Mort par procuration

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Auteur de six manuscrits en vente sur le site Amazon -Trafic sans Escale 06/2016 -Wanted 04/2017 -Un indigène dans la Carlingue 06/2017 ->Une ligne de trop 01/2018 -Alliance douteuse -Angel  [+]

Bernard vit dans l’isolement, cloîtré dans son HLM, ce retraité de soixante-cinq ans, est à bout, il ne se remet pas de la disparition de son épouse, il erre de pièce en pièce, la monotonie de cette vie décousue le ronge depuis déjà deux ans.
En cette matinée du deux novembre 2016, il ne songe qu’à une chose, la rejoindre, mais le courage lui manque, se jeter dans le vide du haut de son balcon, non il ne peut pas, il risquerait de blesser une âme égarée dans sa chute et c’est contraire à ses principes, alors il sort pour s’aérer, un besoin d’évasion.
Il arpente les rues d’un pas lent et serein, l’air hagard, il contemple les dégradations faites cette nuit, des abris-bus endommagés, des véhicules incendiés, des jeunes désœuvrés, qui s’adonnent à des trafics ne prennent même pas la peine de le saluer, quel éducation se dit-il, la cité des Tarterêts a beaucoup changé, il se remémore son arrivée à Corbeil-Essonnes en 1962, en compagnie de sa charmante épouse Lucienne.
Il ne roulait pas sur l’or à l’époque, il occupait un petit emploi d’ajusteur dans une petite société, qui a mit les clés sous la porte, il y a quinze ans, s’en est suivi une période noire, de galère, enchaînant chômage et petits boulot, mais la présence de sa femme à ses côtés lui donnait le courage d’avancer.
C’est le crabe qui l’a prise, une longue agonie puis la fin, ils rêvaient de soleil, avec ses petites économies, il lui avait promis, un petit coin de paradis, à Cassis, mais elle n’est plus là, ils n’ont pas eu d’enfant, ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais une stérilité, le médecin parle d’infertilité à cause d’un problème hormonale, ce jargon il n’y comprend rien, lui il attribut ça à un manque de chance, un coup du sort.
Il fait frisquet, il entre dans un bar et s’assoit à sa table habituel, le patron lui apporte un petit blanc et le salut :
—Alors Bernard la forme ?
Il a une bonne bouille, Léon très jovial, il tient cet établissement depuis plus de vingt ans, un record dans le quartier, où les commerces ferment l’un après l’autre, il lui répond laconiquement :
—Très bien, laisse la carafe je risque de m’attarder.
Un jeune l’accoste :
—Vous n’auriez pas deux euros ?
Encore un junkie, quel allure à peine dix-huit ans, un état lamentable, c’est les actifs qui paient nos retraites, lui il est dégagé des obligations pour sûre, par courtoisie, il l’invite :
—Assied-toi, tu es le fils à Paul, du cinquième.
—Oui monsieur, je vous connais.
Tu parles, il l’a vu grandir, il n’entretient pas de bonnes relations avec le père, un fainéant qui passe sa vie à jouer aux courses, toujours sans le sou, négligeant sa famille, il enchaîne :
—Et les études, tu paraissais très doué, t’as tout plaqué dommage.
Lucas baisse les yeux, les serments il ne tient à en recevoir de personne, il se lève brusquement, Bernard le retient et lui glisse un billet de dix euros, en lui souhaitant :
—Fais-en bonne usage.
Ce n'est pas Byzance, mais il faut s'en contenter, insuffisant pour s’acheter une dose, mais largement assez pour se défoncer, avec du vin bon marché, chienne de vie, Lucas prend congé en ne manquant pas de le remercier.
Cinq verres c’est trop, il faut penser au repas, faire les courses à la supérette et rentrer, des crissements de pneus, des pétarades, des cris, soudain il tombe, une voiture passe en trombe, les secours ne tarde pas à arriver, trop tard Bernard a succombé à sa terrible blessure, une balle en plein cœur, un règlement de compte entre bandes rivales, a mis fin à son calvaire.
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