Mystère ou Affabulation?

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C'est mon nom d'emprunt, il me va comme un gant. Une habituée de short depuis des lustres. Habituée aussi à ce que leur jury au fil des ans ne me décerne jamais rien, ni la gloire, ni les  [+]

Ne croyez surtout pas que chez nous, en Isère, il ne se passe rien, que notre vie est simple et tranquille... En vérité elle l’est. Cependant, certains évènements se produisent parfois les nuits de pleine lune.
C’est au printemps 2016 que tout a commencé, au Sappey. Perché au sommet de la montagne et perdu dans les bois, à vol d’oiseau de la Cuche et de la Morte, du lac Mort et des lacs de Laffrey, le Sappey est un petit hameau de mon village de St Barth. Depuis le Sappey, la vue sur la vallée de la Romanche est absolument sublime.
Au printemps 2016 donc, les habitants du coin ont entendu comme des hurlements démoniaques, éraillés, caverneux, rocailleux, des hurlements à hérisser le poil, à donner la chair de poule! Ce fut là le premier épisode de l’histoire qui a perduré les deux années suivantes. Un mystère à éclaircir, mais pas beaucoup d’aventuriers pour aller voir de plus près !
En 2018, Maurice Mistral, originaire de la Mure, muni d’un missel et d’une croix s’est aventuré dans les profondeurs du bois pour éradiquer l’auteur des cris qu’on croyait être le Diable ! L’année précédente, un certain Aimé Valentin de Vizille, avait fait la même tentative, armé jusqu’aux dents, mais aucune détonation n’avait retenti. Les deux téméraires ont juré leurs grands Dieux qu’ils n’avaient rien vu ! Une battue également avait été organisée par des chasseurs, ils sont revenus bredouilles.
Cependant, mis à part ce cas particulier, notre région est hospitalière, c’est moi qui vous le dis, la mamie de Saint Barth. Ici, comme ailleurs, le printemps chasse l’hiver, l’air devient plus doux, la nature se réveille. Crocus, primevères, violettes, pieds de chat ou jonquilles parsèment les talus et les près de leurs notes colorées. Les arbres fruitiers déjà fleurissent... Bientôt une végétation dense recouvrira nos montagnes, et la faune vivra cachée à l’abri des regards.
L’occasion est trop belle de vous parler des hôtes de ces bois, juste la saisir au vol... Déjà les oiseaux. Si certains viennent me réveiller avec une douce mélodie dès l’aube, ainsi que le coq du voisin, je ne vois plus d’hirondelles, et presque pas ou peu de moineaux. Le coucou je l’entends, ainsi que le hibou et le pic vert. Mais hélas, nos oiseaux se font plus rares à cause de la disparition progressive des écosystèmes dont ils dépendent tous. Pendant combien d’étés encore pourrai-je entendre le joyeux concert des grillons qui stridulent dans le champ voisin ? Je ne me lasserai jamais d’écouter les sons, de humer les odeurs, muette d’admiration devant cette vitalité dont seule la nature détient le secret. Pauvre nature qui souffre de tant d’ingratitude !
Il faut que je vous avoue qu’un jour, alors que nos sentiers n’étaient plus entretenus, je me suis égarée, distraite par cette beauté sauvage éblouie par la flore, amusée par les animaux qui fuyaient à mon approche... Le torrent le Grand Riff grossi par la fonte des neiges, entravait ma marche, mais bien m’en a pris de prendre des risques, car j’ai découvert cachée derrière un épais buisson... une ancienne mine... La fameuse mine des chercheurs  d’or ! Une bête en surveillait l’entrée, le Dahu! Je n’en reviens toujours pas. Ce jour-là, le hasard m’a permis de résoudre l’énigme des bruits mystérieux... Mais depuis, je fais la bête et je me tais...
Quand j’entends le brame du cerf, Je pense aux biches avec leurs petits. J’imagine les Chevreuils, les mouflons les bouquetins qui redécouvrent avec délice le goût des feuilles et de l’herbe tendre, les castors qui reconstruisent inlassablement leurs barrages, les écureuils dont la réserve en nourriture doit être épuisée, les renards, les blaireaux, les fouines, les lapins de garenne qui sortent de leurs terriers, et bien sûr les sangliers, bêtes noires des chasseurs,  qui prolifèrent... Pourquoi alors pratiquent-ils encore des agrainages ?
J’aime aussi quand nos animaux d’élevage quittent enfin leurs étables, écuries, porcheries, réveillant leurs corps engourdis, ivres de liberté retrouvée. À eux les alpages, à eux les verts pâturages où une herbe tendre et grasse mélangée aux fleurs leur offre un mets de choix ! Tous ne sont pas à la même enseigne et ne fouleront pas les prairies ! La liberté a un prix toutefois, car le loup veille, les bergers et les patous surveillent ! Gare s’ils sont distraits par ailleurs, ou bien absents ! Et tant pis si je me fais l’avocat du diable... J’aime à penser que chacun a le droit de vivre...
Mais revenons à nos moutons, si j’ose dire... Aujourd’hui cinq avril le risque est au maximum. La lune toute belle et toute ronde va illuminer la nuit. Le phénomène s’est transmis de bouche à oreilles et a dépassé les limites du département. Les médias ont relaté les faits. Les curieux viennent de partout pour voir ou entendre la bête. En cette fin d’après-midi, tout un monde disparate se côtoie et envahit la place du Sappey. Il y a là des photographes, des médiums et même notre curé ! Les Sappeyards, les Cujalas, quelques Curôtis, les habitants de Sèchilienne, des élus de tous bords, mais aussi des gendarmes, tous sont là pour analyser les faits... Ou comprendre pourquoi les habitants du lieu ont inventé une histoire pareille. Une supercherie pour attirer le chaland et tenir le beau monde en haleine ? Pour prouver que les gens de la campagne peuvent eux aussi, en paysans malins,  captiver l’audimat, créer l’évènementiel et faire sensation ?
Mais ce soir, dans nos montagnes qui deviennent des terrains de jeux, le monstre ne s’est point manifesté...Dommage !

À propos, au sujet du Dahu, et d’une ré-exploitation possible de la mine qui comme chacun sait est à l’abandon depuis des lustres, j’ai négocié mon silence... contre quelques pépites d’or !

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