Ne jamais dire jamais

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Je ne comprendrai jamais. La cruauté des hommes. C'est inexpliqué et inexplicable. Mais ce qui est fait est fait. Il est désormais trop tard pour revenir en arrière. Il faut aller au devant des choses.
Je m'appelle Angelina. Ça peut paraître bizarre, mais ce prénom est un dérivé du prénom de toutes mes grands-mères et arrières-grands-mères paternelles, qui portaient chacune le même : Angèle. Mes parents m'ont malgré tout prénommée Angelina, sans se préoccuper de la coutume. Mais je ne désirais pas vous parler de ça. Non, je voulais vous informer de quelque chose de bien plus important : la Terre se meurt.
Alors, les hommes, avant tout des animaux, ne pouvant plus survivre sur la planète bleue,ont cherché par tous les moyens à préserver leur espèce. Il ont envoyé dans l'espace un gigantesque vaisseau contenant des hommes et de quoi vivre pour plusieurs dizaines d'années.
Parmi ces hommes : moi, mon frère Marin et mes parents. Pourquoi envoyer dans l'espace toute cette population? Pour partir à la recherche d'une planète identique à la Terre, située dans une autre galaxie, Andromède, la plus proche voisine de la Voie Lactée, mais malgré tout située à des millions de kilomètres. Sur cette deuxième Terre, on espérait retrouver de l'eau, de l’air et, surtout, de la vie. Voilà pourquoi je me trouve ici, écrire ces quelques lignes, bien malgré moi, car je n'ai jamais désiré me trouver ici. Les futurs habitants de cette nouvelle Terre ont été tirés au sort. Mes parents n'ont donc pas choisi d'être ici. C'est fou comme le hasard a le pouvoir de changer les choses.
Je suis désespérée. Désespérée de ne jamais avoir connu la terre, désespérée de devoir vivre toute ma vie dans ce vaisseau. Mes parents le sont autant que moi, si ce n'est plus, parce qu’effectivement, eux, ils savent ce qu'ils perdent, car ils sont nés sur Terre. Mais ce qui me sauve de ce malheureux désespoir, moi, c’est Marin. Marin, mon petit frère pour toujours et à jamais. Mon petit frère que j'aime plus que tout au monde, ce monde que je ne connais pas. Alors je lui raconte à lui ce que mon père m'a raconté à moi, sur la Terre : les fleurs qui éclosent, le doux bruit de la rivière, le goût du vent sur la langue, le piaillement des oiseaux... La vie en général, quoi. Je veux qu’il connaisse autre chose que ce vaisseau, je veux qu’il rêve, je veux qu'il soit heureux.
Mais aujourd'hui, je m'inquiète plus que tout autre jour, je ne joue même plus sur le seul et unique piano du vaisseau. Effectivement, depuis désormais un mois, nous avons perdu tout contact avec la Terre. Nous manquons déjà de vivres et pourtant, nous n’avons parcouru qu'une infime partie du chemin jusqu'à cette planète, vers cette terre promise. Et les secousses, les tremblements et autres signes de danger imminent, se multiplient.
Soudain, le véhicule se secoue, semble s’ébrouer. Marin et moi, nous tombons à la renverse. Je l’attrape et le porte dans mes bras, je lui dis de ne pas s'inquiéter. En retour il me sourit et me demande, comme s’il avait parfaitement compris ce qui allait nous arriver mais il ne s'en inquiétait guère :
-Dis-moi, sœurette, on va où quand on meurt.
Je lui réponds, sans vraiment réfléchir, la réponse que m’ont donné mes parents depuis ma petite enfance :
-Quand on meurt, on va au ciel.
-Mais alors, puisque nous, on est déjà au ciel, c'est comme si on pouvait pas mourir, non?
Je lui souris à mon tour.
-Oui, c’est ça.
-Ou alors, comme si on était déjà mort, ajouta-t-il avec un air mi-malicieux, mi-septique.
Un grand tremblement ébranle le vaisseau.
-Je t'aime, frérot.

Des cris. Des hurlements. De joie. Non, impossible, jamais Angelina n'avait entendu des cris de joie. Pourquoi ? Car toutes les personnes présentes dans le vaisseau n'allaient jamais connaître la nouvelle Terre et que l'idée de mourir dans le véhicule ne les enchantaient guère.
Et pourtant, c’était bien tes cris de joie, reconnaissables entre tous. Des cris de joie qui ne pouvaient être que la cause d’un atterrissage. Impossible. La nouvelle planète bleue se situait encore à des millions de kilomètres. Jamais les habitants du vaisseau n'arriveraient au but final du voyage, et leurs enfants non plus, compte tenu de la distance qui restait à parcourir. Non, jamais. Sachez qu'il ne faut jamais dire jamais. Les passagers se penchaient aux hublots.Parmi eux,une jeune fille portant un enfant dans ses bras. Comme eux, elle se penchait aux hublots, embrassant du regard une longue étendue bleu foncé, bleu marine.
-Sœurette, c’est quoi ça, est-ce que c’est le mer? murmura l'enfant, fasciné.
-Oui, c'est ça, frangin, c'est la mer. Ou l’océan, je ne sais pas. Fut la réponse que lui rendit la fille en retour.
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