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Mon esprit intact au pied du fourrage

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Nous jouons contre la montre et la carte du temps.
Celui qu'il fait, celui qu'il fera.
La neige se glisse sous nos pas, le sol commence son repos glacé et avec lui, celui des arbres, de leurs racines au bout de leurs branches.
Nous n'avons pas de racine, nous n'avons pas le temps.
La tension monte, ne pas parler, penser à peine, réfléchir, oui.
L'organisation, les enfants, les bêtes, les trajets, le foin, la traite, le lait, sa transformation, le chantier.
Rester concentré sur le chantier.
Et si tout cela ne servait à rien ?
Et si demain notre installation devenait caduque, une fois de plus, encore une droite dans les dents ?
Chasser cette idée.
Oublier le passé, les deux pieds dans le présent, seulement le présent.
Réfléchir, compter le temps imparti pour la tâche quotidienne.
Combien de pas en une journée ?
Combien de poids porté ?
Comment le porter ?
Ne pas se perdre!
Réfléchir pour gagner du temps..
Gagner ?
Illusoire espérance.
Ne pas perdre.
La neige, la neige est annoncée, l'hiver serait-il déjà là?
Non.
Pas tant que toutes nos bêtes ne soient à l'abri,
pas tant que le tunnel ne soit debout,
pas tant que nous n'ayons tendu la bâche au dessus de leur tête, de leur corps, de leur vapeur et de leur regard.
Réfléchir rapidement mais bien,
avancer la tête haute,
maintenir l'esprit loin des nuages et loin des projections.
Les deux pieds dans le présent, l'immédiat,
dans le présent, pas le futur!
ou alors celui qu'on touche en regardant sa montre.
Se projeter?
dans un mois, deux, six, douze..
Le VER-TI-GE...
Pas de prairies pour l'année qu'on attaquera au printemps,
pas de prairies ?
pas de lait.
Pas de lait ?
Pas de revenu.
Et les investissements d'aujourd'hui ?
Quel futur pour payer ces investissements ?
L'angoisse à nouveau...
LES DEUX PIEDS DANS LE PRÉSENT!!
Garder la lumière,
trouver la ressource,
prendre deux secondes de son temps pour s'interroger,
D'où je puise ces ressources?
Le vertige à nouveau,
puis la nuit succède à la course.
Nourrir les bêtes,
ralentir la cadence,
poser son esprit à côté de la botte de foin,
mettre un voile d'oubli en suspens au dessus de lui,
regarder les vaches, les chèvres, les brebis, les chiens à la lumière des phares,
voir danser leur ombre,
admirer la buée de leur corps dans le froid tombé,
respirer cette odeur,
fermer les yeux,
reprendre la fourche,
et ne s'occuper que du foin dans les auges,
que du soin aux animaux.
Reprendre pied lentement et à nouveau réfléchir à demain,
son organisation et son déroulement et ce, quelque soit le temps qu'il fera.
Elle est là..la source où je puise tous les jours de quoi mettre debout le mental,
en troupeau, entrain de me fixer face à la diagonale lumineuse de la voiture dans la nuit.
Elle est là, patiente et constante la source.

Je ramasse mon esprit intact au pied du fourrage.
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