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C’est un reflet dans un miroir. Un corps dénudé, voûté, un regard tremblant qui se refuse à fixer trop longtemps. C’est le reflet d’un corps frêle. Le reflet d’une blessure béante, criarde mais dissimulée. C’est une image sur une vitre réfléchissante, une image animée dont le cœur bat doucereusement.

Une image ou la réalité ?

En face de la grande glace, l’enfant dont le reflet détonne. Ses doigts s’accrochent et se décrochent, passent le long de ses hanches avant se retrouver jointes de plus belle. Puis le corps se détend, le menton se redresse. A mesure que passent les secondes, le regard dans le reflet gagne un semblant d’assurance. Loin des regards inquisiteurs, le corps s’ouvre, la posture s’ajuste. Le visage dans la glace s’orne d’un timide sourire. Les yeux s’ouvrent grands, bien que ternes. Les lèvres s’entrouvrent, un murmure reste suspendu dans un souffle, inaudible. Un bruit survient ; un objet qui chute, sans l’ombre d’un doute. Le reflet s’emmure de nouveau, voûté, effrayé tel un animal effarouché. Les yeux au sol, l’enfant s’éloigne ; seule son ombre est entière.

L’enfant qu’elle fut il y a peu n’est plus vraiment. Son moi profond se cache, enfouie si profondément qu’elle peine à se reconnaître. Mais personne n’en a conscience, pas même elle.
Comment le pourrait-elle ? Elle n’a que sept ans, presque huit. Sept ans, et à mesure que d’autres se construisent, elle se contente d’imaginer, privée de son identité.
A l’école, peu à peu, un sobriquet se substitue à son prénom. Même certains de ses « amis » s’en amusent. Dès lors, son prénom ne s’entendit presque plus en dehors de la classe. « Miss-crotte-de-nez », c’est tellement plus rigolo. Elle accueillait d’un sourire les moqueries insistantes.
Mais passé le CE1 cela devint lourd et pesant. Ajoutons cela aux facilités, aux -trop nombreuses-inattentions et un énième rhume, et bientôt elle fut la cible parfaite.


Son seul méfait fut d’aimer apprendre et partager ses acquis, ce qu’ils prirent pour de l’arrogance.
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