Matin vertigineux

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Un distributeur d'histoires, comme un distributeur de friandises! J'adore l'idée. Dans ce temps clos de l'attente, pétri d'impatience, d'angoisse parfois, le réconfort d'un petit papier doux  [+]

C’est pour aujourd’hui. C’est lui qui l’a décidé. Pour fêter ses douze ans, Aodren va faire avec son père la descente en rappel des Dalles Grises dans les gorges du Verdon. Cent soixante-quinze mètres de chute étourdissante. Rien à voir avec ses entraînements en salle ou l’ascension des châteaux d’eau de sa région.

Le soleil lance de gros galets de lumière qui ricochent sur la roche, se brisent en mille éclats, finissent en sable doré dans les anfractuosités. Les gorges sont impressionnantes dans leur solitude matinale. Tout au fond, le Verdon a l’air d’un étrange animal fossilisé.

Le matériel est sorti, mais tout à coup, au bord du vertigineux abrupt, l’enfant sent son estomac qui se noue. Il est encore temps de renoncer. Son père ne lui imposera rien, il le sait. Et puis, non, il va se prouver qu’il a du courage, de l’audace ! Il s’oblige à respirer calmement. Il va tenir sa peur à distance. Il s’absorbe dans les préparatifs : enfile son baudrier, ajuste son casque et met ses chaussons. Il sera encordé avec son père. Il faut que chacun ait une confiance absolue en l’autre.

Premiers pas ; arcboutés contre la paroi, ils commencent à descendre. Le père et le fils font corps avec la montagne. Le garçon connaît les dangers, alors il se concentre sur chaque geste. Premier relais, il passe la corde à double dans l’anneau…

Sa peur s’est totalement dissoute. Ses jambes sont fermes. La roche est belle, mais elle est âpre. Du haut de ses douze ans tout nouveaux, le jeune garçon découvre la majestueuse puissance du monde et il éprouve en même temps sa propre fragilité. Pourtant, il ne se sent pas vulnérable : juste minuscule sur cette colossale paroi. Et léger ! Merveilleusement léger. Il décolle sous la poussée de ses pieds. Son corps vole, se pose, repart, dans une glissade infinie.

Au-dessus de lui, deux vautours écrivent leur histoire sur l’ardoise immense et bleue du ciel. Grisé de liberté, il prend appui sur l’infini.

La fatigue survient. Il la domine. Il négocie les passages difficiles. Il reçoit comme une offrande ce bonheur fait de plénitude et d’ivresse.

Quand Aodren pose le pied sur la berge, il n’est plus tout à fait le même.

Tout ce qu’il a appris aujourd’hui, il l’ignore encore. Mais sur la photo que son père a faite à l’arrivée, dans son sourire, éclatent toutes ces révélations : un jour, il saura les déchiffrer ; un jour, elles l’aideront à vivre.

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