a
Ohh, merci beaucoup Randolph !

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