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Méditation

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Nadia Lainé

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" - Bon, les enfants, méditation!
Sheryl, tu te mouches un bon coup et tu restes calme!
Toi, tu enlèves tes pieds de la table. C'est pas vrai..
Alors, voilà, c est un tableau de Turner.
- C est qui Turner?
-C' est pas important. Bon voilà. Il a peint ça et on va essayer de rentrer dedans."

L'homme est costaud, les bras musclés, les poings sur les hanches. Un ring s' annonce. L'esprit contre le corps.
"-Anatole, bordel, ton chewing-gum, poubelle!!
Il faut prendre conscience que l'évasion est proche, votre esprit va toucher l'invisible."
- Monsieur Pierre, je vois rien."
- C'est pas important. De près, non plus, de toute façon, tu ne verras rien. C'est le style. Bon, je vous explique..."

Le sportif en tong asiatique fait le tour de la classe puis s'insère dans les allées. Chaque pas est une secousse pour la terre entière.
"-Premièrement, résister aux idées parasites."
Les ados font la moue en se regardant.
"- Imaginez une chaîne de pensées, enfilées les unes dans les autres, qui navigue indépendamment de votre concentration, de votre point focal...
ouah.. je m'épate.."
Monsieur Pierre s'assoit. Surpris de tant de connaissances abstraites, prêt à démontrer le bien-fondé de ses paroles.
"-Deuxièmement, le corps doit être en position lotus, si possible. Comme cela."
Assis au milieu de la pièce, les jambes musclées tentent de se croiser, les veines du cou sont tendues à l'extrême. L'arrêt de la torture doit être prononcé sous peine d'anévrisme. Les jambes ne peuvent coopérer.
"-Bon, Emilie, tu vas leur montrer."
Emilie s'assoit. Les paumes sur les genoux.
"-Le visage est détendu, un sourire prend place, votre visage rayonne."
Monsieur Pierre est heureux.
Les tables rangées, les disciples sont maintenant en position. Le spectacle peut commencer.
A qui tiendra le plus longtemps.
Le duel entre notre yogi motivé et nos élèves révoltés a sonné.
Des crampes d'estomac et musculaires corsent le débat. De silence enveloppant s'impose un brouhaha de bruits intestinaux.
Personne ne veut brandir l'étendard du vaincu.
Et pourtant chacun rêve.
L'un de marcher, l'autre de courir, l'autre de parler et celui-ci, au désir glouton, fantasme sur un énorme sandwich au pâté.
Ce gourmand, ce vorace dégouline de tentations et se lève.
"- C'est bon, les enfants, bonne résistance, je suis fier de vous, mais il est un point essentiel à ne pas négliger, l'irrigation des vaisseaux facilitée par le mouvement et... le plaisir. Dans ce jeu des forces obscures, je capitule mais suis, oh combien heureux de courir vers ce banc public engloutir ce sandwich énorme."
Il lève le petit doigt.
"-Préparé avec amour, tout n est pas perdu, n est ce pas?"
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