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Mon ami Pierre..

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Hamid Soltani

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Paris 1 janvier 1875, j’avais seulement 15 ans, je m’appelais Lucien..
Nous étions là posés sur un banc aux buttes Chaumont moi et mon nouveau compagnon de route, Pierre. Il était toujours affublé d’un haut de forme semblable à un tuyau de poêle, comme disait souvent ma mère un peu moqueuse.. Ce nouveau parc où nous étions avait été conçu quelques années auparavant, il était magnifique et faisait la fierté de tous les riverains. Selon Pierre ce grand jardin de vingt hectares avaient été inauguré par Napoléon, je ne l’avais pas vraiment cru car nous savions tous que l’empereur avait vécu du temps de la révolution française de 1789 et qu’il était bien mort depuis plus de cinquante ans chez sa tante Hélène je crois, une sainte..
Ce matin là, je profitais des petites brises de vent qui venaient me fouetter le visage.  Le cauchemar de 1871 était loin derrière nous, plus de quatre mois où Paris avait été assiégé par les prussiens nous privant de tout et surtout de nourriture.. Désormais c’était loin car nous mangions une fois par jour et parfois même lorsque mère réussissait à vendre quelques chaussettes nous avions droit à un deuxième repas.. A présent ce qui m’importait était d’être près de lui, je faisais l’école buissonnière pour l’écouter car dans mon cœur il était un peu comme un second père. Le mien n’avait pas eu cette chance, il nous avait quitté l’année dernière ma mère et moi, foudroyé par la tuberculose à seulement trente neuf ans... J’étais ici à l’écoute de ce complice dont je ne me lassais pas d’admirer l’éloquence et le savoir en me persuadant d’en connaitre un jour autant lorsque comme lui j’aurais atteint l’âge étonnant de 60 ans..
«Un peu comme Pierre je connaissais bien quelques mots, surtout les nouveaux, mais lui c’était extraordinaire il connaissait les anciens, les nouveaux, les tout jeunes et même ceux qui allaient bientôt arriver. »
Ce vieil homme toujours dans un habit soigné en savait plus que le contenu de toutes les bibliothèques du monde, du moins c’est ce que pensait mon maitre d’école.
Il avait réponse à tout, il était comme un livre ouvert. Grâce à lui je commençais à élargir mes connaissances et plus je le consultais et plus je me rendais compte que j’ignorais tout. Il arrivait même à me surprendre avec des dessins en couleurs ou des photographies en noir et blanc. J’en avais rarement vu d’aussi belles. Un jour lorsque j’aurais deux ou trois francs j’irais chez Nicéphore  le photographe le plus connu sur la place de la commune pour qu’il me prenne en photo. En tout cas, grâce à lui j’avais découvert ma voie, quand je serais grand j’écrirais, et divertirais les foules avec mes mots jusqu’à l’usure de ma plume, de ma voix ou de mes yeux ; pour mieux offrir aux jeunes jouvencelles de Montmartre mes plus belles correspondances.
Deux jours plus tard, le 3 janvier je revis Pierre pour de nouvelles discussions, je fis alors une petite remarque sur son nom de famille que je trouvais très féminin et drôle à la fois. Ses sourcils sont alors remontés brutalement, il hocha la tête de gauche à droite en caressant de sa main sa barbe vers le sol puis virevolta subitement du haut de ses souliers à la manière des gens d’armes entrechocant ses semelles de bois sur les pavés parisiens. Il s’en alla sans mot dire, sa silhouette s’estompait petit à petit  pénétrant un épais nuage apparu aussi soudainement que le départ de mon compagnon.  Pour la première fois depuis que je le connaissais, il me quitta sans délivrer une phrase, un mot ou même une lettre. Il était vraisemblablement très fâché. Je n’aurais jamais imaginé à l’époque du haut de mes quinze ans que l’on puisse s’offusqué de la sorte pour une moquerie sur un nom.. Mes camarades d’écoles pourtant eux ne se privaient pas de déformer chaque jour mon patronyme en m’appelant Lucien la guigne au lieu de Lucien Guitry.. Peu m’’importait à l’époque leurs railleries puisqu’un jour grâce à mes écrits je leurs renverrais au visage mes pitreries ou contrepèteries, qu’ils ne déchiffreront sans doute pas d’ailleurs.. En attendant, lui mon ami n’avait pas eu cet esprit un peu joueur, si j’avais su.. Je ne l’ai plus jamais revu depuis en ce jour du 3 janvier 1875, il me manque mon ami Pierre Larousse..
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Joëlle Brethes · il y a
Héhé… Vous vous glissez à merveille dans la peau de "grands" personnages à qui vous offrez de nouvelles "aventures"... J'aime beaucoup !
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Hamid Soltani · il y a
Oui c'est ma marque de Fabrique redessiner le monde en prenant un autre chemin ou redonner vie à un personnage..
je vais aller lire ce que tu écris.. tiens

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Hamid Soltani · il y a
obrigado
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Ratiba Nasri · il y a
Une belle histoire qui nous fait voyager dans le passé.
La chute est superbe et emplie d'humour. On découvre alors la véritable identité de l'ami Pierre (le vrai Larousse) et on sourit en comprenant ce qui a motivé son départ ;-)

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Hamid Soltani · il y a
Merci Ratiba ..
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