Maxence ou l'homme qui aimait les femmes

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En compétition

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Antoine de Saint-Exupéry  [+]

Image de Hiver 2021
Il est un gentleman. Il aime rendre aux femmes le bonheur qu’on leur a dérobé. Voir briller leurs yeux bleus, verts, noirs ou gris. Redonner l’espoir que tout va changer. En beaucoup mieux.

Il en a repéré une au comptoir d’un bar. L’air triste et las, prête à s’effondrer. Elle boit pour oublier. Pauvre enfant abandonnée déjà femme tourmentée. Vingt-deux ou vingt-trois ans ? Pas plus de vingt-cinq, c’est sûr. Il doit voler doucement à son secours avant que l’élixir ambré ne la prive de toute émotion. Il faut aussi qu’elle ne soit pas trop sobre.

C’est un artiste, il sait toujours quand entrer en scène. Il a acquis la connaissance de l’instant, celui où la joie redevient possible. Sans effrayer, il est si laid, il doit apprivoiser. De loin pour commencer. Encore un petit verre et ce sera parfait. Il pourra alors approcher doucement, comme un chat. Elle aime les chats. Elles les aiment toutes. Il est expert en la matière. Il sait.

Trouver des petites choses abimées, au bord de rien et leur donner tout, c’est son affaire. Il est un gentleman.

Elle est à peine jolie. Trop de rouge. Et trop de rouge encore quand l’alcool lui monte aux joues. Sa robe est ordinaire, de mauvais goût. Nue, elle serait presque belle. Pourquoi les femmes qui n’en ont pas les moyens s’habillent-elles ? Ses escarpins, ridiculement hauts, semblent vouloir la fuir et partir sans elle. Comme son amant l’a fait, un petit gars sans bonnes intentions.
Il connaît déjà l’histoire qu’elle va lui confier bientôt.

Même à distance, il perçoit les battements de son cœur. C’est celui d’un oiseau blessé. Elle est prise au piège de sa médiocre condition. Elle se débat sans bruit. Lui seul entend la douleur nichée au creux de la cage. Une cage tout ordinaire et banale.

Créer le sublime dans la banalité, c’est un art. Il faut savoir. Il sait. Un don. Elle a de la chance, elle l’ignore encore. L’heure est enfin venue de l’écouter. Il avance à pas de velours.

La petite chose a le visage tout fripé à force d’avoir pleuré. La vieillesse pourrait vite lui venir. Il faut agir. Dérider son cœur pour regonfler ses joues. Les premiers mots qu’il va prononcer n’ont pas vraiment d’importance. C’est le ton qui va compter, paternel et doux. Presque angélique : « Ça ne va pas mon petit ? » C’est toujours ce qu’il faut dire pour qu’une voix brisée réponde « Oh non ». Et pour voir couler des larmes afin de mieux les sécher.

Elle s’appelle Clémence. Il aurait ri si elle n’avait pas été aussi triste. Comment peut-on s’appeler Clémence et tomber aussi bas ? La vie est terriblement comique. Parfois.

Elle lui raconte sa misère et son visage se recompose enfin. Ça lui fait du bien d’être entendue dans sa souffrance : pas de boulot, peu d’amis, plus de parents et surtout plus d’amoureux. Le désespoir. Il lui promet le bonheur, le sourire revient. C’est qu’elle pourrait être belle tout compte fait.

Pas autant que Liv bien-sûr. Oui, sa femme est exquise. Tout simplement divine. Elle se tient droite, fière et cabotine. Se parfume délicatement et embaume son sillage. Une reine. Elle n’a besoin de personne pour être heureuse.
Ils ont convenu que le vendredi soir chacun prendrait ses quartiers. Elle, le métro, et lui, la voiture. Elle sort avec des amis, va danser. Toujours quelqu’un pour la raccompagner. Au petit jour.

***

Maintenant, il se promène avec Clémence au bord de la Marne. Il y a eu un feu de bois pour la réchauffer dans un restaurant très coquet. Elle n’avait jamais rien mangé d’aussi délicieux dans un cadre aussi romantique. Les femmes sont si faciles à contenter.
Il l’avait aidée à remettre son manteau trop léger et tout râpé. Un gentleman. Il avait revêtu son pardessus en cachemire, enfilé ses gants et l’avait emmenée ici.

Elle parle toujours, avec entrain, il ne dit plus rien. L’instant va bientôt devoir s’arrêter. L’heure est venue pour elle de s’envoler, et pour lui de se reposer. Il a encore tant à faire avant d’aller dormir. D’abord lui serrer le cou pour que ses malheurs prennent fin à jamais. Très fort, puis avec tendresse. Elle le mérite tant.

Il va ensuite l’emballer dans une couette toute blanche achetée au Bon Marché. Un doux linceul. Enfin un peu de luxe pour cette chère enfant. Il prendra grand soin d’elle en la posant dans le coffre de sa Berline. Il ira l’enterrer en forêt auprès des autres créatures qu’il a délivrées de l’enfer. Et fera une prière. Il offre la paix éternelle. Quelle chance elles ont de l’avoir rencontré.

Enfin, il reprendra la route en espérant que Liv soit déjà rentrée. Il lui massera les épaules pour la délasser. Comme elle aime. Il est un gentleman.
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Fleur A. · il y a
Brr !! Froid dans le dos
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Hortense Remington · il y a
Et oui Fleur, c’est bel et bien un psychopathe ! Merci beaucoup pour votre lecture !
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True Badour · il y a
Emporté par un scénario qui se tisse lentement. Des hypothèses naissent … à des années lumière ce celle-ci
Tout avait si bien commencé. Ne dit-on pas que l’alcool dissout le surmoi…
Eh bien non! Loin de profiter de la situation, ce gentlemen lui offre une fin … divine.
Bravo Hortense pour la maîtrise d’une si belle écriture.

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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Trou Badour !
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Henri Calicheno · il y a
Intrigue bien construite. On sent venir le prédateur sans pour cela imaginer telle fin
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Henri !
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Freddy Potec · il y a
trop poli pour être honnête comme on dit souvent, il fallait s'en douter, bravo pour cette histoire bien construite.
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Freddy !
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Sylvie Legendre · il y a
Presque un pendant de "Angèle " que j'ai bcp aimé ! Pas d'évasion possible cette fois pr les pauvres victimes car le loup était masqué !
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Sylvie !
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Eva Dayer · il y a
Mettre sa proie en confiance, se montrer tendre et prévenant... Et la pauvre brebis tombe sous les dents de l'ogre.
Ce pourrait être un conte, c'est la réalité ...

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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Eva !
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Alice Merveille · il y a
Un texte remarquablement bien construit. Il y plane dés le début une sorte de doute... trop beau pour être honnête, dit-on...
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Alice !
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Les Histoires de RAC · il y a
Bien écrit ♫
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Rac !
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Les Histoires de RAC · il y a
Avec plaisir ♫ La perversité est un vaste sujet... pas évident à traiter.
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sylvie bouvier · il y a
J'adore!!!!!
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup Sylvie !
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F. Gouelan · il y a
La noirceur délicate. La plus dangereuse et la plus folle.
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Hortense Remington · il y a
Merci beaucoup F.Gouelan !

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