Mission périlleuse

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Je vous souhaite la bienvenue sur ma page ! LA VOLONTÉ DES CIMES, nouvel opus dans le concours Portez haut les couleurs, vient de paraître. Bonne lecture pour respirer l’air de mes  [+]

Image de Printemps 2021

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Les étudiants n'ont pas les poches cousues d'or ces temps-ci.
Avec ma chance légendaire, moi qui étais déjà privé de mon job de serveur en soirée au bar des Amis, voilà que pour la deuxième fois j'ai raté mon contrôle continu.

Que je doive tripler ma première année de fac de lettres parce j'ai connu une année de galère sentimentale qui aurait eu raison du cœur le plus endurci n'est pas entré dans les capacités de compréhension de mes parents.
Ils viennent de me couper les vivres, alors je m'accroche, et je fais les petites annonces du tableau d'affichage...

J'en ai trouvé une qui m'a tenté :
« Cherche étudiant. e pour prendre soin d'un animal de compagnie pendant deux mois pour cause d'absence. Bonne rémunération. »
Bien que l'écriture inclusive soit devenue quasi obligatoire sur ce panneau, sous peine de risquer le boycott de l'annonce qui oserait s'en passer, je me suis dit que même un garçon pouvait tenter sa chance et j'ai appelé le numéro affiché sur une des bandelettes à détacher.

Au téléphone, une voix masculine me donna des instructions.
On me porterait l'animal le lendemain, avec tout le matériel nécessaire pour son entretien.
En plus des 300 € mensuels de défraiement, on me fournirait la somme nécessaire à l'achat de la nourriture, dont je devrais me charger, car l'animal ne mangeait ni surgelés ni nourriture en boîte, il ne supportait que le frais.
Va pour le frais. Avec les cours en distanciel en demi-journée, il me resterait du temps à consacrer à ces achats, pensais-je.

De quelle taille était le chien ? Je n'ai pas pensé à le demander, j'avais juste le prénom de l'animal : Nestor, et les trois cents euros mensuels qui me faisaient de l'œil... une somme confortable en complément de ce que j'avais eu le nez creux d'économiser.

Vincent, l'heureux maître de l'animal, se présenta à l'heure dite chez moi. J'occupe un studio obligeamment prêté par ma tante, qui, elle, se soucie comme d'une guigne de mes échecs aux examens :
du moment que tu es heureux, me dit-elle... Je lui ai caché mes pitoyables ruptures amoureuses, elle me croit encore en couple avec celle qui m'a froidement largué par texto.
Si ma tante savait dans quelle galère je me suis fourré...

Le Vincent en question se pointa donc chez moi : quadra dégingandé, yeux bleu glacier au-dessus du masque, cheveux d'un noir de jais, veste décontractée, jean de marque, mocassins cirés.
Bizarrement, il me demanda de descendre l'aider à transporter l'animal et le matériel. Je ne pipai mot, bien que cela m'étonnât : le chien devait après tout, être de bonne taille, et son panier, imposant.

J'arrivai avec lui devant sa berline noire dont il ouvrit le coffre avec dextérité, et je ne distinguai qu'un parallélépipède couvert d'un drap.
Je commençais à me méfier, j'aurais dû poser plus de questions.
Quand Vincent souleva le drap, et me dit « Voilà Nestor », je manquai tourner de l'œil. Je me trouvais devant un terrarium occupé par un python endormi, bien occupé, même, à la digestion de sa dernière proie.

Vincent était pressé. Il passait juste après récupérer épouse et valises avant de filer sur sa villégiature de confinement, où il devait impérativement arriver avant dix-neuf heures sous peine d'amende salée.
Je me maudissais ! Habitué que j'étais à garder des chiens ou des chats, j'avais gobé comme une huître pas fraîche le mensonge par omission de mon sponsor.
« Animal tranquille et facile à vivre, nourriture fraîche requise, peu de sorties nécessaires ».
Voire...
Il était trop tard... et puis deux fois trois cents euros, ça ne se refuse pas, même au prix d'un serpent à nourrir...
Même si, comme moi, on déteste viscéralement la gent rampante depuis qu'on a été piqué par une vipère dans le champ des voisins, à dix ans...
Vincent m'expliqua que son NAC, son « nouvel animal de compagnie », avait avalé sa dernière souris vivante deux jours plus tôt.

