N'OUBLIE PAS DE FERMER LA PORTE DERRIÈRE MOI

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Rêveur et voyageur, j'espère que mes propositions vous séduiront. Merci par avance pour vos lectures et vos remarques  [+]

Je suis certainement en retard d’une heure ou deux. Mais après tout, qu’est ce que c’est une ou deux heures de retard dans une vie ?

Je suis allongé dans le couloir de l’entrée, à même le parquet, mes affaires éparpillées autour de moi. Il n’y a pas un bruit dans l’appartement. Le silence me rassure et m’effraie à la fois. D’un geste mécanique, je regarde l’heure sur mon téléphone portable. Mais plus je regarde, plus mon angoisse grandit. Je n’y peut rien, c’est comme ça.

J’ai une heure et demie de retard et la peur ne m’a pas quitté. J’ai toujours peur.

J’ai peur lorsque je dois prendre une décision, lorsque l’on me confie un dossier important au bureau, lorsque je dois décrocher le téléphone et appeler mes parents pour prendre de leurs nouvelles, lorsque je dois diner avec des amis et que je sais que je n’aurai rien d’intéressant à leur raconter, lorsque je suis au milieu de la foule, lorsque les nouvelles ne sont pas très bonnes au journal télévisé, lorsque le métro s'arrête dans un tunnel et que les lumières s'éteignent d'un seul coup, lorsque je dois aller voir le médecin ou que je dois aller faire une prise de sang pour un bilan de santé, lorsque le téléphone sonne ou que l'on frappe à la porte, lorsqu'un ballon éclate dans la rue ou qu'un enfant se met à hurler, lorsque je ne comprends pas une question que l’on me pose, lorsque je dois me rendre quelque part où je ne suis jamais allé, lorsque je dois prendre l’avion, lorsque l’on veut m’aimer...

Lorsque la peur m’attrape à bras le corps, je ne suis bien qu’enfermé chez moi, dans le noir. C’est assez rare que je réussisse à allumer une ampoule. Quand je commence à aller mieux, les pièces s’illuminent doucement et j’arrive à m’approcher de la fenêtre du salon pour regarder dans la rue. Je regarde, gourmand, les passants qui se pressent sur les trottoirs, les enfants qui jouent, les amoureux qui s’embrassent avant de poursuivre leur chemin. Je rêve de leur ressembler, mais c’est trop difficile, trop dure. Ma peur prend la forme d'un poids au creux de mon ventre, qui monte toujours dangereusement vers ma gorge. Malheureusement, je ne peux pas l’en faire sortir d'un simple vomissement. J’ai déjà essayé, mais cela n’a rien donné. Sinon que mes doigts sont remplis de bave ou de bile.

Mon téléphone portable vibre dans ma main. Je le lâche effrayé, évitant soigneusement de regarder le nom qui s’affiche sur l’écran. Mon retard s’allonge et grossi comme ma peur.

J’ai toujours eu peur. Mais il y a deux ans, j’ai réussi à passer une étape : j’ai accepté de me faire soigner. En tout cas, essayer. C’est une petite victoire et je m’en félicite les jours où tout va bien. Les jours où tout va mal, j’oublie tout. Il y a mon psy qui m'apprend l'art de la respiration, mon médecin qui renouvelle mon ordonnance pour mes traitements, mon pharmacien qui me propose de nouveaux médicaments, mon magasin bio qui me conseille des tisanes ou des huiles essentielles, ma mère qui me demande d'arrêter de me plaindre et au milieu de cette confusion, mes amis continuent de m’inviter à leur soirée en espérant que ma peur soit moins féroce. Ils sont tenaces, ils n’abandonnent jamais.

Je me redresse, je prends une grande respiration, je compte jusqu’à dix, je ramasse mes affaires et doucement, je me glisse dans ma chambre en prenant soin de fermer la porte derrière moi. Après tout, ce n’est pas grave si je ne sors pas ce soir, il y aura d’autres soirées.
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