Migration

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Au jardin public, dès l'aube, l'animation règne. Les arbres ruissellent de papillotements, les feuilles s'ébrouent sous les ailes des oiseaux attirés par le soleil levant. C'est l'effervescence car le grand départ vers des pays lointains est prévu pour le lendemain. Avant le signal, les oiseaux se rendent, une dernière fois, sur la place du village. Celle-ci est couverte de miettes de pain.
- Quel festin ! Disent les merles et les tourterelles.
Personne ne rate ce rendez-vous... sauf Mail, surnommé l'oiseau "Frivole" ou encore celui au "plumage océan". Lorsqu'il arrive, il n'y a presque plus personne.
- Où étais-tu cette fois-ci ? Demande Coupevent
- Euh! Je m'étais endormi dans le merisier.
- Dis plutôt dans les bras de Cerisaie, plaisante Meletout.
- Il est vrai qu'elle est très belle, répond Mail tout en picorant quelques miettes entre les pavés.

La nuit est tombée. La place semble déserte à présent. Déserte ? Pas vraiment. Clodo, le clochard, recherche un banc pour se reposer.
- Hé! Le piaf ! T'es un solitaire, toi aussi. Ne reste pas trop longtemps ici, des chats rôdent la nuit. Ah! Voilà mon banc!
Clodo se couche et s'endort. Mail est de nouveau tout seul. Il décide de rentrer.
- Comment retrouver mon chemin? Les autres sont déjà loin, se dit-il.
En plein vol, Mail sent une boule dans la gorge. Il ne sait jamais d'où il vient, il ne sait jamais où il va. Mail est perdu, il a peur. Il n'a jamais osé l'avouer : il n'a pas le sens de l'orientation. Peut-être ne l'a-t-il jamais eu, peut-être est-il né comme cela. Pour lui le monde est un labyrinthe changeant à chaque instant. Les vents battent dans le coeur du ciel, il les écoute avec attention mais ne perçoit pas leurs directions.
- Guidez-moi, demande Mail.
Les vents répondent, mais l'oiseau ne comprend pas. À gauche ! À droite ! À droite ! À gauche ! Tout droit, en arrière ! Ouh ! C'est trop compliqué. Il a faim, soif, il est fatigué. Soudain, au loin, il aperçoit des pigeons voyageurs qui admirent leur reflet dans des flaques d'eau. La gorge gonflée, ils se vantent et se trouvent beaux.
- Je serai la vedette du journal : ils m'ont pris en photo. Je te le dis, moi Colombo de la Pétarade.
- Tu délires mon pauvre, ils parleront de mon chant plus mélodieux que celui du rossignol du japon.
- Vous rêvez ! Avez-vous regardé mes insignes ? Croix de petits-pois, Croix d'haricots verts.
- Si tu continues, tu finiras en conserve...

Mail en a assez entendu. Il s'enfuit. Il a très soif.
- À boire ! Vite !
En contre-bas, dans un quartier où la sueur de la ville s'évapore, l'oiseau "Frivole" plonge vers une fontaine et boit à grandes goulées.
- Ah ! Quel goût bizzare.
La tête lui tourne. Il croit voir le visage de son amoureuse, Cerisaie.
- Oh ! Ça ne va vraiment pas bien, gémit-il.
Il s'ébroue, tente de se reprendre, boit encore, persuadé que l'eau de la fontaine lui donnera la force de rentrer chez lui. Mail est de plus en plus malade, le monde n'est plus comme d'habitude. Il appelle ses amis, mais personne ne l'entend. Lorsqu'il aperçoit la pancarte "Eau non potable", il est déjà trop tard, il sait d'où son malaise vient.
En titubant, il reprend son envol et atterrit dans une décharge publique.
- Mince, où suis-je encore ?

Pendant ce temps, Cerisaie s'inquiète. De toute la journée jusqu'à la descente du soleil dans les bras de la terre, elle n'a pas revu son amoureux. Elle ne partira pas vers les pays lointains sans lui. Son instinct est sans faille, les battements de son coeur lui indiquent que Mail est en danger.
Non loin d'une source d'eau, elle découvre une plume bleue océan et s'affole. Vite, elle doit le retrouver, très rapidement.
Un chat sauvage, tapi dans l'herbe, s'approche. Préoccupée par le sort de son ami, Cerisaie n'entend pas le félin. Les pigeons voyageurs passant par là, sauvent de justesse la belle en détournant l'attention du chat. Le félin s'éloigne, furieux d'avoir raté une si bonne proie.
- Merci mes amis ! leur crie Cerisaie, avez-vous vu un oiseau qui me ressemble ?
- Non, non, belle dame, répond l'un d'entre eux.

Cerisaie reprend sa course folle, son coeur bat à se rompre. Pour retrouver Mail, elle doit changer sa façon de penser, elle ne doit pas utiliser son sens de l'orientation, mais faire appel à son intuition. Elle prend une autre direction, loin des arbres et de la nature.
Un cri s'échappe de sa gorge en découvrant Mail inanimé, au milieu des détritus. En se penchant vers lui, elle sent une odeur bizarre et comprend qu'il a été empoisonné. Autour d'elle, tout n'est que désolation, il n'y a pas la moindre plante guérisseuse. Malgré la fatigue qui la gagne, Cerisaie repart. Elle sait que le temps lui est compté. Là où la nature a repris ses droits, elle trouve les plantes médicinales et emporte quelques branches dans son bec. La nuit arrive, avec le froid qui l'accompagne. De retour, elle s'approche de Mail toujours inanimé, se blottit contre lui et glisse les herbes dans son bec.
- Mail, c'est moi, Cerisaie. Réveille toi, nous devons partir !
Mail ne répond toujours pas. Des larmes commencent à couler des yeux de Cerisaie. Entre deux sanglots, elle fredonne et son chant repousse la peur qui l'envahit. L'oiseau émet les sons, parmi les plus purs, que cet endroit n'ait jamais connus. Une larme tombe sur le bec de Mail. Il murmure :
- Je rêve ? Suis-je mort ?
Cerisaie pousse un cri de joie.
- Mail, tu es vivant !
- Ne crie pas si fort! Oh !là !là ! Mon crâne. Quel bonheur que tu m'aies retrouvé !
- Courage, partons vite d'ici. Demain, c'est le jour du grand départ et cette fois-ci tu ne me quittes plus.
- Plus jamais de la vie... répond Mail en offrant à Cerisaie une de ses plus belles plumes bleues.
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Marguerite A · il y a
Bravo pour cette histoire qui finit bien !
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Virgo34 · il y a
Une belle histoire...
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Virginie Colpart · il y a
Mon vote le n°8!
Je partage l'avis de Gwendoline : un tendre conte, j'espère qu'ils seront heureux et feront un nid bientôt :-)
Je participe aussi aux histoires buissonnières dans la catégorie poème, si vous avez envie de lire ma migration ;-) http://short-edition.com/oeuvre/poetik/migration-vers-mes-racines

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Gwendoline Yzèbe · il y a
Très mignon ce petit conte! +1