Il était jeune, il faudrait lui en fournir une nouvelle dans une semaine, veiller à chauffer et nettoyer le terrarium et à bien l'aérer par le haut.
Belle bête, ce python royal, il avait des écailles noires et dorées élégamment agencées, et une tête couronnée de saphir. Mais j'évitai de trop le regarder.
Je reçus mon premier mois de salaire en espèces, et la somme destinée à l'achat d'une souris hebdomadaire.

Les premières nuits furent peuplées de cauchemars, je rêvais que Nestor venait m'étouffer, me faisant subir le sort de Laocoon, broyé par deux serpents avec ses fils sur les rivages de l'antique Troie.
Peu importait que Nestor mesurât à peine un mètre et fût bien incapable de s'enrouler autour de moi, mais ne pouvait-il pas m'étrangler ?

Nuit après nuit, je dormis de mieux en mieux et je ne me préoccupai plus de Nestor, lui fournissant juste de l'eau fraîche pour le cas où sa digestion souricière lui donnerait quelque sensation de soif en se réveillant.

Et puis arriva le moment où Nestor se réveilla et où je dus songer à me procurer la deuxième proie vivante dans une animalerie.
Ce qui me crevait le cœur, je dois l'avouer.
Mais le devoir était le devoir. J'eus du mal à dénicher l'objet de la convoitise de Nestor, les vendeurs me répondaient que l'on donnait aux serpents comme Nestor des souris surgelées.
Enfin, au bout de la troisième animalerie, je pus faire l'acquisition de la future victime du python.

Quand vais-je enfin sortir des urgences ? Ça fait déjà quatre heures que j'attends, avec mon masque qui m'étouffe et deux doigts mordus jusqu'à l'os par le repas de Nestor. Je souffre le martyre, il faut qu'on me recouse cette affreuse plaie.
Vincent m'avait averti pourtant.
« Faites bien attention ! La souris peut mordre ».

Minnie s'est bien débattue, c'est une souris, pas une idiote...
Et Nestor qui risque de mourir de faim chez moi, sans son repas !
Je fais décidément une bien mauvaise nounou de NAC, je vais m'en tenir aux félins, et pour les souris, qu'ils se débrouillent seuls !
À condition qu'on ne me refile pas un bébé tigre !
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Jean-Pierre MAHE · il y a
Bien vu, merci pour ce propos marrant (et peut etre vécu) sur la dérive de la compagnie animalière
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Brigitte Bardou · il y a
Je découvre ce texte plein d’humour et c’est un vrai plaisir. Il me semble que les animaux vous inspirent souvent, Fred.
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Fred Panassac · il y a
Ah oui en effet c’est vrai, c’est à l’insu de mon plein gré que ce thème revient vers moi !
Merci d’être passée, Brigitte !

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Orlando Granger · il y a
Du suspense et quelques frissons...
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Line Chatau · il y a
J'aime beaucoup ce texte plein d'humour mais qui nous rappelle que beaucoup d'étudiants vivent des galères difficiles à imaginer!
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Fred Panassac · il y a
Merci beaucoup, Line, pour votre sympathique passage et l’intérêt porté à mon histoire d’étudiant en galère.
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JHC · il y a
Revote :)
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Fred Panassac · il y a
Merci beaucoup, JHC !
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Jean-Yves Duchemin · il y a
J'ai passé un agréable moment de lecture, comme j'en passe tant d'écriture, merci :)
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Fred Panassac · il y a
Merci pour votre retour par ici après le piratage !
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Françoise Mornas · il y a
Bien agréable, ce texte amusant et plein d'humour. Merci Fred de cette histoire qui fait sourire, bien utile dans le contexte actuel !
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Fred Panassac · il y a
Merci Françoise ! Une journée où l’on rit est une petite lumière allumée !
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Cali Mero · il y a
C'était pas le python le plus dangereux, mais une souris qui défendait sa peau... Joli FRED
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Fred Panassac · il y a
Merci Gina d’être venue nourrir la gamelle de mon NAC 😉
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Ginette Flora Amouma · il y a
J'ai bien aimé lire votre texte toujours très fourni et propice à de belles surprises .
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Fred Panassac · il y a
Merci Ginette d’avoir apprécié ce divertissement !

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