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Mon Bonheur

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Fabien Magarelli

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Comme tout le monde, j’ai des moments de faiblesse. Quand ça m’arrive, je recherche du bonheur, plutôt je m’achète du bonheur. Pour moi, il a une forme, il est plat, rond et fait sept, dix ou douze pouces. Il existe de toutes les couleurs, plus souvent noir, il peut aussi être transparent, blanc, rose, jaune, orange, bleu, gris, rouge, bicolore, multicolore. Il est généralement emballé dans une belle pochette pour le protéger. Ce morceau de plastique porte le nom de disque microsillon, mais il est plus communément appelé disque vinyle.

Mon bonheur transporte de la musique à son bord et c’est tout un rituel. D’abord, il faut le trouver, chercher dans les bacs pendant des heures parfois, pour trouver la ou les perles du jour. Ces trouvailles apportent une joie particulière et ce n’est que la première étape. Sur internet aussi il y a de la recherche, mais elle a moins de saveur. Le contact est essentiel pour ce support analogique. Il y a une époque où il était accessible à tous ; aujourd’hui, c’est moins évident. Ne serait-ce que pour le matériel, les installations vintage de qualité en fonction sont assez recherchées et les récentes sont souvent hors de prix. Entre-deux, il y a les débrouillards, ceux qui compose une installation avec les milieux de gamme du marché actuel. Le minimum de matériel requis est bien sûr une platine vinyle accompagnée d’un ampli solide et une paire d’enceintes qui tiennent la route. Pour certaines platines, un préampli est nécessaire ; personnellement, j’ai choisi un préampli à lampes pour accentuer la chaleur du son ; bien que le disque en renferme déjà beaucoup.

C’est là que je rentre chez moi avec ma ou mes prises. Je déballe les disques, j’admire les artworks, je regarde le disque et je le pose sur le plateau. Je lance la rotation à la vitesse exigée et dépose la cellule porteuse du diamant de lecture sur le microsillon. La magie se produit à ce moment-là. La musique sort littéralement du disque et est captée par les amplis qui l’envoie jusqu’aux enceintes. Le son cristallin sort et vient percuter mes tympans, les vibrations me dressent les poils, parfois même, les larmes coulent. L’émotion ressentie à l’écoute d’un disque est aussi variable que les genres de musique sont différents. La profondeur apportée par le support vinyle ne touche pas tout le monde, mais elle m’a touché il y a plus de dix ans et comme un premier orgasme, je cherche à en reproduire les sensations. Aujourd’hui, j’ai presque huit cents galettes dans ma collection et je ne suis pas prêt de m’arrêter. Je ne suis pas sensible aux addictions, mais celle-ci me ronge.

Finalement, quand je suis faible, une autre faiblesse ressurgit, mon addiction aux disques.

Un jour, je finirais par quitter ce monde et une société propose de transformer notre dépouille en disque vinyle. Je crois que cette option me plait beaucoup, devenir l’objet qu’on aime le plus.
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